NOUVELLES FANTASTIQUES
ESOTERIQUE
Nouvelle : 6 pages web
Auteur : Helena Grantham
Année : 2005-2009
Texte terminé par Kyle S.
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N.D.E.
Le docteur Tony Siguenza était un affable galopin qui possédait un sourire de chat, à
moins que ce ne soit de renard... disons de chat-renard... un sourire qui faisait fondre les demoiselles, toutes les demoiselles qui circulaient jour et nuit sur son lieu de travail. Il possédait
un regard noir, brillant, ironique, provocateur, à la limite de l'audace, et ne se départissait jamais de son sourire de chat. Il se dégageait un charme jovial, flegmatique, de cet homme bien
conservé, en pleine forme physique, qui affichait joyeusement sa quarantaine entamée.
Tony Siguenza était anesthésiste-réanimateur à l'hôpital marin d'Hendaye. Il avait douze longues années d'études derrière lui, pour en arriver à ce poste où l'on est pris à la gorge par le coût exhorbitant de chaque procès, les honoraires fluctuants des avocats, les cours de justice, d'appel, de cassation. Les traites de son assurance professionnelle venaient s'ajouter aux traites de l'assurance proposée obligatoirement et statutairement par l'hôpital. Ses cauchemars parlaient de poursuite d'avocats de patients qui avaient porté plainte pour quelques raisons que ce fut, sincère ou cupide... et les sommes atteignaient des sommets... le ruinant année après année.
Tony Siguenza avait été souvent harcelé par les enquêteurs qui n'appréciaient jamais son sourire, son charme latin, sauf lorsque l'enquêteur était une enquêtrice... Cela dit, il aimait son boulot, il aimait vraiment son boulot, même si parfois le découragement pesait comme un lourd manteau sur les épaules, il aimait avant tout venir en aide aux malades, et prendre soin d'eux en cet instant angoissant qu'est l'anesthésie avant un acte opératoire lourd, c'était le mieux qu'il pouvait faire. Les endormir en toute tranquillité, et les réveiller en toute sérénité.
Ce fut le cas pour Julio Catarino, un noble vieillard fragile, ex-professeur à la retraite; qui était dans le service neurochirurgie, en pleine préparation d'intervention; souffrant le martyre à cause d'un anévrisme cérébral d'une bonne taille qui menaçait de se rompre à tout moment.
L'intervention commença tranquillement; pour les neurochirurgiens, l'acte en lui-même était une routine... Clippage au niveau du collet de l'anévrisme qui vient interrompre la vascularisation; c'était le traitement de référence. Tout se passa comme prévu, en trente minutes, tout était réglé, Julio Catarino était placé en salle de réanimation.
A son réveil, il aurait un mal de crâne à se taper la tête contre les murs, mais grâce à la morphine, il ne souffrirait pas trop.
Encore une bonne paire de choses faites, se dit Tony avant d'entendre le sifflement d'alerte du monitoring.
Parce que la malchance s'en mêlait...
Au lieu de se réveiller, le patient faisait un arrêt cardiaque. Tout le monde fut secoué par une décharge d'adrénaline volcanique, et le patient fut secoué par les palets du défribrillateur: 260.... rien sur l'écran ! 360... toujours rien sur l'E.C.G...
L'interne s'acharnait avec ses palets sur le patient. En vain !
– Allez, Mr Catarino, brailla Tony; vous allez pas nous claquer entre les mains maintenant! Il faut vous battre bordel ! ajouta-t-il, tandis qu'il écrasait les côtes du patient à coups de poing pour tenter de faire repartir son coeur.
Mais le coeur ne redémarrait pas. Le cadavre, toujours sous perfusion n'avait plus aucune pulsation, plus aucune activité électrique dans le cerveau; aucune couleur, le tracé était désespérement plat.
Au bout de dix minutes de réanimation, Tony, dépité, éreinté, dégagea la poitrine chenue, maigre du patient, enfonça d'un geste désespéré une énorme seringue remplie d'un stimulateur cardiaque bleuté, capable de réveiller un mort; jusqu'au coeur.
Puis ils attendirent encore quelques secondes longues comme des heures.
Rien. Le mort restait mort...
Siguenza tourna le dos en grinçant des dents. Il aurait bien tout cassé pour se soulager!
– Daniel Catarino est déclaré cliniquement mort à vingt et une heures trente-deux, annonça l'interne dans le micro qui enregistrait fidèlement. Le rapport d'opération possédait de cette façon toutes les données de l'intervention, minute par minute, même les mesures des courants cérébraux.
Pour Siguenza et l'équipe, c'était toujours une épreuve de voir quelqu'un leur filer entre les pattes, Tony ne parvenait pas à s'y faire, il culpabilisait alors qu'il n'y était pour rien, il se disait qu'ils auraient pu faire ceci, où cela, qu'on aurait pu le sauver, le réanimer... avec un peu de chance...
A pas lents, ils quittèrent la salle d'op 12, laissant le personnel de nettoyage faire son boulot. Siguenza confia le mort à un soignant qui le descendit à la morgue.
M. Catarino n'avait pas de famille, personne ne viendrait pleurer devant son cadavre, personne ne l'accompagnerait à sa dernière demeure ni ne jetterait une fleur sur son cercueil avant que d'autres hommes ne l'ensevelisent à jamais dans la terre humide de cet hiver pluvieux...
Tony rentra dans la salle de repos, assailli de noires pensées, se servit un café, bientôt rejoint par Olga, la sublime interne en dernière année. Ils se tapotèrent dans le dos, affectueusement. Olga soupira:
– Il était portugais, comme moi. On avait un peu parlé du pays, tous les deux, tandis qu'on le préparait pour l'intervention. Tu savais qu'il avait tenu un restaurant à Péniche après qu'il eut cessé d'enseigner en France ?
Siguenza fit une grimace d'ignorance, non, il ne savait même pas où se trouvait Péniche. Lui était espagnol, alors le Portugal...
Olga comprit tout ce qu'il ne disait pas, en le fixant quelques rapides secondes et elle poussa un petit soupir triste qui se voulait un rire:
– Péniche, c'est là où j'ai grandi, c'est chez moi !!
– Ah, okay, je comprends mieux, mais je suis nul en géo poupette, et j'ai jamais mis les pieds dans ton foutu pays, moi.
Olga sourit, reposant la cafetière.
Ah, cette petite fossette qui se creusait sur sa joue lorsqu'elle souriait... si Tony ne connaissait rien au portugal, il était prêt à connaître une de ses ressortissantes, pas plus tard que tout de suite, si elle le désirait...
– Cesse de me reluquer ainsi, Siguenza.
Siguenza afficha une expression benoite:
– Te reluquer ? Moi ? Je n'oserais jamais, tu me connais mal.
Elle ferma à demi un oeil, pinça les lèvres:
– Au contraire, je lis en toi comme un livre ouvert.
Tony fit un pas vers elle les bras ouvert, aussi innocent qu'un enfant de choeur dans la sacristie:
– Vraiment, alors tu peux lire en moi, sentir que je n'ai que des sentiments honorables pour toi, belle enfant!
Olga le gifla en douceur, sa main caressant sa joue:
– Oui, je peux lire en toi, coño, mais si je posais ma main ici, fit-elle en désignant son entrejambe, je pourrais même les palper, tes sentiments honorables !
Elle tourna les talons, sortit de la salle de repos, laissant Tony tout chose, les yeux fixés sur sa braguette...
L'image d'Olga se dilua, bien vite remplacée par celle de Daniel Catarino... Vida de mierda, il allait encore déprimer pendant tout le week-end, à cause d'un patient décédé en post-op ? Quel foutu sentimental il était !
Oui, il était un grand sentimental car dix minutes plus tard, il poussait l'abnégation jusqu'à descendre à la morgue, obnubilé par le vieil homme.
Il était incapable d'expliquer sa conduite fort peu professionnelle en cet instant: ce besoin morbide de tenir la main d'un mort une dernière fois, oui, bien-sûr qu'il était conscient de son attitude puérile mais c'était plus fort que lui, comme si "quelque chose" l'y poussait.
Alors non, il n'avait pas besoin de conseils, pas besoin qu'on le secoue pour lui rappeler qu'il avait une autre intervention d'ici une demi-heure, il avait une excellente mémoire!
En arrivant à la morgue, il chercha des yeux le chariot sur lequel reposait le professeur Catarino. Ici, on n'éprouvait pas le besoin de recouvrir le mort d'un drap, il était mort, plus rien ne l'offusquerait. L'anesthésiste s'approcha du corps dont la température commençait déjà à baisser. Il était froid, dans tous les sens du terme, se dit notre anesthésiste au sang chaud.
Et pour s'en convaincre, il le toucha.
Il sursauta. Madré de Dios, non seulement il n'était pas froid, mais il était chaud!! Au moins 37 degrés!!
Il posa deux doigts investigateurs sur sa carotide, concentré sur le pouls, et il sursauta une seconde fois lorsqu'il perçut une légère pulsation.
Le mort avait un pouls !
– Le mort a un pouls ! Que coño es eso ? miaula-t-il comme une sirène.
Tony Siguenza, anesthésiste-réanimateur avec douze ans d'études universitaires derrière lui, à qui l'on avait apprit à la fac; que les choses fonctionnaient comme ça, que le cerveau fonctionnait comme ça, qu'il sécrètait de la conscience, qu'en gros : la pensée rationnaliste-matérialiste. Actuellement c'était son credo ! Et puis il vous arrivait des choses incroyables sans prévenir; comme par exemple un patient mort avec un pouls qui clapote sous vos doigts... une expérience quelque peu transcendante !
Il rameuta tout le service, il brailla des ordres, tout le monde fut sur le pied de guerre en une seconde, on remonta illico le chariot et son occupant, on le réanima encore une fois, et le coeur, cette fois, daigna repartir comme un moteur V8...
Tony était fier, si fier, il l'avait réanimé son Catarino !!
Non, rectifia-t-il en son for intérieur; en fait, Catarino s'était réanimé seul, c'est lui qui était revenu à la vie seul, mais il serait mort quelques minutes après si Tony n'avait pas ressenti ce besoin urgent d'aller secouer la main d'un mort une dernière fois.
– Vous m'avez entendu, c'est ça ? murmura le ressucité à Tony, une fois qu'on lui eut ôté le masque à oxygène.
Le Tony en question en resta muet de saisissement. Il ne comprenait pas trop ce que voulait dire le vieil homme. Il avait entendu quoi ? Qu'est-ce qu'il aurait dû entendre ? Mystère...
Du coup, le patient fut l'attraction du jour, tout le monde venait à son chevet, et même s'il n'avait aucune famille, les externes, les passants, dans le couloir, en voyant le troupeau d'internes et de chirurgiens aglutinés autour du malade, se disaient qu'au moins, celui-la ne devait pas se sentir seul...
Dans la salle de repos, on discuta ferme des N.D.E., on se congratula d'avoir récupéré un patient mort et plusieurs noms revinrent dans la conversation, ce jour-là... les Moody, les Kübler-Ross, les Ring et autres Van Lommel...
Allons bon, quel était encore cette lubie ? Il était sauvé ce patient, quel besoin ressentait-il à nouveau d'aller lui parler, encore et encore ?
A la nuit tombée, Tony entra dans la salle de réanimation, s'approcha à pas de loup de M. Catarino qui dormait. D'un oeil.
Qu'il ouvrit dès que Tony fut assez près pour qu'il lui attrape le bras d'une main ferme. Très ferme.
– C'était gentil, docteur, de m'avoir conseillé de me battre. Mais j'étais si bien où j'étais, je ne voulais pas revenir. Je me sentais si léger ! Et puis je vous ai vu discuter avec votre amie portugaise, je vous ai appelé, je vous ai parlé à l'oreille et vous m'avez entendu !
Là, Siguenza se dit qu'il avait dû louper un épisode car ce que disait le vieillard n'avait absolument aucun sens. Soucieux, il tira une chaise près du lit, la retourna et s'assit à califourchon, les bras sur le dossier.
– Je n'ai pas encore bien compris ce phénomène étrange, M. Catarino, mais je suis un passionné de faits et les faits sont là, vous étiez mort, cliniquement mort, déclaré mort depuis au moins une demi-heure, et vous voilà devant moi, bien vivant, sans aucune séquelle, croyez-moi, je ne suis pas quelqu'un de religieux, vu que je suis le roi des athées, mais si j'étais croyant, je dirais que c'est un miracle auquel j'ai assisté.
Il s'approcha un peu plus du patient et osa demander:
– Expliquez-moi ce que voulez dire par "Vous m'avez entendu..." Tout à l'heure aussi, quand on vous a réanimé, vous me l'avez dit.
Le vieil homme se racla la gorge, but un peu d'eau à l'aide de la paille plongée dans le gobelet. Puis il raconta cette chose extraordinaire que toute personne qui se dit logique, sensée, prendrait arbitrairement pour un délire, décidant que le malade était fou, hallucinait, inventait... et qu'il fallait l'enfermer de toute urgence!
Mais Siguenza ne s'en tenait qu'aux faits, et dans ce cas précis, des faits il n'y avait que ça, ils crevaient les yeux !
– Quand j'ai fait mon arrêt cardiaque, je me suis retrouvé en train de flotter au dessus de mon corps que je n'avais pas reconnu, au début, le trouvant particulièrement laid. Et puis j'ai entendu un des chirurgiens qui s'énervait et disait cette chose impensable pour moi: " Allez, M. Catarino, vous allez pas nous claquer entre les mains, il faut vous battre bordel !"
Siguenza sursauta violement:
– Mais c'est moi qui vous ai dit ça !! C'est mot pour mot ce que j'ai dit !
– Oui, et votre collègue m'assommait à coups de poings sur la poitrine, il n'y allait pas de main morte, le saligaud.
– Exact! Renaud vous assénait des coups de poings sur la cage thoracique dans l'espoir de faire repartir votre coeur !
Le réssucité ouvrit de grands yeux innocents:
– Je ne comprenais pas que j'étais mort, et j'ai flotté un peu partout, je vous ai suivi dans votre salle de repos, je vous ai entendu parler à votre amie portugaise, et puis mon attention a été attirée par quelque chose de lumineux qui me titillait le coin de ma vision périphérique au point que j'ai tourné la tête. C'était une lumière intense, sublime, d'une clarté éblouissante mais qui n'agressait pas les yeux. Ce point lumineux semblait se trouver au fond d'un long tunnel ténébreux, sans limite, sans parois ni fond tant le noir était profond. J'ai tendu les bras vers cette Lumière qui m'appelait... et plus j'avançais, plus je réalisais que je n'avais plus de corps, que je n'étais que "conscience"... j'analysais très clairement la situation, je pensais, donc me disais-je; si tu penses, tu vis !
Siguenza ne pouvait que hocher la tête, éberlué, abasourdi par les dires du vieil homme.
– Arrivé dans la Lumière, j'ai entendu la voix de mon père qui m'appelait et... j'ai... j'ai senti cet Amour incommensurable, cette plénitude qui me baignait, j'étais bien ! j'étais si bien ! serein, en phase avec cette lumière d'Amour. Et là, j'ai... "su"... que j'avais le choix... soit j'y entrais, et je ne pourrais plus revenir, soit je retournais vers mon corps.
Siguenza ouvrit des yeux de hibou, les sourcils montant à l'assaut du front:
– Qu'est-ce qui vous a fait choisir l'option B ?
Le vieillard cligna des yeux, amusé:
– J'ai eu... comment vous dire ça avec des mots... j'ai eu soudain connaissance de l'avenir, et cet avenir ici-bas m'a fait décider de revenir. Alors je vous l'ai dit à l'oreille...
– Vous pouvez m'en parler ? Moi, à votre place, c'est certain que j'aurais foncé dans la lumière ! (l'anesthésiste dodelina de la tête de façon juvénile) si elle était faite d'Amour!
– Oh, mon garçon, pas l'amour au sens où vous l'entrevoyez, mais l'Amour divin, le vrai Amour! Voyez-vous, à la maison de retraite où je suis, j'y ai des amis, même si ils ne sont mes amis que parce que je n'ai qu'eux, ils sont là quand même, pour le pire et le meilleur, ils me tiennent compagnie, ils m'écoutent quand je me plains, ils me réconfortent quand je vais mal, on s'entraide, les uns les autres, mais on s'estime bien, nous autres, là-bas.
Siguenza branla du chef, lui aussi voyait très bien, il faisait ça chaque jour, ici, à l'hôpital.
– Et j'ai su que mon témoignage les bouleveserait mais que pour eux ce serait un bouleversement salutaire, car ils ont si peur de la mort, alors que moi j'en suis revenu, et je leur dirai que ce n'est qu'un passage d'une microseconde, un changement subit qui ne change rien, vous n'êtes pas mort, vous êtes toujours bien en vie !! et ce changement vous ramène, ravi, à la maison !
– Je comprends, oui, c'est dingue, ça, j'en frissonne en vous écoutant, M. Catarino.
Le malade posa de nouveau sa main sur le bras de l'anesthésiste et dit:
– Mon petit, si vous voulez atteindre le coeur de votre Olga, il faut lui montrer plus de respect, il faut la "mériter"... la "gagner"!
Siguenza perdit toute son assurance, bafouilla lamentablement :
– Comment vous savez qu'elle s'appelle Olga ? Et comment pouvez-vous savoir que je craque pour elle ? Personne n'est au courant, même pas Olga.
– Vous connaissez bien mal les femmes, fiston. Votre Olga connait vos sentiments depuis longtemps, et elle en a énormément pour vous aussi seulement, elle n'aime pas votre conduite insouciante, votre désinvolture, elle aime l'homme de science, celui qui aime son prochain, elle déteste le galopin qui ne pense qu'avec ses...
– Cojones ?
Le vieillard s'étouffa de rire et sa tête retomba sur l'oreiller. Ses yeux luisaient d'une nouvelle jeunesse, il était empli d'une sérénité communicative. Siguenza, à son contact, se sentait calme, plus calme qu'il ne l'avait jamais été.
– D'accord, je laisserai le dragueur à la porte quand je serai près d'elle, je serai sérieux, attentionné et je rangerai mes mains au fond de mes poches pour éviter qu'elles ne se balladent trop souvent sur elle.
Les yeux flétris luirent un peu plus, les paupières se plissèrent de satisfaction.
– Continuez ainsi, et vous l'épouserez avant l'été.
La tête pleine d'espoir, l'esprit préoccupé par le témoignage de Daniel, Tony retourna dans la salle d'opération, il demanda qu'on lui transmette le rapport d'intervention du patient Catarino qui avait eu lieu à telle heure. Et il vérifia à nouveau les données.
Aucun doute n'était permis: le patient était bel et bien mort, sans aucun tracé vital sur le moniteur, lorsque Siguenza avait lâché cette phrase: "Allez, Mr Catarino, vous allez pas nous claquer entre les mains maintenant! Il faut vous battre bordel !"
Et ensuite, Renaud avait asséné des coups de poings pour tenter de faire repartir le coeur.
Comment pouvait-il avoir entendu, vu tout ça et en témoigner puisqu'il était mort ??? Son tracé était plat, plus aucune activité dans son cerveau, plus aucune étincelle d'activité électrique dans son tronc cérébral ?
Comment était-ce possible qu'un mort soit vivant ??
Pour la première fois, il comprenait l'enthousiasme de ces chercheurs précurseurs, ces Moody, ces Kübler-Ross. Et il voulait absolument en savoir plus. Dès demain, après une bonne nuit de repos, il se mettrait en quête de renseignements sur ces deux personnes là...
Il quitta l'hôpital à grandes enjambées, grimpa dans sa voiture et démarra le plus vite possible pour avoir le temps de passer au vert. Ce p.. de feu rouge durait une éternité.
Il longeait la route de la Corniche, heureux, sifflotant, planifiant les jours prochains, tandis qu'il rejoignait Saint-Jean-de-Luz où il avait sa maison. Il était claqué, après cette journée pleine de rebondissements, il ne voulait qu'une chose, se jetter dans son lit après avoir pris une douche.
Il ne prit pas garde aux pulsations de lumière qui barraient la route, à quelques kilomètres, mais une petite étincelle professionnelle associa de suite ces lumières rouges et bleues à une urgence, et il écrasa le champignon. Il arriva sur les lieux de l'accident, la main devant la bouche. Le Samu arrivait, il entendait sa sirène hulluler au loin, mais il fonça, bousculant les policiers qui avaient délimité un périmètre de sécurité après avoir dévié la circulation sur une seule voie.
Seigneur! En s'approchant du véhicule totalement compacté, encastré sous le camion, il s'attendait à trouver un mort, encore un...
Dieu merci, il avait toujours avec lui sa mallette de réanimation et il se hâta de perfuser la jeune fille horriblement blessée, toute la partie inférieure du thorax coincée dans les tôles du véhicule. Son émotion était à son comble ! Recevoir un patient en salle d'op, l'endormir, le réanimer, tout ça c'était propre, réglé au millimètre, sans émotion aucune.
Là, il tremblait, il pleurait, incapable de se maîtriser devant cette jeune fille ensanglantée, fracassée, mourante peut-être, s'il n'arrivait pas à la perfuser. Il se morigénait, il s'insultait, s'ordonnant de se calmer, d'arrêter de pleurer. Mais il eut beau se faire violence, il savait qu'il était en train de la perdre et il ne supportait pas ce nouvel échec devant la mort.
Il croisa le regard de la jeune fille, il vit très nettement sa pupille se dilater, la cornée devenir terne, le souffle de vie s'échapper. Il chuchota un non ! pour conjurer le mauvais sort, il approcha son visage de la morte et là... il sentit... l'esprit de la jeune fille quitter le corps mort, par la fontanelle et lui frôler le visage.
Cette... entité ? s'éleva très haut, et Tony le sentait, aussi sûr qu'il pouvait sentir le pouls inexistant de la morte, il sentait que l'entité était joyeuse, heureuse d'être enfin libre. A cet instant précis, il entendit la voix du vieux Catarino qui lui racontait son expérience:
– J'étais bien, j'étais si bien !
Il leva ses yeux baignés de larmes vers le ciel et murmura:
– Vaya con Dios.
Ces deux expériences bourrées de fait eurent raison de son scepticisme. Il changea radicalement de point de vue sur les N.D.E qu'il qualifiait avant d'hallucinations collectives. Il se mit à comptabiliser le nombres de malades ayant fait des arrêts cardiaques dans sa région, et il recença – après une enquête personnelle qu'il fit sur plusieurs mois – dix pour cent de malades déclarant avoir vécu une N.D.E.
Les chiffres des autres chercheurs étaient absolument effarants ! L'étude de Pim Van Lommel affirmait qu'en France, il y avait plus de trois millions de N.D.E, quant aux Etats-Unis, c'était hallucinant: 774 N.D.E. par jour!!!
Olga fut impressionnée par ce nouveau Tony, calme, tranquille, toujours aussi flegmatique mais pugnace, déterminé, sérieux, responsable, qui s'était donné pour mission d'enseigner au monde médical que l'au-delà était une réalité basée sur de nombreux faits. Des gens cliniquement morts qui avait des souvenirs après leur mort... Hein? C'était pas une belle mission ça ? Olga qui avait déjà un faible pour ce beau brun au sourire ravageur, tomba amoureuse de l'homme de science missionnaire.
Au mois de mai, par une splendide journée ensoleillée, l'air parfumé par les centaines d' acacias en fleur du parc voisin; les cloches de l'église de Saint-Jean-de-Luz se mirent à tinter à la volée, lorsque qu'un couple heureux descendit les marches blanches sous une pluie de riz, pour s'enfuir en voyage de noce dans une limousine...
FIN
© auteur : Helena Grantham
texte terminé par Kyle S. 2005-2009
cela me fait penser à une série de romans : les Thanatonautes de Werber si tu connais
l'après vie nous pose tant de questions
bonne journée
Merci de ta visite et de ton intérêt pour les écrits de Lena.
Amicalement
Lueur
Très joli blog. Sois la bienvenue dans la communauté Etre et respirer. N'hésite pas à venir nous faire partager tes textes, tes pensées, tes idées !
Je peux vous affirmer que le blog de Lena ne fait pas partie (encore) de votre communauté... Vous n'êtes pas dans ma liste de "communauté"...
Je compte sur vous pour y remédier, sinon, je referai une demande si je retrouve votre communauté
Bien à vous
Lueur
Bienvenue dans la Communauté "Ruche de beaux mots"...
Tu peux désormais y orienter tes articles. Merci de nous avoir rejoints.
Et là, ça a enfin marcher ! Bizarrement, ce soir, par l'intermédiaire de ton lien ici, j'arrive à ouvrir Caterpillar ! A ne rien y comprendre... lol
Bonne soirée. Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Comme quoi je ne dis pas "que" des bétises
merci à toi d'accueillir le blog de Lena. Je regrette de ne pas pouvoir te rejoindre avec le blog Caterpillar qui est encore bloqué...
Mais l'espoir fait vivre? vieillir? zut... je sais plus.
Bizzzzzz
LUEUR
PS éditer c'est plus qu'un simple rapport à l'argent (publibook ne sont pas chers...)c'est partager. Davantage. C'est concrétiser quelque chose. C'est parfois dépasser sa peur du regard de l'autre ...