NOUVELLES FANTASTIQUES
HISTOIRES VECUES
Geneviève faisait un effort sur elle-même pour cacher son émotion. Shane se hâta de l’embrasser une dernière fois. Il n’aimait pas les adieux, il n’aimait pas les départs, mais il n’avait
plus le choix, il devait vraiment partir. Il sourit et chiffonna les cheveux du blondinet dont les yeux débordaient... une larme coula, suivie par d’autres.
Il avait promis à Geneviève qu’il règlerait vite ses affaires, et il reviendrait encore plus vite. Cette séparation lui brisait le coeur, même s’il n’en montrait rien. Il n’aimait guère afficher ses émotions sur son visage, comme un thermomètre. Il avait toujours été d’un naturel réservé, nonchalant, très porté sur la méditation et le spirituel, cette quête que beaucoup aujourd’hui nommeraient ésotérisme parce que c’est très en vogue. Il avait toujours l’esprit ailleurs, à penser à Dieu, ce qui lui avait valu le surnom moqueur de Vicar « vicaire », à l’université. Par la suite, au fil des événements qui avaient jalonnés sa vie, il avait compris le pourquoi de cette attirance pour le divin, cette rêverie incessante... ces absences permanentes, et le peu d’attention qu’il portait aux choses matérielles, sa propention à la contemplation... Peu de gens de son entourage avaient su lire en lui, mais Gene, de suite, avait entrevu tout ce qui se cachait derrière ce grand front rêveur et ces yeux éthérés.
Il laissa échapper un rire qu’il jugea totalement idiot mais il voulait cacher son émotion devant leurs minois chagrinés, il chiffonna une dernière fois les cheveux du gamin et leur ordonna de lui sourire, leur rappelant d’une mimique de vicaire que ce n’était qu’un au-revoir et qu’il refusait de garder en mémoire ces deux têtes d’enterrement !
Gene leva les yeux au ciel en sortant une bétise de son cru, qui avait rapport avec la super mémoire inexistante de Shane... ce qui fit rire tout le monde. Eddie éclata de rire pour refondre en larmes deux secondes plus tard. Il était touchant, ce gosse et Shane fit demi tour, trop ému pour parvenir à sourire. Il agita la main en guise d’adieu et se mêla à la foule des passagers pressés. Le vol pour Boston décollait à 6 AM, il n’était que temps d’y aller.
Il remercia Dieu en repensant à sa chance inouie. Si on lui avait dit qu’il rencontrerait le grand amour en France, et ce grâce à un accident de moto, il aurait pris son air tolérant de vicaire et secoué la tête devant tant de naiveté.
Shane ne se résumait pas qu’à un doux rêveur perdu dans des pensées spirituelles du matin au soir, de temps en temps il avait solidement les pieds sur terre, enfin ; plus sur les repose-pieds que sur terre... Car c’était un passionné de moto, il avait fait de l’endurance et du cross pendant une dizaine d’années, il avait commencé très tôt, collectionné quelques belles chutes et cassé quelques os, mais jamais rien de bien grave.
Jusqu’à la dernière course qui s’était passée dans le Var, un an auparavant. Il avait fait une très mauvaise chute sur un circuit, à cause d’un autre concurrent qui avait fait une faute mais lui, naturellement, n’avait rien eu : l’idiot qui ne maîtrisait pas son engin nerveux avait percuté Shane de côté, ce qui avait déstabilisé sa machine, Shane s’était couché sur la piste et avait glissé sur une vingtaine de mètres en fulminant après ce novice, terminant sa course la tête dans les pneus qui bordaient les pistes, suivi par deux autres motos qui elles, n’avaient pas glissé mais fait des tonneaux impressionnants dont il avait arrêté la course folle de la dernière moto avec sa hanche... Crac !
Les secours étaient arrivés, on l’avait transporté d’urgence au Centre Médical du circuit et le verdict était tombé : fracture du col du fémur, ce qui n’était pas du tout l’accident qu’on s’attendait à avoir lorsqu’on était un routard chevronné de 29 ans...
On lui posa une longue plaque qui courait le long de son fémur, l’on posa une grande vis pour tenir le col du fémur, et encore deux autres vis pour tenir la plaque extérieure au fémur.
Il ressemblait à un robot qu’on aurait qu’à moitié réparé. Le pire dans l’histoire fut qu’il dut être immobilisé quatre mois – inutile de préciser qu’on s’ennuie ferme sans rien à faire à part lire entre les visites de potes venus spécialement de Californie et du Canada pour venir vous narguer et vous charrier avant de repartir faire d’autres courses de motos sans lui...
Il eut droit à six mois bien tassés de rééducation avant de pouvoir remarcher sans sa barre mais il conserva toujours une légère claudication suite à cet accident.
Shane remonta sur Paris, aida pendant deux mois un ami qui tenait un bar branché du côté des champs. Il pouvait marcher mais difficilement courir, sauter : il avait constamment des douleurs à la hanche, à tel point que lorsqu’il se rendit à l’hôpital le plus proche pour des radios de contrôle, trois mois plus tard, il en parla au chirugien. Celui-ci ne tergiversa pas :
Direction scanner... pour un nouvel IRM. Résultat des courses : son col du fémur, loin de se consolider ; s’était nécrosé.
Shane s’était fait violence pour ne pas dire au chirurgien ce qu’il pensait de la médecine française en général. Il se calma ; c’était pas de chance, voilà tout, cela faisait certainement partie de son karma, il devait l’accepter. La mort dans l’âme et dans le fémur, il supporta tous les examens réclamés par le chirurgien qui lui annonça tout de go qu’on devait le ré-opérer de toute urgence afin de lui poser une prothèse.
Donc, il était toujours en France, en cette fin de mois de mars 1981, coincé dans le service orthopédique de l’hôpital intercommunal d’une ville de Seine St Denis à la réputation sulfureuse qui, dans un futur proche, deviendrait très appréciée par la Walt Disney Company... Ils en étaient là : Shane Hubley et sa hanche toute neuve se morfondaient depuis plus de deux semaines, entre deux séances de tripatouillage de jambe par les kinés, se rongeant les ongles d’impatience, n’ayant pratiquement personne à qui faire la conversation, car ici les soignants et les malades ne connaissaient pratiquement pas un seul mot d’anglais... à part ok... Certes, il baragouinait pas trop mal la langue française, mais son accent faisait souvent faire la grimace à ceux qui l’entendaient... C’était pas génial.
Il avait fait la connaissance de ce gamin déluré en parcourant les couloirs aseptisés de l’hôpital avec ses béquilles ; couloirs d’une longueur interminable. Le petit blondinet et lui avaient fait la course dans le vaste hall d’entrée, naturellement le gosse avait gagné et ils avaient bien ri, puis Shane lui avait offert des sucreries, ils avaient sympatisé. Le petit blondinet s’appelait Eddie, c’était un français pas si petit que ça, qui était là à cause d’un triste inconscient qui s’était garé le long du trottoir au moment où le gamin posait son pied dans le caniveau pour récupérer leur ballon de basket ball. Il lui avait coincé la cheville entre le trottoir et sa roue. Et pour le dégager, au lieu de reculer un peu sa voiture, il n’avait pas trouvé mieux que d’enguirlander le gosse, pour ensuite lui tirer sur la jambe pour décoincer sa cheville... Le pauvre gamin avait hurlé, et pour cause ! il avait eu le pilon tibial arraché, malléole fracturée, grâce à ce futur père de famille aimant...
On l’avait opéré dans la soirée et on lui avait mis de belles broches avec de belles vis. Eddie se morfondait sur son lit d’hôpital, depuis quatre jours, et il montrait son plâtre à qui voulait l’admirer. Il faut dire qu’il y avait de quoi... Le super vaisseau d’Albator, le corsaire de l’espace y était dessiné tout en perspective, je vous prie ; le capitaine au bandeau noir aussi, c’était du grand Art.
– Wow ! C’est ta maman qui a fait ça ? C’est une dessinatrice ? s’exclama Shane, admiratif, félicitations, tu lui diras qu’elle a énormément de talent !
Le petit blond hocha la tête en grimaçant, d’abord pour tenter de bien comprendre ce que disait le grand blond, se gardant bien de révéler que sa mère ne savait pas du tout dessiner, mais qu’en revanche, elle savait bien reproduire... il ajouta, malin :
– Tu n’auras qu’à lui dire toi-même, ça lui fera plaisir. Elle vient me chercher à 14 heures, je quitte l’hôpital.
Shane avait souri au gosse, un oeil à demi fermé.
– Tu chercherais pas à caser ta maman toi ?
Le gamin avait fait une grimace dégoûtée qui montrait qu’il n’était pas tout à fait sûr de vouloir entamer ce genre de sujet... Sa mère et lui vivaient très bien tous les deux, seuls, sans qu’un homme ne vienne tout détruire. Sa mère était le genre sauvage, marginale et solitaire, un peu étrange aussi avec ses idées d’au-delà et d’après-vie, mais elle vivait très bien sa solitude et son étrangeté depuis son divorce d’avec ce... uhh... père ? Non, le mot n’était pas approprié pour parler de ce poivrot violent et oisif... géniteur ? Oui, ça, c’était mieux...
Eddie lui avait prêté son pac man, et ils avaient joué en silence, sur son lit, jusqu’à l’heure du repas où Shane était retourné à son étage s’ennuyer jusqu’à 14 heures.
A moins cinq, poussé par la curiosité et l’ennui, Shane était revenu s’incruster bruyamment dans la chambre que le blondinet partageait avec le jeune Fred. Au son de sa voix, une petite brune s’était retournée, surprise et quelque peu mécontente d’entendre un tel raffut. Il faut dire qu’il parlait très fort et assez mal le français, même s’il le baragouinait quelque peu depuis des années... Dès la première syllabe, on savait qu’il était américain, quoi...
Son regard accrocha le sien... et ce fut un véritable coup de foudre. La timide Geneviève dut ressentir la même chose. Ses joues se colorèrent excéssivement, elle baissa les paupières pour cacher son trouble, ne sachant absolument plus quoi dire, préférant poser son regard embarrassé sur les béquilles de son fils.
Eddie avait fait les présentations, Shane avait serré la main de Dge-ne-vi-ve en articulant bien son prénom dont les américains étaient si friands, et ça avait été la première occasion de rire de son accent... Puis il avait décidé que Gene (Gin : comme l’alcool) était plus court, plus chantant (ah ah, quel humour mr Kelly) et le surnom lui était resté. Eddie avait même parfois abusé en appelant sa mère Gene Tonic !
Eddie avait bien remarqué que ces deux là échangeaient des regards bizarres, mais pour une fois, ça ne le dérangeait pas outre mesure. Shane n’avait rien d’un play-boy, Gene n’avait rien d’un mannequin, mais comme entre eux passait un courant magnétique qui n’avait rien de naturel ; ça lui plaisait bien, à Eddie, tout compte fait.
Gene vivait dans un appartement super trop grand, dans la banlieue parisienne, seule avec son fils, aussi avait-elle de suite proposé la chambre vide à Shane, qui avait accepté avec joie, trop heureux après son long séjour à l’hopital, de pouvoir éviter l’hôtel somme toute assez onéreux à la longue.
Néanmoins, étant foncièrement honnête et loin d’être fauché, il participa largement au paiement des factures, trouvant logique de partager plaisirs et contraintes.
Il squattait souvent la cuisine car il adorait cuisiner, bien que la bouffe américaine ne soit pas, mais pas du tout l’apogée de la gastronomie ! Il revenait souvent du marché avec un panier plein de légumes du sud qu’il mitonnait ensuite en fredonnant des ballades bien de chez lui.
Aider Gene financièrement n’était pas un problème car Shane Hubley n’avait aucun souci d’argent, il était associé dans une societé prospère, sa famille était très aisée, ses ancêtres étaient des entrepreneurs réputés, presque tous francs-maçons, s’étant établis en Nouvelle Ecosse, Canada, bref, Shane avait largement de quoi vivre, sans faire d’excès.
Aider Eddie à faire ses devoirs était un plaisir, l’aider à prendre son bain était un sport nautique... lorsque Gene entrait dans la salle de bain, ils avaient foutu de l’eau partout par terre et s’accusaient l’un l’autre en s’écroulant de rire... ils s’entendait très bien tous les deux et il éprouvait une forte attirance pour ce gamin bourré d’humour qui savait se faire à dîner tout seul alors qu’il n’avait pas encore huit ans.
Il avait persuadé Gene d’apprendre la langue de Shakespeare et elle s’y était mise avec une volonté assez remarquable. Une leçon par jour, qu’elle apprenait pendant le trajet du boulot, apprenant phrase par phrase, l’ayant assimilée lorsqu’elle rentrait le soir.
Mais l’argent ne poussant pas sur les arbres, Shane devait un jour rentrer à Hubbards, revoir les siens, régler quelques derniers détails avec son associé de Boston, vendre également deux trois choses désormais inutiles à ses yeux, pour revenir s’établir définitivement en France.
Ahhh, la France ! Quel beau pays ! Il avait l’intention de s’établir en France, d’y vivre. Avec sa nouvelle famille.
Il eut une nouvelle pensée de remerciement vers Dieu pour lui avoir permis de rencontrer Gene. Sa vie depuis, avait pris tout son sens.
Lorsque l’avion atteignit 20 000 pieds, Shane ferma les yeux et pensa au petit visage triste d’Eddie. Il adorait ce gosse. Il adorait sa mère...
* * *
Le vol avait été fatiguant, surtout pour sa hanche, rester assis si longtemps ne lui était pas conseillé mais il ne pouvait pas rester debout dans l’avion, il aurait un peu énervé le personnel de vol. Il avait mal dormi la plupart du temps, faisant son possible pour oublier que sa voisine dégageait une odeur forte et incommodante. Les gens ressentent le besoin de s’asperger de parfum, et certaines fragrances tournent sur eux, au contact de la transpiration. Le tout donnait une odeur forte, musquée et poivrée, odeur de momie poussiéreuse qui le faisait éternuer sans cesse.
L’avion attérrit sans encombre au Logan Airport que Shane quitta rapidement une fois son lourd bagage récupéré. Il prit un taxi et se rendit chez Hattie Bergstein qui l’accueillit avec chaleur et émotion. Elle lui donna des nouvelles de toute sa grande famille, avant d’en venir à l’essentiel. Shane lui avait donné les dernières directives à suivre pour opérer la transaction – ce vieux roublard d’Al Bergstein était aux anges de pouvoir racheter ses parts dans leur societé, il voulait travailler en famille, placer son fils à la tête de la boite. Hattie insista pour que Shane déjeune avec eux et après des adieux touchants et un « bonjour ma vieille » à sa Benelli, notre routard prit la route direction la Nouvelle Ecosse.
Il rentrait à la maison...
Comment son père prendrait-il la nouvelle ? Shane l’ignorait, c’était la grande énigme du jour. Grand Père faisait partie de l’église baptiste, pour lui, le divorce n’était qu’une formalité, un papier coûteux à signer, sans plus, il était séparé d’avec Grand-Mère Eleanor qui avait été sa première femme, et ils vivaient très bien l’un sans l’autre, se retrouvant en franche amitié lors des fêtes et autres réunions familiales.
Mais pour Sean Hubley, ce catholique convaincu, pratiquant et pour l’église catholique, le divorce était une chose inadmissible, inacceptable. Père citait souvent son propre exemple : lui-même était resté près de sa femme, malgré leur mésentente constante, leurs opinions divergentes, leurs caractères que tout opposait ! Aussi, lui annoncer qu’il allait épouser une française, baptisée mais non pratiquante, négligeant les religions en général et méprisant le dogme en particulier, une femme divorcée, de surcroit... Shane appréhendait la réaction toujours disproportionnée et bruyante de son père.
Mais, avec ou sans sa bénédiction, son approbation, Shane voulait s’établir en France et personne, pas même l’autoritaire monsieur Hubley ne l’en empêcherait. Il voulait vivre en France, avec Gene, l’épouser si elle voulait de lui pour mari, devenir officiellement le père d’Eddie et rien au monde ne saurait empêcher cela de se réaliser. Même pas un Hubley catholique et franc-maçon, malgré le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques, au contraire de Voltaire, ce célèbre franc-maçon qui osait avouer : « Je défends la vérité, mais je supporte l'erreur... avec charité. », Sean Hubley ne défendait que « sa » vérité, il supportait aucune erreur et il n’était guère charitable...
Shane fit un arrêt à la station-service ; sa vieille Benelli était d’une saleté repoussante, depuis deux ans qu’elle squattait la remise de ce vieux Al Bergstein. Il la bichonna, la rendit aussi rutilante qu’une bécane neuve, vérifia la pression des pneus, passa à la pompe, faire le plein et prit la route 95 qui le mènerait jusqu’en Nouvelle Ecosse ; première des trois étapes qui se terminerait à Tantallon. Il était prudent, voulait à tout prix éviter la luxation de sa prothèse et tout mouvement qui mettrait sa hanche en danger.
« Je suis l’escargot de la route ! » braillait-il face au vent, heureux comme un pape.
C’est sûr qu’il n’était pas l’aigle de la route depuis son accident ! Ahh... Mad Max... Un bon film, ça ! Pas assez de motos dans le scénario mais un bon film quand même.
Son engin avalait les miles depuis le matin, le soleil était haut dans le ciel et tapait dur. Shane avait traversé le Massachussetts, il entrait dans l’état du New Hampshire qu’il entama pendant deux bonnes heures. A la nuit tombée, il repéra un panneau qui indiquait un motel avec restaurant situé à quelques miles à peine après le péage.
Il dîna copieusement, termina son repas avec deux tasses de café qui n’avait rien à voir avec le café français ! C’est sûr qu’ici on ne risquait guère d’avoir des palpitations en buvant trop de café.
Après une bonne douche brûlante, il se mit au lit, exténué, la hanche douloureuse, et glissa dans un sommeil réparateur.
Le lendemain matin, après avoir copieusement déjeuné, il reprit la route 95, jusqu’au Maine qu’il remonta avant de quitter la 95 pour emprunter les petites routes qui longeaient la côte, jusqu’à Saint John où il prendrait le St John Digby pour enfin débarquer en Nouvelle Ecosse.
Il cherchait comment annoncer à ses parents qu’il avait l’intention d’épouser une française divorcée, avec un enfant, de surcroit... sans risquer une attaque chez son paternel. Il préparait quelques arguments de poids pour convaincre son père... Mr Hubley prendrait cette annonce comme un camouflet, Shane ne se faisait aucune illusion. Sa mère, comme toujours, se rangerait du côté de son mari et ne piperait pas un mot en faveur de son fils, bien qu’elle soit de confession protestante et qu’elle ait rêvé bien plus d’une fois qu’elle quittait son mari psychorigide...
Mais Gene comptait bien trop pour Shane et il se sentait près à affronter le titan patriarche s’il le fallait. Si son père n’avait jamais su ce qu’était le coup de foudre, l’amour, le véritable amour, il en était désolé pour lui mais ce qu’il éprouvait pour Gene était bien trop fort, merveilleux, spirituel pour qu’un obstacle se mette en travers de sa route. Il souhaitait la bénédiction de son père uniquement par politesse. Mais au besoin, il pouvait très bien se passer de son avis, et carrément de lui !
Il accélera un bon coup pour attaquer la cote à 45%, perdu dans ses pensées mi-sensuelles, mi-spirituelles... Il doubla quelques véhicules qui peinait à grimper et se rabattit rapidement, la voie étant libre devant lui.
Son frère Shelby et sa soeur Susan (rebaptisés Whip et Season) avaient fait la même chose avant de partir pour Los Angeles, vivre leur vie. Sterling, atteint d’une maladie orpheline, avait préféré quitter cette terre qu’il jugeait trop cruelle...
Alors pourquoi n’aurait-il pas droit, lui aussi, de choisir son cap et de vivre sa vie ?
Un éclat de soleil vint cruellement l’éblouir. Il jura, se demandant d’où provenait cette source de lumière aveuglante, étant donné que le soleil était dans son dos.
Lorsqu’il réalisa que ce qu’il voyait était le soleil se reflétant dans le pare-brise d’un poids-lourd juste en face de lui, il était trop tard. Le chauffard s’était déporté en plein milieu de la route dans le virage et il percuta Shane de plein fouet. La moto vola dans les airs, retomba sous les roues du poids lourd qui l’entraîna sous ses pneumatiques sur une vingtaines de mètres avant de s’arrêter, les freins hurlant.
Le corps de Shane, éjecté comme un missile, était allé s’écraser lattéralement sur le tronc d’un énorme chêne qui bordait la petite route sinueuse du Maine, il retomba comme un pantin désarticulé, dans le fossé herbeux et n’en bougea plus.
Lorsque l’ambulance arriva aux urgences, les internes se précipitèrent avec un chariot mais les secouristes levèrent une main lasse :
– Plus rien ne presse les gars... c’est un DOA*
* « Dead on arrival : Mort à l’arrivée »
* * *
Shane dormit deux jours entiers, le troisième jour, il ouvrit les yeux, parfaitement reposé, se demandant pourquoi il était resté inconscient si longtemps. Son frère Sterling était là, en pleine forme, aux côtés de Grand Ma Rennie et de Grand Pa Ira, lui souriant avec joie :
Il hallucinait complètement : ils étaient vivants ??? Non, ils étaient morts, et depuis longtemps, c’était impossible, il devait dormir et rêvait encore...
Il les vit rire tendrement :
– Non, mon enfant, tu ne rêves pas, tu vis ! fit Grand Ma Rennie. Te voici de retour chez toi et nous sommes ravis de te revoir.
Shane se tourna sur lui-même, enjoué, heureux, ravi ; sans encore savoir pourquoi :
– C’est incroyable, je me sens si léger d’un coup ! Que m’est-il arrivé ? Je ne me souviens de rien, comment j’ai fait pour arriver ici ?
– Tu as l’air radieux mon frère ! sourit Sterling.
Ses grands parents l’embrassèrent longuement.
Shane admira la beauté de ce qu’il voyait, ce ciel plein d’azur où l’éternelle aurore allumait incessamment de nouvelles clartés.
Il poussa soudain une exclamation de surprise :
– Oh boy ! C’est incroyable ! Ca y est, je me souviens !
Ses yeux brillèrent de joie, il enlaça ses grands parents qui sourirent de son enthousiasme.
– C’est incroyable, je me souviens de tout ! Toutes mes vies me reviennent en mémoire !
Oui, il se souvenait de tout, et devant ses yeux éblouis défilèrent ses différentes vies, glissant comme autant de jolis tableaux.
Il était émerveillé, il était heureux, il ne s’était jamais senti aussi bien de sa vie. Mais en regardant au loin, il vit la petite planète bleue et il frissonna, mal à l’aise :
– Mon Dieu que cette terre est morne et froide. Soyez gentils, voulez-vous ? Quittons ce sombre endroit. Eloignons-nous de ce coin impur de l’erraticité et du séjour sans borne. Emmenez-moi vers la lumière ! Tenez, fuyons ensemble et suivons ce nuage lumineux !
Sitôt dit, ils s’élancèrent dans le ciel, Shane se sentit devenir grand... immense... Il était si heureux, si bien, l’avenir s’étalait, lumineux, chantant, devant ses yeux ébahis ! Plus aucune douleur dans la hanche, nulle part ailleurs d’ailleurs car il n’avait plus de poids, plus aucune contrainte puisqu’il n’avait plus de corps, ce corps si lourd, si encombrant... qu’il avait laissé...
Tiens, oui... où avait-il laissé son corps ?
Sur Terre, probablement !
Eh bien, soit, il avait perdu la terre, mais il lui restait les Cieux !
Leur petit groupe d’Esprits s’envola, éblouis, dans l’espace, la distance et le temps confondus sous leurs pas... Ils allaient, pélerins que jamais rien ne lasse, vers l’Enorme Inconnu qui se dressait... là-bas !
– Dieu qui nous tend les bras, murmura Shane, en extase.
Enivrés de chants, de couleurs, de lumière, d’amour, ils allèrent pendant longtemps, rencontrant ça et là, dans leur long pélérinage, des frères, des amis qui, très loin de la terre, s’envolaient, comme lui, vers leur nouveau destin.
Son coeur exultait, c’était trop de bonheur pour Shane. Les larmes de joie perlèrent à ses paupières :
– Oh, quel bonheur puissant, suave, inexprimable ! Se retrouver enfin à la maison ! Oh la joie du retour, comme elle laisse au coeur un bien-être ineffable, regardez, mes amis, toutes ces flammes d’affection qui finissent en Amour ! Je meurs de bonheur ! Oh happy day ! Je suis le plus heureux des Esprits ! chanta-t-il sur un vieux cantique.
Ils allaient toujours plus loin, plus haut, plus vite ! Shane en avait le vertige, son âme embrassait cette splendeur, avec l’impression qu’elle allait éclater de joie !
C’était si beau que cela l’effrayait. Il se sentait si petit devant tant de beauté et d’Amour, devant cet espace qui toujours reculait pour leur montrer encore plus de beauté, de vastes profondeurs !
– C’est tout simplement merveilleux ! Plus de noir, plus de nuit, plus de haine et de rancoeur ! De la Lumière partout ! Des soleils bienfaisants qui lancent leurs chauds rayons et qui ne nous brûle pas comme sur Terre...
Sur Terre...
Non, il ne voulait plus penser à la Terre... Il voulait penser à l’instant présent qui bientôt serait le passé... déjà...
C’était magnifique, il ne parvenait pas à se rassasier des beautés qu’il voyait, partout de la clarté ! Il pressentait le but que tous les Esprits poursuivaient, sous l’éternel mystère. Mais il voulait d’abord prendre son temps.
Et le mot temps ici, n’avait plus sa place, il ne marquait plus à l’horloge puissante qu’éternellement, Dieu penchait sur l’Infini !
Ici, les années passaient dans leur ronde incessante, se poursuivant dans un envol encore indéfini.
Shane accumulait les bonheurs, les plaisirs enfantins. Il était heureux et en demandait toujours plus ! Ils allaient, cependant, voyageurs inlassables, sans fatigue, sans faim, sans besoins, ivres d’amour, d’ardeur, d’espace et de bonheur... Ils allaient tous les quatre, heureux, insatiables. Shane était charmé, émerveillé, devant tant de suave clarté.
Un monde paraissait devant leur petit groupe, magnifique ! L’air était parfumé, les fluides étaient si doux que Shane en ferma les yeux. Dans ce calme enivrant s’élevait une musique divine qui s’exhalait tendrement, venant on ne savait d’où...
Les larmes montèrent aux yeux dessilés de Shane. C’était trop d’émotion ! Cette musique soulevait en lui tant de choses, cette douce harmonie qui emplissait les Cieux emplissait son esprit et il débordait de sérénité. La musique le pénétrait comme un parfum de roses, éveillant en son coeur, des sons mystérieux, énigmatiques.
– Avec votre permission mes amis, j’aimerai m’arrêter là, dit-il à son frère. Mon âme doit se reposer de son trop avoir vu. J’aimerais jouir un moment de ce rêve éphémère qui s’enfuira tout aussi vite pour avoir trop vécu.
Grand Ma sourit et ses joues se colorèrent : un parfum de violette l’entoura.
– Shane a raison, contemplons ces heureux Esprits qui, dans cette retraite, exhalent en accents touchants les souffles de leur coeur. Ecoutons ces accords si purs, ces airs si doux qui font monter vers Dieu l’hymne ardent de leurs âmes !
Shane soupira d’aise. Combien d’Esprits, lassés du long voyage, comme eux, s’arrêtaient en ce paisible lieu, afin de se reposer du pénible pélérinage que toute âme accomplit pour arriver à Dieu.
Il n’en pouvait plus d’émerveillement, chaque fois qu’il se disait qu’il n’avait rien vu de plus beau, une émotion plus forte l’assaillait et il riait de son étonnement.
Qu’ils étaient beaux, ces Esprits qu’un brouillard lumineux, longue et brillante tunique, dessinait vaguement leurs corps aux fins contours. Qu’ils étaient beaux ces fronts qui s’auréolaient d’une lueur magique, qu’ils étaient touchants, ces yeux qui étincelaient de tendresse et d’amour !
Et c’était si beau, cette douce lumière qui s’enroulait, comme un serpent de brouillard, autour des corps fluidiques. A côté de ça, tous les ornements somptueux de la terre paraissaient à Shane des linceuls enveloppant les morts...
– Mon coeur déborde d’émerveillement, se peut-il que je puisse supporter autant de beauté ? de lumière ?
Grand Ma Rennie tourna un regard étrange vers Shane.
– Tu es émerveillé mon enfant, car ici c’est le soleil. Mais te souviens-tu de la nuit ? Voudrais-tu voir les méchants ? Les esprits en délire, qui désirent un repos qui toujours se dérobe et les fuit ?
Shane eut un pincement au coeur en voyant que le ciel, autour de lui, devenait noir. Un frisson d’angoisse l’étreignit en voyant soudain ces êtres blêmes, écrasés de remords. Un poids incommensurable lui broya le coeur de ses serres.
– Oh mon Dieu ! Tous ces pauvres êtes maudits...
Shane pleurait en voyant ces Esprits malheureux que leurs crimes poursuivaient dans les sombres dédales de ce coin terrible, ténébreux, étouffant, si loin du paradis qu’il avait quitté...
Shane essuya ses larmes, la pitié qu’il ressentait pour ces êtres mauvais, par la haine asservis, était réelle. Aucune hypocrisie dans sa compassion, sa peine était réelle et son coeur étouffait ses sanglots.
– Oh mes frères, repentez-vous donc ! J’aimerais tant que votre âme ennemie s’éclaire d’un rayon lumineux venu de là-haut !
Sa voix résonnait dans ce lieu sinistre et glauque. Certains esprits ralentirent leur pas, surpris, le dévisageant sans comprendre, les sourcils froncés. Mais bien vite, d’autres, plus mauvais, s’approchant en bousculant les plus faibles, proférèrent des jurons à l’encontre de celui qui avait osé dire de telles paroles ineptes ! Cet ami lumineux dont le coeur tendre osait leur apporter l’Amour et le Pardon dont ils n’avaient que faire ? Qui était-il ? De quoi se mêlait-il ?
Shane frissonna sans pouvoir s’en empêcher. Son coeur ne supportait pas tout ce malheur.
– Pitié, partons, ce spectacle me brise littéralement...
Grand Ma ferma les paupières :
– Soit !
Et le temps de penser, ils étaient à nouveau transportés dans un monde charmant où une douce brise caressait langoureusement des sites enchantés et enchanteurs.
Shane se remit petit à petit du triste séjour dans l’erraticité ténébreuse. Il préféra oublier et admirer les Esprits qui travaillaient en ce coin de l’espace. Ils étudiaient, unis, concentrés, pour de nouveaux progrès. En eux brillait cette puissante ardeur que rien ne lasse, que n’abat jamais le plus petit regret.
Shane se tourna en tous sens, époustoufflé ! Que de groupes unis, que d’esprits attentifs ! La direction habile qui présidait aux bons destins de ces heureux avait organisé ces études faciles sur les divers moyens de vivre dans les Cieux.
Shane voyait leurs corps nourris de ces fluides éthérés qui passaient en douces ondes lumineuses et en brouillards légers. Plus de faim, plus de soif, rien que ces effluves qui naissaient, dans le ciel et puis s’effacaient pour renaître bien mieux et pour recommencer plus loin.
Shane voyait jaillir de fugitives flammes de ces coeurs passionnés aux souffles ardents. Ils s’unissaient en beauté, leurs âmes se rapprochaient, confondant en amour, riches, pauvres, rois et manants...
Ils buvaient à longs traits à la source divine, les enseignements des Esprits supérieurs. C’était impressionnant d’intérêt et Shane, comme les autres, lorsque le soir monta sur la verte colline, sentit le repos descendre en lui comme sur tous ces travailleurs.
Grand Ma posa une main lumineuse, translucide, sur sa poitrine :
– Reste là mon enfant, je dois partir, dit-elle tout doucement. Profite de ce temps pour écouter le mystère. Nous reprendrons bientôt notre course éperdue à travers l’Infini peuplé d’astres géants.
– Comme il te plaira, Grand Ma ! répondit Shane en l’embrassant.
Et il se mit docilement à l’ouvrage. Il voulait lui aussi, à tout prix, acquérir le savoir : sésame magique. Devenir – oh... restons modeste – pas un savant, mais un Esprit sage, à qui tout réussit et qui sait tout prévoir.
* * *
Le temps passa, incalculable, et un beau matin, tandis que l’aube pâle ouatait lentement les coteaux alentour, tandis qu’il faisait là, du saphir, et plus loin de l’opale ; Grand Ma lui apparut, elle était de retour.
Elle tendit la main pour attraper son bras.
– Viens !
Shane lui emboita le pas sans discuter, laissant son ouvrage à d’autres Esprits ravis de travailler. Tous deux, dans l’espace, ils repartirent, filant dans cette orbe d’azur sans connaître un moment la fatigue qui lasserait l’homme le plus ardent, le plus fort, le plus dur...
Puis, au fur et à mesure, le paysage changea. Shane, en son for intérieur, se sentait de nouveau angoissé.
Ces chemins, ces lieux... cette pénombre...
– Grand Ma, où allons-nous ? demanda-t-il à son guide. J’ai peur de comprendre... Tous ces lieux, pour moi, c’est du « déjà vu » !
Lorsque Grand Ma se tourna vers lui, son regard était sévère.
– Enfant, nous revenons sur Terre un court moment, consoler tous ceux qui t’ont perdu.
L’angoisse étreignait le coeur de Shane, c’était trop lui demander que de retourner dans ce chaos de haine et d’égoïsme.
– Pitié, Grand Ma, ne me fais pas ça, je ne supporterai pas de revenir dans ce froid, ces ténèbres, c’est une trop grande épreuve !
– Non ! C’est un petit sacrifice ! rétorqua Grand Ma d’un ton péremptoire.
Elle le crocha par le bras, l’incitant à reprendre le voyage :
– Tu dois te dévouer à ceux que tu plias à tes nombreux caprices d’humain malade et ennuyeux et qu’on doit supporter ! Va, et regarde bien Shane ! Penses-tu qu’elle puisse t’oublier, celle qui te croit mort depuis tant d’années, à jamais malheureuse, le coeur brisé par ton départ. Celle dont l’ardente voix se lamente et supplie, au nom de tes douleurs, un avenir heureux au Cieux ?
Et Shane vit Season, sa jeune soeur, agenouillée devant la stèle, le front écrasé de peine, de douleur... de son coeur, vers Dieu montait une prière fervente pour ce frère aîné, dans son malheur.
Il vit Gene, le coeur fermé, l’âme tourmentée, qui se sentait morte depuis le jour où de bons amis étaient venu lui annoncer sa mort... Il vit Eddie qui pleurait, caché dans son coin, à l’abri des regards. Il lui en voulait, il ne lui pardonnait pas de les avoir abandonnés, lui et Gene. De leurs coeurs montaient cette tristesse poignante qui ferait s’épancher même le coeur d’un Jack l’éventreur.
Shane avait la gorge serrée, les larmes, à nouveaux avaient envahis ses yeux. Il voulait parler, dire à Gene « Je vais bien, je suis là, espère mon amour, un jour, tu me retrouveras ! » Mais son oreille sourde n’entendait pas. Il avait beau la consoler, les pleurs coulaient toujours et sa tête trop lourde retombait tristement sur sa poitrine.
– Christ ! Je n’y arrive pas ! Elle ne m’entend pas ! Je suis impuissant ! Seigneur, comment faire pour calmer un être aimé dans sa peine ? lui dire que je vais bien, que je suis enfin libre, heureux et que mon âme est sereine ?
Shane était bouleversé. Les larmes, coulaient de ses yeux lumineux. Son coeur saignait, faisant fondre en larme une multitude d’esprits émus par sa peine, sa souffrance...
– Comment ignoraient-ils ? demanda Shane, soudainement. Pourquoi n’entendent-ils pas la voix de l’Esprit ? Ahh pouvoir leur apprendre l’ineffable bonheur de tous ceux qui s’en vont ! Pouvoir « dire » et « parler », et se « faire comprendre » de tous ceux qui sont restés sur cette pauvre terre et qui nous pleureront ?
De son coeur ému s’envolait une flamme tourmentée, il souffrait pour Gene, pour Season, pour tous ceux qui étaient restés... en bas, dans ce lieu d’ombre, ce chaos.
– Si je pouvais détruire en eux ce doute qui les blesse et les torture âprement, si je pouvais panser leur coeur las de gémir avec de la gaze douce et cicatrisante parce que pleine de mon amour ? Je souhaiterai tant abolir leur frayeur, soutenir leur faiblesse, faire scintiller l’avenir devant leurs yeux ! Oh Père Eternel, si seulement je pouvais !
Et tandis que Shane se lamentait ainsi, une voix inconnue murmura à son oreille :
« Sois courageux et tu réussiras ! »
Shane se tourna en tous sens, surpris :
– Qui me parle ?
Mais la voix s’était tue, Shane restait seul, seul avec ce conseil qui dirigeait ses pas. Grand Ma Rennie était repartie vers des sphères plus belles, plus douces, seul devant l’inconnu, Shane demeura rêveur un long moment...
Oui, ce conseil était le bienvenu. Oui, il allait travailler et servir, avec zèle, cette voix qui venait d’on ne savait où : Dieu où son coeur, mais cela n’avait pas d’importance : le conseil était semé, l’idée germait et grandissait, fleurissait en lui, devenait immense, infinie. Il allait faire montre de courage, et il réussirait !!!
Il lutterait, il vaincrait. Peut-être après des siècles d’efforts, de peine, de déception, d’ennui et de découragement, mais il vaincrait et un jour, ses frères cadets humains sauraient, quand leur âme sereine viendrait le retrouver au fond du firmament...
Il vaincrait car il pourrait leur dire : « La vie est un sommeil dont on s’éveille aux Cieux ! » et prouver, proclamer et redire : « La mort n’est pas la mort, c’est le retour à Dieu ! »
Demain le jour luira, se dit-il. La lumière éclatante brillera doucement sur les coeurs apaisés. Shane allait commencer à souffler à l’oreille dès à présent. Gene l’entendrait certainement, oui, Gene l’entendrait... n’avait-elle pas une très bonne oreille ?
Il sourit et s’envola à tire d’aile...
FIN
© auteur : Helena Grantham 2009
Texte terminé et remanié par Kyle S.
2004-2009
Lueur.
Merci de l'avoir lue. Cette terrible histoire est la vie de mon compagnon Shane, cette histoire est vraie, c'est la mienne, racontée de façon magnifique par mon amie Helena Grantham.
(Lueur, alias Geneviève)