Bienvenue dans le monde imaginaire d'Helena Grantham.

Ses romans et nouvelles sont fantastiques, féériques, quelquefois magiques, 

Très souvent ésotériques,  parfois horribles et cruels mais ainsi va la vie...

Welcome to Helena Grantham's World !


Par Lueur - Publié dans : PRESENTATION - Communauté : SESAME MAGIQUE
Dimanche 15 novembre 2009

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FANTASTIQUE
Roman en deux tomes : 337 pages web
Auteur : Helena Grantham
Année : 1998



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RAINY MOUNTAIN Tome 1




Les chroniques celtiques d'un village  de montagne du Wisconsin, en 1919,
dont la tranquillité sournoise va s'écailler jour après jour
dès l'arrivée en classe d'un gamin ,
inconnu aussi étonnant que dérangeant,
un gosse solitaire dont on ne parvient pas à dénicher les parents.

Il bouleversera la vie des adolescents, 
il réveillera le sens du merveilleux chez les adultes blessés par le sort,
il ne laissera personne indifférent.

Seul, le pasteur de la paroisse;
vieillard puritain aveuglé par le dogme 
fera tout pour chasser ce démon de Rainy Mountain.

Le destin conduira les uns par la main,
il traînera les autres face à leur karma...
et ceux à qui tout souriait hier encore
ne seront pas toujours ceux à qui demain sourira...




Par Helena Grantham - Publié dans : ROMANS - Communauté : Le Flot Des Mots
Dimanche 15 novembre 2009

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FANTASTIQUE
Roman : 110 pages web
Auteur : Helena Grantham
Editeur : Le Manuscrit
Année 2003 
 



En vente chez Le Manuscrit
25.90 Euros




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  AMANTS ET ENNEMIS




Un gentilhomme de la haute bourgeoisie rencontre l'amour

au hasard d'une visite chez un ami militaire.

La jeune fille en question ne semble guère partager cette attirance,

elle semble au contraire détester cet homme au passé encombré d'idylles,

le mépriser, le haïr, le fuir...

A force de patience, d'humilité, de sincérité et de courtoisie, 

Il  parviendra à se faire aimer de la jeune fille ,

Suscitant la jalousie et la rancune d'anciennes relations...




Mais l'amour n'est-il pas proche de la haine ?

Qui pourrait promettre à l'autre qu'il l'aimera bien plus qu'hier et bien moins que demain ?

Comment lutter contre la jalousie meurtrière qui détruit chacun, fibre par fibre ?

Comment lutter contre la haine à laquelle on s'accroche

parce qu'elle nous maintient encore en vie ?

Comment ne pas se venger, seule parade contre la souffrance : 

Faire souffrir comme on a souffert ?

Comment revenir en arrière et empêcher tout cela ?




Par Helena Grantham - Publié dans : ROMANS - Communauté : Le Flot Des Mots
Dimanche 15 novembre 2009

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SCIENCE-FICTION
Roman en trois tomes : 454 pages web
Auteur : Helena Grantham
Année : 2002
Pour adultes


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LA DERNIERE PORTE Tome 1





Zelos: Constellation d'Orionis, 2585.
Pour un Zélé, le mot "sexe" ne signifie que la différence entre le mâle et la femelle. Il ne connait rien à la jouissance, au désir, à la jalousie, il vit paisiblement parmi ses concitoyens Zélés, depuis cinq siècles...
Il n'y a aucun "Déviant" sur Zelos car la Loi est très claire sur ce point: toute Déviance est passible de la peine terminale.
Le Zélé pratique "l'accouplement" uniquement dans le but de se reproduire, de perpétuer ses gènes.

Aussi, lorsqu'une Terrienne se crashe sur leur jolie petite planète rose; forcément... ça créé quelques problèmes...

Le docteur Dakk se trouve devant un dilemme, s'assurer que son "étrange patiente" n'est pas folle à enfermer, aider la jeune fille à trouver une place dans la societé Zélée xénophobe, l'aider à retrouver sa mémoire perdue tout en commençant une analyse poussée, mais trois choses l'empêchent d'être objectif:
1) son supérieur qui ne partage pas son enthousiasme envers la Terrienne,
2) la légère tendance schyzophrénique de sa sublime patiente qui met en ébullition tout le service psychiatrique,
3) son charme magique qui envoûte les Zélés, leur donnant des pensées sexuelles de Déviant...


Par Helena Grantham - Publié dans : ROMANS - Communauté : Ecrire
Dimanche 15 novembre 2009

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SCIENCE-FICTION
Roman : 96 pages web
Auteur : Helena Grantham

Année : 2007
Pour adultes



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VAMPIRES ET CHAROGNARDS



Un traqueur est un agent du gouvernement assermenté, qui comme son nom l'indique, traque les évadés des diverses centrales, de toute la galaxie et des autres...
Il a tous les pouvoirs, son autorité n'est jamais contestée. Le traqueur fonctionne à l'adrénaline, c'est un militaire entrainé aux pires situations, il ne craint rien ni personne. Il peut attendre des jours, des mois, des années avant de retrouver la trace d'un évadé, où que ce soit, dans l'univers. Mais il le coince toujours...



Un chasseur de prime n'est pas un agent assermenté. C'est un être primitif, violent, fourbe et revanchard, qui tente de coiffer les Traqueurs au poteau, dans le but de toucher la récompense.
Il n'a suivi aucun entraînement, ne connait rien à la loi, ni aux droits des prisonniers, il s'en moque d'ailleurs vu qu'il n'a aucun tact pas plus qu'il possède un gramme de moralité. Il ne connait qu'une loi : la sienne.
Remplir sa bourse et avoir une réputation de terreur est son unique priorité.

Un tueur en série est un meurtrier récidiviste qui a commis au moins trois meurtres. C'est un dangereux psychopathe qui se caractérise par sa boulimie de meurtres, par le plaisir qu'il tire de ses actes et par un sentiment de supériorité qui l'amène à penser qu'il ne sera jamais pris ou repris.
Parfois, pour arriver à leurs fins, tueur et chasseur de prime s’associent... 

On les appelle des Charognards.


Un Vampire n’est pas une connaissance du Comte Dracula, c’est une bestiole minuscule, sur terre, ou dans l'eau, qui vous mord, qui vous pique, qui vous plante son rostre dans la chair et se repaît de votre sang.
Parfois, il vous laisse des cadeaux sous la peau, dans le sang.
Souvent, ça vous rend fou à force de vous gratter.
Très souvent, ça vous rend malade à crever.
Quelquefois même ça vous tue.


Dans ce jeu triangulaire, qui gagnera ?
Les traqueurs ?
Les charognards ?
Les vampires ?



Par Helena Grantham - Publié dans : ROMANS - Communauté : Ecrire
Dimanche 15 novembre 2009

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FANTASTIQUE
Nouvelle : 26 pages web
Auteur : Helena Grantham
Année : 2004 - 2009
Terminé et remanié par Kyle S.


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EVENSIDE



Connaissez-vous cette troublante et dérangeante sensation de déjà-vu?
Vous êtes-vous déjà demandé comment cela était-il possible?
La petite Judy est bien trop jeune pour se poser ce genre de question
Elle n'a que six ans. Pourtant ça lui arrive tout le temps...







Par Helena Grantham - Publié dans : ROMANS - Communauté : Des textes des écrits
Dimanche 15 novembre 2009

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POLAR/FANTASTIQUE
Roman : 22 pages web
Auteur : Helena Grantham
Année : 2006
Pour adultes


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CHIEN MECHANT




Valentine était une petite fille brune, un ange fragile aux yeux noirs comme le charbon,

dont la famille vivait tranquillement dans la Vallée de Chevreuse.

En grandissant, elle ne quittait pas son énorme chien: Nero, un rotweiller collossal,

un monstre de muscles à la mâchoire impressionnante.

Nero était du genre féroce, il effrayait les enfants, il freinait les adultes.

Mais étrangement, c'est de Valentine que les gens avaient peur...



Par Helena Grantham - Publié dans : ROMANS - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
Dimanche 15 novembre 2009

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 FANTASTIQUE
Nouvelle : 7 pages web
Auteur : Helena Grantham
Année : 2004 





Deux très vieux amis étaient assis à une table magique, buvant un thé virtuel dans un pub imaginaire. Le premier, un énorme vieillard rondouillard, se plaignait et son non moins vieil ami l'écoutait, maussade...

– Mais qui se rend compte de ce que je supporte depuis ma création ? Certainement pas les humains... Non content de me réduire à l'état d'Humain niais, compagnon candide d'une femelle stupide qui brave les serpents et croque des pommes à mes dépens, deux fragiles êtres vêtus d'une feuille de vigne... Non content de m'achever chaque jour un peu plus avec leur pollution et leurs ondes folles, leur vie trépidante, leur folie, voici qu'ils m'appellent Mère ?? Gaya ?? Mais de qui se moque-t-on, par la barbe infinie de Notre Divin Père ? J'ai beau être hermaphrodite, mon côté mâle est vexé par ce nouvel affront, je me sens humilié, insulté !!! Et ils ont fait d'Eve la mère de l'humanité, rien que ça... Toute la gloire pour mon côté féminin... mon pôle positif est devenu une star mondialement connue, au détriment de mon pôle négatif... Et je suis relégué au rôle d'Adam, le père des Humains, totalement paumé qui se demande comment il a pu engendrer une telle humanité avec seulement deux fils dont le cadet fut zigouillé par l'aîné avant d'avoir perdu son pucelage ? Alors qui a forniqué avec Eve pour qu'elle ait des filles pour fonder cette soit disant descendance ? Parce que je ne vois pas "comment" elle pourrait avoir fait autrement et c'est pas expliqué, comment elle a fait pour avoir d'autres rejetons, mon Eve... dans leur grand livre qu'ils nomment Bible...  Adam et Eve... Non mais tu imagines un peu ? Moi, un humain...  C'est du grand n'importe quoi digne d'une imagination débordante !  Comment ont-il pu dénaturer mon "être" et en faire cette légende à dormir debout ? Pour expliquer ma génèse ? Mais qui va gober une telle idiotie ? Personne ! Tsssss... je me sens floué dans cette histoire, personne ne me connait vraiment, moi Adam. J'ai donné vie à des humanités successives et que font-elles pour me remercier ? Elles me creusent, m'exploitent, me vident de mes richesses, de mon énergie vitale, elles m'anémient, me tuent. Combien de fois ai-je dû changer l'axe de mes pôles, combien de fois l'humanité a-t-elle vu la course des étoiles changer de direction ? Combien de fois l'humanité a-t-elle vu frère Soleil se coucher dans la partie où il se lève aujourd'hui ?

Quatre fois ! chantonna un Ange dans le ciel, ravi de jouer à question pour un champion.
– Quatre fois ! s'exclama Adam d'une voix exténuée, et je n'en peux plus, je suis épuisé. Je suis mourant !

Adam remit en place ses anneaux invisibles, qui avaient tangué. Son vieil ami reposa sa tasse fumante et poussa un soupir à fendre l'âme d'un démon:

– Tu me crois mieux lotti que toi, vieux frère ? Depuis mille cinq cent ans, on me prend pour le Diable, pour le Mal personnifié, on me conspue, on m'invoque, on me hait, on me loue, on me craint ! Les religions ont fait de Jesus un Dieu et de moi ils ont fait un Démon ! A quoi bon leur dire que Jesus n'est pas un Dieu, que je ne suis pas un Démon, que Jesus est descendu des cycles supérieurs et moi monté des cycles inférieurs car nous étions en mission, nous les agents de liaison entre les cycles, maintenant l'ordre immuable entre les électrodes positifs et négatifs, cosmiques de Notre Divin Père ? Comment leur faire comprendre que nos forces opposées se répandent sur le chaos depuis des siècles, le peuplant chacun de nos semences énergétiques, Jesus et moi maintenons par nos forces opposées l'équilibre gravitique entre tes deux pôles, vieil ami. Dissemblables en radiations, nos chocs continuels réalisent à l'Infini l'émission première projetée par Notre Père. Chaleur et froid sont nos masques. Si la chaleur donne le mouvement, l'impulsion; seul le froid condense, limite, nourrit. Résultat des courses : Jesus est adoré et loué et Sathan est maudit, banni, détesté, on a exterminé des millions de gens qui avaient foi en Jesus, qui détenaient la Vérité. On a exterminé des millions d'humains qui détenaient la Vérité sur ce que je suis réellement: d'autres ignorants cruels sacrifient encore de nos jours leurs frères humains pour obtenir mes faveurs, pour me vendre leur âme, et j'ai honte de cette réputation sulfurique qu'ils me font, j'ai honte de cette image qu'ils donnent de moi, moi Lucifer, adoré de Notre Père, moi si fier, si courageux... il ont fait de moi un être cruel, sadique, pervers et retors... un monstre tout rouge, les yeux injectés de sang qui lancent des éclairs, un être de peau couvert d'écailles, des pieds fourchus de faune et deux cornes immenses pour copier les deux antennes de la divinité des Egyptiens... Si ce n'était pas si humiliant d'être réduit à "ça"... ça pourrait presque être drôle. Quand je pense que j'ai accepté la lourde tâche: être moi-même prisonnier de ce cycle pour t'aider à tourner depuis ta naissance, pour reconstituer tes forces sans cesse sevrées d'aliments matériels... tu ne le sais que trop n'est-ce pas, vieux frère : pour sauver l'humanité d'une mort certaine sans mon magnétisme et ta nature bienveillante... Et toute cette peine, tout ce mal pour quoi ? ...pour que l'être humain me déteste, me crache dessus... Moi, le porteur de Lumière, je suis conspué par l'humanité que j'ai sauvé... C'est trop injuste.

Des rires cristallins résonnèrent au dessus d'eux... Les deux vieillards levèrent la tête en grimaçant, surpris, et suivirent du regard les trois Anges lumineux qui se matérialisaient; magnifiques dans leur longue tunique immaculée... Ils se retrouvèrent debout près de la table.

– On peut s'asseoir avec vous, frères captifs de la pesanteur ?

Sathan ébaucha un sourire tristounet :

– Pourquoi pas, plus on est de fous, plus on rit paraît-il.

Le premier ange qui avait pour nom Compassion, sourit avec indulgence:

– Mon doux Lucifer, cesse de maugréer, ton calvaire touche à sa fin.

Et se tournant vers Adam, il ajouta:

– Toi aussi, mon frère Chaos, l'heure de la délivrance approche. Avec l'enfantement sonnera votre Gloire. Vous remonterez dans les Cieux, serez acclamés comme les deux héros que vous êtes. Toi, Adam, si patient, qui sut prendre soin de tant d'humanités et toi, Sathan qui sut faire preuve de tant d'abnégation, pour servir tant et tant d'humanités successives, frondeur et téméraire et pourtant si magnanime...

Les deux nobles vieillards hochèrent la tête, ce qui fit bien rire les trois Anges car Adam saupoudrait la table de terre, à chaque hochement de tête, tandis que Sathan volatilisait ses poussières de fumées à chaque souffle, attirant tout ce qui était métallique dans ses auriques...

– Vous savez, mes frères cadets, dirent en coeur Compassion et Pitié. Nous aussi aurions à nous plaindre si nous ne savions le pourquoi et le comment de ces erreurs, ces légendes détournées, ces rumeurs fausses... Les humains nous ont affublé d'une paire d'ailes comme les oiseaux, couvertes de plumes que nous semons au moindre souffle de vent, et ils nous ont donné des noms très spirituels : Ariel, Daniel, Gabriel, Galadriel, Azazel, Ezéchiel...

– C'est vrai qu'ils vous ont pas loupé: ils vous ont collé des z'L partout...

– Je vous demande bien pardon, parfois ils hésitent et vous collent des ah partout !
Le rire fut formidable dans le café imaginaire et tous les bons Esprits là-haut, se retournèrent, agréablement surpris par la bonne humeur de ce petit groupe, près de Terre.

Adam fit des efforts insurmontables pour ne pas tousser... s'essuya les yeux.

– La dernière fois que j'ai toussé, expliqua-t-il, confus, j'ai fait un trou dans mon manteau, le traumatisme causa des tremblements de terre, des raz-de-marée, de terribles dégâts et il y eut plus de 25 000 morts...

Sathan branla du chef, tragique:

– Je m'en souviens comme si c'était hier, j'ai dû batailler ferme pour arrêter ta lave et calmer tes centres actifs... On était à deux doigts du tsunami sur six points du globe. J'étais épuisé et inopérant pendant deux jours mais j'ai gagné sur la matière, évitant un cataclysme mondial.

– Pardonne-moi, Sathan, mais notre frère "ailé" me fait toujours rire lorsqu'il parle de leur condition. C'est vrai que les humains aiment à nous créer à leur image.

L'Ange Lumière qui était resté muet jusqu'alors dit d'une voix péremptoire:

– O vous qui vous plaignez de votre misérable condition, frères d'évolution, regardez ce qu'ils ont fait de Notre Divin Père: un vieillard cruel à barbe blanche et fléau brandi, un être colérique qui vous parle du ciel et vous montre l'enfer du doigt. Un être qui ressemble à l'humain comme deux gouttes d'eau, aussi haineux et caractériel, qui se venge, qui torture, qui fait souffrir, qui tue des gens par milliers rien que pour son bon plaisir. Et pourtant, si Dieu retenait sa respiration une minute, les univers croûleraient à l'abîme, sans son souffle vital. Alors soyez honnêtes: à côté de ce que Notre Père endure depuis qu'il a créé cet Univers, vos souffrances sont une goutte d'eau dans l'Eternité, mes amis.

Sathan lança un coup d'oeil vers Compassion qui gentiment, tapotait le dos du vieil Adam.

– Oui, Lumière, tu as raison, mais tu nous connais si bien, tu sais O combien nous aimons nous plaindre et récriminer chaque jour que Dieu fait. Sans compter que vous n'êtes pas mieux lottis que nous, les anges, peints depuis des siècles par les humains comme des chérubins joufflus, d'autres fois soufflant dans des trompettes pour annoncer la fin du monde (Adam toussota) et le pire je crois, enfin, pour moi en tout cas, c'est quand l'écrivain vous décrit, copulant avec des hommes ou des femmes pour donner naissance à des mi-anges, mi-démons, ou encore ces Néphilims, qui doivent lutter à leur tour contre des anges méchants descendus du Ciel, envoyés par le Bon Dieu, comme si le Mal atteignait les Cieux ! Des anges venus sur Terre pour exterminer ces... mutants! (Il secoua la tête, dispersant de la limaille aux quatre vents) J'aurai tout vu, ici bas... des anges qui se battent comme des chiffonniers, à coups d'épées, qui tuent sans scrupules, qui ont des ailes de chauve-souris noires... des anges qui préfèrent rester sur Terre pour ce plaisir éphémère: copuler avec des êtres humains, aimer charnellement, plutôt que de rester aux Cieux où l'Amour règne du Zénith au Nadir...

– Comme si les Anges avaient des sexes... soupira Adam. Que de légendes inventées pour satisfaire l'ignorance des faiseurs de films, de livres... Que de viles rumeurs trouvées pour que l'humain ait peur de quitter le droit chemin, de se rebeller contre l'autorité religieuse... Ou juste pour l'asservir à ses lois divines. On croit rêver hein ?

– Si ce n'était qu'un rêve, on se réveillerait, toi et moi mais je crois que c'est un cauchemar... parce que je trouve le temps diablement long... ajouta Sathan en faisant la moue.

L'Ange Pitié s'approcha de Sathan et le calina fraternellement.

– Patience, mes frères, encore un peu de patience. Demain, la matière fondra sous vos feux aveuglants, et Notre Divin Père vous ouvrira les bras. Demain, on se retrouvera là-haut et on ne se quittera plus jamais.

Sathan fit des yeux de chien battu en regardant la belle tunique souillée :

– Ohhh... Pitié ! Regarde-toi... tu t'es encore cochonné en t'accrochant à moi. Tu le sais pourtant que je laisse des traces partout où je suis...

L'Ange sourit, radieux, illuminant tout le café imaginaire:

– Que veux-tu, tu me manques tellement que je ne peux rester loin de toi longtemps, mon doux Lucifer.

Adam fit semblant de bouder, et tout le monde éclata de rire, à table, faisant tressauter de frayeur les mauvais esprits sournois et cauteleux qui rôdaient toujours près d'Adam.

– Moi j'ai jamais de câlins... moi personne ne me serre dans ses bras... ouinnn, c'est trop pinjuste...

– Tu es bien trop gros, mon cher Adam, tes anneaux, même si on ne les aperçoit pas encore, sont un obstacle pour mes petits bras.

– Par Saturne et ses anneaux, dis tout de suite que je suis obèse !

L'Ange Compassion ferma un oeil à demi, leva un sourcil suspicieux :

– Non, frère bougon, tu es juste un peu rond. Tu es plutôt bouboule à vrai dire...

L'éclat de rire fut formidable et Sathan dut calmer Adam qui menaçait d'entrer en éruption un peu partout, le fou rire l'ayant rattrapé.

– Du calme, mon frère, du calme... C'est pas le moment de déclencher un séisme mondial... garde ton sang-froid. Attends au moins que tes continents soient submergés pour t'exciter.

– Oh Seigneur ce que tu peux être comique quand tu t'y mets, mon cher Adam, embrayait Pitié qui pleurait de rire.

– Et pourtant je n'ai pas le coeur à rire... Si le froid de mes pôles me conservait en relative santé, la chaleur me désagrège et hâte ma fin. Or, je ne dois pas mourir, je fais des efforts quotidiens pour que le froid ne se localise pas dans les deux pôles; les régions intermédiaires seraient écrasées. Les humains ont peur, ils pensent que le soleil qui se rapproche va me brûler comme un cancer, mais si mes anneaux se dissipent de plus en plus, si mon frère Soleil me féconde de plus près, il n'est pas la cause de mon malheur... Les troubles cosmiques sont dûs en partie à l'imprudence humaine. Oui, j'ose le dire à haute voix. C'est la faute de la dernière humanité à laquelle j'ai donné vie. Je vous explique, mes frères Anges : à l'état normal, les courants ou fluides cosmiques compriment mes cours d'eau souterrains: mais voilà : cette compression est supprimée partiellement par les troubles apportés par les manipulations humaines, ondes courtes, hertziennes bref, leurs ondes magnétiques, ce qui génère les inondations dont la cause est souterraine autant qu'aérienne.
O quelle impatience j'ai en moi, mes frères ! Je n'en peux plus d'attendre le jour de mon envol ! J'ai mal partout, je n'ai plus aucune énergie et ma croûte se fendille sans arrêt à cause des infiltrations d'eau dans mon magma... Mes rivières s'enfuient se cacher dans les souterrains, ce qui créé des dégats dans les villes chaque fois qu'il pleut trop. La pollution perturbe ma température et j'ai souvent la fièvre avec des explosions incessantes de mes volcans qui génèrent des tremblements de terre qui appellent ensuite les tsunamis, ma fièvre fait fondre toute la banquise et des eaux libres apparaissent dans l'arctique. Mon manteau est une vraie guenille pleine de trous, et l'être humain court à sa perte à cause de son rythme de vie complètement fou. Il vit à toute vitesse, follement heureux de son génie, au milieu des ondes électro-magnétiques qu'il déplace sans arrêt, précipitant sa perte... Il me rend complètement malade et ne s'en rend même pas compte, orgueilleux qu'il est de se prendre pour Dieu le Père !

Compassion tapota le bras terreux d'Adam:

– Ainsi soit-il mon frère. Tu es appelé à disparaître mais pas de suite. Les choses sont telles qu'elles doivent être. Laisse faire ainsi, garde ta foi en Notre Divin Père. Ton calvaire s'achèvera bientôt, ce n'est plus qu'une question de siècle à présent. Auparavant, les continents seront submergés par les eaux. Lorsque Adam perçoit les rayons de Millikan, tout le monde sait ce que cela signifie : c'est l'annonce de sa fin prochaine.
Quelle joie pour nous de savoir que bientôt nous serons libres !!
– Oui, vous serez libres. Certes, pour l'humanité ce sera cruel mais l'intérêt général, l'harmonie cosmique exige la disparition d'Adam qui sera avantageusement remplacé par son fils.
– Cher Adam, sourit Pitié en adressant un regard débordant d'Amour à son frère cadet, tu l'as déjà deviné, je présume: tu mourras par extinction lente et progressive de ton feu central. Les derniers humains souffriront car l'air sera devenu irrespirable. Mais je vous en prie, mes frères, ne vous effrayez pas d'avance, tout est prévu, comme toujours. Ce sera, en somme, naturellement que ce fera l'immigration.

– Notre Divin Père t'entende, soupira Adam avant de lever son incroyable masse.

– Quelle gravité, susurra Pitié, les yeux candides.

– Quelle pesanteur, oui, grogna Adam en tournant sur lui-même. Allez, mes frères lumineux, je vous laisse à votre besogne, à vos lourdes tâches. Je dois continuer ma ronde dans le ciel peuplé d'étoiles.

Les trois Anges s'élevèrent avec légèreté, déposant un baiser fleuri, débordant d'amour, sur le front de leurs frères cadets, puis s'envolèrent aux Cieux, laissant une traînée lumineuse derrière eux, dans les éthers parfumés.

Sathan soupira, saupoudrant de cendre la table magique du café imaginaire:

– Allez, méchant Sathan... au boulot ! Va effrayer les humains supersticieux en ramonant tes fourneaux !

Sathan disparut dans son noir repaire, au centre du chaos Adam, qui en fit autant, reprenant en maugréant sa lente course monotone sous l'oeil attendri de ses frères Lune et Mars, rivés qu'ils étaient sous les douze constellations, milliards de clous lumineux sur le manteau divin de la nuit.

– Ne sont-ils pas beaux tous les deux ? s'exclama Compassion en arrivant près de Jupiter.

– Si fait, mon frère, si fait, approuva Pitié en répandant sa bénédiction sur la Terre.

Lumière, à son tour bénit les deux nobles vieillards qui reprenaient courageusement leur lourde tâche.

– Demain, l'Eternel Enfantement aura lieu. Adam et Sathan, pour leur départ, illumineront les Cieux, et les astres troublés par cette nébuleuse diront : "Quel est ce monde à jamais couronné ?" Lors, l'Eternel dira : C'est Sathan pardonné !!!

 


                                    Sathan, le producteur, avait clos ses yeux d'aigle...
                                            Condamné par la Loi, victime de la Règle,
                                        Il dormait, dans l'abîme affreux de la douleur,
                                                 Triste supplicié du terrestre malheur.
                                      Les larmes meurtrissaient sa face de martyre...
                                            O vous qui ne voyez que le cruel satyre
                                           Au masque criminel, au malfaisant épieu,
                                       Regardez ! - La douleur le fait l'égal de Dieu !  

Victor Hugo




© Auteur Helena Grantham

2007

 

 

Par Helena Grantham - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : Autres Mondes...
Dimanche 15 novembre 2009

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                                                                      HORREUR
                                                            
Nouvelle : 7 pages web
                                                         Auteur : Helena Grantham

                                                                    Année : 2006
                                                                   Pour adultes 
                                                             

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                                                              J TE L AVAIS BIEN DIT



La fille titubait, sur le bord de la route, elle tentait  de mettre un pied devant l'autre, mais ne parvenait qu'à partir en diagonale, vers le fossé... Soit elle dormait debout, soit elle en tenait une bonne.

Le chauffeur opta pour la seconde possibilité et il leva le pied. Le poids-lourd ralentit peu à peu pour finir par s'arrêter quelques mètres devant la pétasse brune barbouillée de maquillage noir comme les goths...

La portière s'ouvrit en grand et lorsque la pocharde arriva enfin à sa hauteur, une voix caverneuse dit:

– Elle va loin comme ça la p'tite chose ?

La fille sursauta légèrement, fit un effort inoui pour ouvrir ses paupières lourdes comme des rideaux de théâtre, fronça les sourcils comiquement, ce qui la fit ressembler à Laurel deux secondes et pila dangereusement, tanguant sur place.

Elle regarda à droite... vers le désert... personne...

Puis à gauche... Elle sembla réaliser qu'elle n'était pas seule sur cette route sans fin et lâcha un rire idiot:

– Tiens ? salut mec... Y a rien à boire là-dedans ?

Personne ne répondit et la fille maugréa:

– Tu vois, j'te l'avais bien dit qu'c'était des radins les routiers...

Elle reprit sa marche, partit en crabe dans l'herbe sèche en mode accéléré et tenta de redresser la barre. Son pied glissa sur une pierre ronde et elle s'affala face contre terre.

Elle ne bougea plus, la position allongée devait lui paraître plus stable...

Dans le camion, le chauffeur resta longtemps à peser le pour et le contre, puis il descendit à contrecoeur, il prit tout son temps pour faire le tour de son trente tonnes, s'approcha du corps vautré qui semblait crucifié sur le sol d'argile craquelé.

Du bout de sa botte, il la poussa. Une fois. Deux fois... aucune réaction.

Il lui fit les poches, ne trouva aucun papier d'identité, aucun portable et même pas dix dollars en poche.

Il tourna lentement la tête vers la route, jeta un oeil derrière lui... guettant un éventuel véhicule, mais ils étaient seuls tous les deux, lui, et cette chose gothique imbibée, écroulée à ses pieds.

Il poussa un soupir qui ressemblait plus à un grognement de lassitude et choppa la fille par ses fringues, la hissa sur ses jambes puis la transporta sous son bras comme on porterait un sac de graines.

Il la jeta sur le siège avant, la bloqua dans la ceinture de sécurité. Elle en tenait une sacrément bonne, elle devait comater à mort parce qu'elle ne réagissait même plus.

Quelle imprudence... Quelle désinvolture... Foutue gothique, fan de vampires et autres saloperies griffues ! Elle aurait pu tomber sur un désaxé qui se serait soulagé un bon coup tandis qu'elle cuvait son whiskey ou sa vodka-bière, elle aurait pu tomber sur un Jack l'éventreur qui l'aurait ouverte en deux, comme une volaille... ou bien un taré de la route, fan de bowling qui l'aurait prise pour une quille, juste pour le fun...

Quelle genre de fille peut se laisser aller ainsi ? Se retrouver pire qu'une loque, à traverser à pied cet état désertique ? Seule une foldingue tenterait le coup...

Le chauffeur lorgna la fille qui cuvait, fit une grimace dégoûtée et reporta toute son attention sur la route. Il fallait qu'il se dépêche d'arriver, il avait pris du retard sur son horaire, ça lui arrivait rarement et pour cause; les petites devaient se demander où il était passé et s'il allait revenir un jour.

 

 

L'épave qui avait un corps de femme ouvrit un oeil glauque, le fixa sur le panneau routier qui annonçait qu'ils quittaient l'Arizona pour entrer dans le Nouveau Mexique. Guerre plus réjouissant, tout aussi mortellement ennuyeux... sec et chaud... Elle referma les yeux.

Le silence les lui fit rouvrir presque aussitôt; le moteur ne tournait plus, ils étaient arrêtés près d'un restauroute poussiéreux près  d'Albuquerque. Le chauffeur n'était plus là.

Elle descendit du camion, le marteau de la migraine lui défonçait le crâne... Elle poussa sa carcasse jusqu'au resto-bar et pénétra dans la salle qui empestait l'huile de friture. Purée, ça lui faisait monter la nausée... foutues odeurs...

– J'te l'avais bien dit qu'c'était à gerber... les odeurs...

Soufflant comme une vache qui aurait été coursée par deux taureaux, elle se fraya un chemin dans la salle enfumée, les oreilles agressées par le brouhaha, entre le téléviseur en fond sonore, la musique du juke-box et les commentaires des routiers et des bikers.

Plusieurs mâles la suivirent quelques longues secondes du regard avant de replonger le nez dans leur assiette, indifférents à cette greluche crasseuse et puante qui ne ressemblait à rien... Sur un journal laissé à l'abandon s'étalait, en première page, l'affaire des deux jumelles disparues que tout l'état de Californie cherchait depuis trois jours...

La gueule de bois sur patte repéra un ou deux routiers finissant leur café lorsqu'elle réalisa qu'elle n'avait aucun moyen d'identifier le type qui l'avait ramassée en stop, et elle était bien trop fatiguée pour avoir souvenir de la marque du truck...

– Hey les mecs ! C'est qui qui m'a embarquée c'matin ?

Personne ne répondit à sa question et elle pesta entre ses dents:

– J'te l'avais bien dit qu'c'était pas l'bon...

Elle fit un demi-tour, le loupa et se rattrapa de justesse à un énorme type, le genre bûcheron transpirant dans sa chemise à carreau et qui s'enfournait une bonne moitié de hamburger d'une seule bouchée dans le clapier.

– Hey, tu m'payes un verre, mon pote ?

Il afficha une expression agacée et chassa l'intruse d'un geste du bras. Le patron quitta son comptoir pour lui signifier qu'elle devait partir pas plus tard que tout de suite parce qu'ici, c'était un établissement respectable  et ce genre de fille à problèmes n'était pas les bienvenues ! Allez ! Ouste ! Du balai où tu vas tâter de mon gourdin !

– Bon, ça va, ça va, range ton outil ! J'm'en vais, j'm'en vais ! Respectable mon cul !

Dépitée, elle ressortit en chaloupant, la bouche sèche.

Une poigne énorme l'alpagua dès qu'elle eut tourné à l'angle du resto.

– Mais qu'est-ce que tu fous ici, toi ?

– Hey, mollo... j'vais avoir le mal de mer si tu me secoues comme un prunier, mec !

Le chauffeur, un géant baraqué, la traînait à l'arrière du camion sans lui demander son avis. Il ouvrit la porte d'une main et tandis que le battant valsait sur le flanc du camion, il la souleva comme un rien, l'empoignant par le col et ses jeans noirs, la jeta à l'arrière où elle se cogna contre le trans-palette qu'il gardait attaché avec une chaine.

Elle rouspéta, pas du tout d'accord avec la façon brutale qu'employait le routier à son égard, proféra à son encontre quelques menaces de pugilat, se frotta le coude en marmottant des injures de son cru. Le chauffeur n'écoutait pas. Il referma la porte qui claqua, enfermant la pétasse trop bavarde dans le noir. On entendit un long cri de protestation, encore quelques injures salées, puis plus rien lorsqu'il grimpa derrière son volant et démarra le camion.

Le trente-tonnes repartit à bonne allure. Au bout d'une heure de lutte pour sortir du camion, la fille se coucha à tâton sur des sacs de jute qui se trouvaient là, formant comme une paillasse. Elle ne tarda pas à se rendormir.

 

A la nuit tombée, la porte s'ouvrit en grand, le type monta dans la remorque en prenant soin de refermer derrière lui. Il alluma une lampe à gaz qu'il suspendit à un énorme crochet de boucher. Puis, pas plus pressé que ça, il commença à se déshabiller.

La fille avait déssoulé, paraissait avoir recouvré toute sa lucidité et elle se recula au plus profond du camion, terrorisée.

– Hey, fais pas l'con, mec... chui pas contre s'envoyer en l'air, mais faut me l'demander gentiment.

– Ta gueule ! grogna-t-il en attrapant quelque chose dans l'ombre de la lampe.

En fait, c'était un objet de supplice rappelant le knout qu'employaient les russes pour infliger la mort rapidement; une demi-douzaine de coups et le prisonnier n'était plus qu'une plaie. Ca suffisait à le tuer en général...

Les yeux exorbités, la fille louchait sur l'engin de torture à plusieurs queues fortement entrelacées, terminées par des crochets en fer.

– Sans déconner, t'as pas besoin d'ça pour m'avoir, mec, poursuivit-elle d'une voix alarmée. D'mande-moi c'que tu veux... je sais que j'te dois pas mal pour le voyage, et chui pas ingrate, tu verras... mais pose ça... c'est pas nécessaire...

Plus elle balbutiait des mots hachés, les muscles tétanisés par la terreur, plus un sourire sadique naissait sur la face du type. Le fouet s'abattit sur elle, elle hurla. Le cri se répercuta dans la nuit comme un écho diabolique.

Le tortionnaire n'en avait cure et il leva le fouet de nouveau. Au cinquième coup, elle n'avait plus la force de crier...

Satisfait, soulagé, calmé, vidé, le tortionnaire se pencha sur la fille pantelante, ensanglantée, laissa échapper un ricanement sardonique, remonta ses jeans, ramassa le fouet qu'il suspendit de nouveau au crochet, reprit la lampe et sortit de la remorque.

 

 

La prisonnière ouvrit un oeil voilé et gémit. Tout son corps était en charpie, l'autre salaud l'avait transformée en viande hachée avec son attendrisseur tartare .

Elle tâta son épaule, sa nuque, sa poitrine...  Elle était amochée, c'était indéniable, mais toujours en vie, et c'était le principal. Il n'avait pas touché à la grande croix qu'elle portait au cou et elle en fut soulagée. Non qu'elle fut croyante, mais l'énorme pendentif représentait le salut pour elle. Elle ne le quittait jamais. Où qu'elle aille, sa croix allait. Il n'y avait aucun Jesus sur la croix, juste une croix très lourde qui l'accompagnait depuis de longues années.

Elle fit l'inventaire de ses abattis. Putain... il ne l'avait pas loupée l'autre enfoiré avec son knout... elle était arrachée de partout, ses jeans étaient en lambeaux, sa veste ne valait pas mieux, de noires, ses fringues étaient devenues rouge-marron...

Et ensuite, une fois que son tortionnaire l'avait bien amochée, il s'était occupée de son intimité qu'il avait labourée à grands coups de bélier et pas qu'une fois.

Elle lécha le sang qui dégoulinait de sa lèvre fendue. La vache... elle avait bien dégusté. Elle aurait bien besoin d'un verre... voire d'une bouteille entière !

Elle tâcha de percevoir quelque lueur provenant de l'extérieur du camion, pour avoir une idée sur le jour éventuel où la nuit... histoire de savoir à peu près où ils en étaient de la route à parcourir...  A tâton, elle examina la paroi où son kidnappeur avait accroché la lampe... Un truc coupant lui entailla méchamment le doigt et elle sut qu'elle venait de trouver l'engin de torture qui l'avait transformée en steack tartare... Elle chercha longtemps comment sortir de là, défoncer la porte avec le trans-palette  ? où les parois à coups de knout ?... mais l'engin qui soulevait les palettes était solidement cadenassé, et le knout était bien trop dangereux à manier, elle risquait de se faire mal elle-même. Pour corser le tout, la remorque était vide de toute chose susceptible de l'aider.

- J'te l'avais bien dit qu'tu s'rais dans la merde jusqu'au cou !
Finalement, de guerre lasse, elle se recoucha en grimaçant de douleur, prenant moult précautions. Restait à espérer qu'il n'aurait pas d'autres... envies sadiques, ce cynoque...

Quelques longues heures plus tard, elle sentit le camion ralentir, tourner, piler et le frein à main se serrer. Elle tendit l'oreille, aux aguets, le coeur pas franchement zen.

 

Les portes s'ouvrirent sur l'aube qui se levait à regret. Le bourreau grimpa dans la remorque et chercha la prisonnière des yeux. Elle était là, sur la paillasse, se recroquevillant dans son coin, les genoux remontés sous le menton, les yeux angoissés grands ouverts, qui lui mangeaient le visage.

Comme la première fois, il referma la porte après avoir accroché la lampe au crochet. Il ne la fouetta pas parce que son fouet n'avait plus une seule lanière, la salope avait bouffé les nerf de boeuf...

Hein ?? Mais... comment ???

Il resta un instant comme ahuri, les neurones pédalant dans le vide, devant son knout vandalisé, il ne comprenait pas "comment" elle avait pu faire ça...  Avec ses dents ? Mais c'était un vrai pitt-bull cette pétasse ???

– J'te l'avais bien dit qu' j'avais faim... C'pas ma faute à moi...

L'adrénaline, le speed et le viagra aidant, il se rua sur elle, la boxa méchamment avant de la violer avec une férocité bestiale. La fille ne faisait que hurler sous son baillon, mais au bout d'une heure de boucherie sexuelle, elle ne criait plus, comme si elle avait enfin compris qui était le Maître ici...

Bien loin d'être soulagé, le tortionnaire était de plus en plus excité. Vivement qu'il arrive à la maison, ses petites lui manquaient. Il avait besoin d'elles.

Il repoussa le corps évanoui de la paillasse brune, lui tâta le pouls pour voir si elle vivait encore. Il fit une grimace d'appréciation : elle était solide la garce, elle tenait le coup, malgré le traitement sévèrement infligé.

Tant mieux, elle pourrait lui servir une dernière fois avant d'arriver à la maison.

 

Satisfait, il referma les portes de la remorque sur la pauvre loque évanouie, grimpa dans sa cabine et remit les gaz en sifflotant "Love me tender".

Il avait traversé tout le Nouveau-Mexique, il avait déjà bien entamé le Texas... l'Oklahoma n'était pas loin. D'ici quatre ou cinq heures, il arriverait enfin à Tulsa, il viendrait faire ses adieux à la foldingue brune avant de regagner ses pénates et retrouver enfin ses chères petites qui devaient se languir de lui.

 

Lorsqu'il grimpa dans le camion, garé sur un parking désert d'Oklahoma City, la fille le regarda s'approcher avec un regard de chien battu.

– Hey mec, pourquoi tu m'fais ça ? j'te l'avais bien dit que j'étais partante pour le sexe, t'as besoin de battre les filles pour bander ? C'est ça ? C'est pour compenser quoi le fouet ?

– Mais tu vas la fermer, ta grande gueule ou tu veux que je te baillonne encore ?

Elle mit ses mains en avant, piètre protection contre la sauvagerie du kidnappeur:

– C'est bon, okay, c'est bon, j'la boucle... j'la boucle, promis, j'te promets... Putain, il fait soif dans ton camion, t'es sûr que t'as rien à boire dans ta cabine ? Rien qu'une petite lampée, un gorgeon ! Après, j'me sens d'attaque, j'te jure !

Surpris par la question, le type resta sans bouger, semblant réfléchir au degré de folie qu'il avait en face de lui. Il n'avait jamais cru que ça puisse exister, une barge pareille. Elle réagissait comme un vrai clébard: plus tu les bastonnes et plus ils reviennent te lécher la main... Il décida que lui filer sa bouteille de scotch pourrait pas lui faire de mal, et lui, il en profiterait après... elle serait plus coriace, plus ferme, plus combative... Ouais, bonne idée...

– On est où là, t'en as une vague idée ? ajouta la chienne soumise,  le regard glauque examinant les parois du camion, l'air de rien.

– On va pas tarder à quitter Oklahoma City. Je rentre chez moi.

La fille fit une grimace d'appréciation, dodelinant de la tête:

– Wow... t'as un chez toi, c'est super cool ça... t'es un chanceux mon pote, moi, chui à la rue... personne pour m'offrir un grabat où un bout de pain... J'pourrais crever... personne ne me chercherait... putain d'vie... j'te l'avais bien dit qu'j'étais maudite...

 

C'est à ce moment là qu'il conclut qu'elle était folle à lier et il partit à la recherche de sa bouteille de bourbon. Il lui lança la bouteille de Jack Daniels qu'elle rattrapa au vol, comme une pro. Elle dévissa le bouchon comme si sa survie en dépendait, et descendit l'alcool de maïs en grimaçant.

– J'te l'avais bien dit que le bourbon c'était dégueulasse, mais j'vais pas faire la difficile hein...

Elle vit le type attraper le pseudo knout et elle tapa du pied:

– Bordel, t'es gonflé... tu pourrais au moins attendre d'être arrivé chez toi, que j'prenne une douche, que j'me rafistole un peu avant de recommencer ton jeu tordu...  Putain de merde, j'ai pas dormi dans un bon lit depuis des mois, j'ai pas bu de whiskey convenable depuis des lunes et tu voudrais même pas me faire le plaisir de m'inviter chez toi ? Quoi ? Chui bonne que pour ton camion ? C'est ça ? Mais dis-le hein, te gênes pas pour moi surtout !

Totalement déconcerté par la réaction irrationnelle de la fille, le kidnappeur lâcha ce qui restait de son knout.  Il s'approcha de la fille, la toisa un moment, la faisant flipper un tantinet puis d'un coup, lui enleva sa veste et ses jeans, pour voir dans quel état elle se trouvait. Il eut un rire sec:

– T'es comme les oignons toi, t'as plusieurs couches...

– Bah quoi, j'te l'avais bien dit qu'il fait frisquet dehors, la nuit... j'prévois, c'est tout... t'en veux ? demanda-t-elle en lui tendant la bouteille presque vide.

Il secoua la tête négativement, ce qui fut très vite compris par la brune qui finit de têter le bourbon.

– Tu lèves bien le coude dis-donc... fit-il, impressionné.

– Ah ouais, et j'ai bien d'autres qualités... j'lève bien les jambes aussi.

Il recula, une lueur dangereuse dans le regard:

– J'en ai rien à foutre que tu te fasses baiser par tous les mecs que tu croises, pour moi t'es qu'une salope de plus.

Elle baissa le regard chastement, prenant une mine offusquée :

– C'est sûr que toi, ton pied, tu le prends quand tu tortures et quand tu violes... chacun ses goûts, t'as raison, mec.

Il lui arracha la bouteille vide des mains et fit demi-tour pour sortir de la remorque.

– J't'emmène chez moi... t'es presque pas amochée, tu peux toujours me servir de dessert...

– Cool !

Le routier lâcha un soupir, abasourdi. Cette pauvre folle ne comprenait rien à rien, de toute évidence. Elle ne voyait qu'un pauvre type avec des tendances sadiques et perverses, des moeurs malsains...

Elle ne doutait de rien, ne s'imaginait pas un instant finir ses jours démembrée, éparpillée aux quatre coins cardinaux, dans le champ qui entourait sa baraque, à Tulsa.

Boaf, se dit-il, éberlué... si elle est consentante... on va pas l'offenser en refusant, non plus.

 

Quatre heures plus tard, le poids-lourd quittait la route pour se diriger vers un chemin boueux sur lequel il se perdit à travers bois pendant plus de huit miles. Il arriva près d'une ferme délabrée, laissée à l'abandon.

Lorsqu'il ouvrit la porte de la remorque, la fille sauta à terre, l'oeil curieux et avide, ravie d'être arrivée.

– C'est ton chez toi ? sourit-elle, totalement déconnectée de la réalité.

– Avance droit devant.

– Moi j'ai jamais eu de chez moi... j'te l'avais bien dit que ça m'plairait ici... mais ça manque de fleurs... c'est un peu terne et tristounet quand on regarde bien... On est vraiment arrivés hein? C'est pas une étape intermédiaire, on est bien chez toi là ? Ton vrai, ton unique chez toi ?

– Ta gueule... descends... Tu parles trop.

Il la poussa méchamment dans le dos. La fille trébucha, se retrouva à quatre pattes, se redressa par peur des représailles et descendit en jacassant toujours:

– J'te l'avais bien dit que j'parlais pour me rassurer... j'ai peur dans l'noir... c'est plus fort que moi, je supporte pas d'être enfermée dans l'noir... j'en pisse dans la culotte d'être dans les ténèbres...

– Ouais, alors boucle-la si tu veux pas que je t'y enferme le restant de tes jours !... Hey !!... attends-moi !

Il fit un petit bruit de succion mécontente avec ses lèvres sur ses dents... cette connasse n'aimait pas le noir, mais elle avait pris tant d'avance qu'il la perdait de vue.

Lorsqu'il arriva au tournant, bien décidé à lui donner la correction qu'elle méritait, il ne vit rien venir, mais il sentit une lame lui entailler la gorge d'un coup sec, une douleur piquante lui envahir le cerveau et le sang sortir de sa carotide comme un karcher. Il voulut parler, éructa des bruits absolument immondes, les borborygmes et le glouglou du sang le rendaient fou de peur!! L'être humain ne contient que cinq litres de sang et à cette allure-là, son cerveau allait se vider de son sang en dix secondes et il se retrouverait... mort !!! Merde, c'était pas prévu ça !!!

– J'te l'avais bien dit qu'j'avais peur du noir, marmonnait la voix de la tueuse... Excuse-moi, j't'ai pris pour un méchant... J'l'ai pas fait exprès... Tu m'excuses, hein ? Dis-le que tu m'en veux pas ? On est potes toi et moi hein ? Tu m'en veux pas machin ?

Il l'entendait à peine, portait déjà les mains à son cou, pour empêcher le flot de sang de jaillir de son corps... Déjà les étoiles multicolores le harcelaient, les abeilles bourdonnaient au fond d'un abîme impressionnant, ses jambes ne le tenaient plus et il vacilla, s'écroula en tas près du mur... comme un vulgaire mouton, égorgé; saigné à blanc.

Il eut encore assez de conscience pour entendre la fille hurler de toute sa grande gueule :

– Yoohoo les filles !!! Vous m'entendez ? Daryll ? Kara ?? Vous m'entendez ?? Hurlez pour que je vous localise ! Kara ? Daryll Tobolev ? Vous êtes là les filles ??

Deux gémissements feutrés et diffus montèrent dans le noir...

La tueuse brune tendit l'oreille un instant, se concentra sur le bruit puis se dirigea en courant vers elles, trouva l'espèce de cagibit où les deux adolescentes étaient entassées, saucissonnées, scotchées de la tête aux pieds.

Les filles étaient bien amochées, elles aussi, le visage en sang, des doigts et des oreilles amputées... certainement battues et violées... elle connaissait le modus operandi de son pote le déjanté, désormais.

Elle essuya sa lame dégoulinante de sang sur ses jeans, la rangea dans l'énorme croix qui était le fourreau de sa dague...

Elle coupa le scotch, ôta les baillons trempés des bouches, fixa les filles droit dans les yeux:

– Voilà, il est mort, vous n'avez plus rien à craindre, okay ? Y a un téléphone là-haut ?

Elle parlèrent précipitamment, toutes les deux en même temps, mais la brune imbibée de Jack Daniels comprit très bien. Elle libéra les membres engourdis des deux prisonnières, les fit monter à l'étage, ce qui lui prit du temps, les posa en douceur sur le sofa puis partit à la recherche du téléphone...

– J'te l'avais bien dit que j'l'aurai la prime, inspecteur de mes fesses ! J'les ai  r'trouvées tes jumelles...  Magne-toi d'arriver avec tes flics et emmenez les secours et tout le tremblement parce qu'elles sont mal en point, les filles.

 Et moi chui crevée, j'ai besoin de roupiller, ajouta-t-elle in petto...

Elle raccrocha, se tourna vers les deux jumelles qui tremblaient d'émotion, s'étreignant et pleurant toutes les larmes de leur corps. Elle leva le menton, haussa un sourcil suspicieux :

– Y quelque chose à boire dans ce taudis ?

 

 

© auteur : Helena Grantham, texte déposé

Terminé et remanié par Kyle S.

2006-2009

 

Par Helena Grantham - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
Dimanche 15 novembre 2009

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                                                            SCIENCE-FICTION
                                                         Nouvelle : 12 pages web
                                                      Auteur : Helena Grantham
                                                                 Année : 2005


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                                                            CRUELLE HUMANITE




Ils sont là, comme autant de prélats, devant ma cage, comme au zoo, à jeter des bouts de pain, des mégots... des crachats. Les humains: ces êtres hautement évolués, à l'apogée de la connaissance du bien et du mal, ces gens civilisés, disciplinés, ces êtres qui possèdent paraît-il, le libre-arbitre et la sagesse...

– Ca pue la charogne ici, c'est insupportable !

– Tu crois que c'est quoi ? La dernière des gorilles ? Regarde-moi cette peau noire, on dirait du cuir... Et ces yeux brillants; comme des billes ! Hey vises-moi ça mais c'est dingue, ça: on dirait qu'elle comprend ce qu'on dit.

– N'importe quoi, faut toujours que tu déconnes hein ?... allez j'me tire, ça daube trop.

– Ne restez pas là, les 2e classes; circulez; y a rien à voir! Ordre du capitaine !

Les deux bleus s'éloignèrent en discutant, ils m'avaient déjà oubliée... Enfin seule, soulagée, je ferme les paupières. Ma courte vie défile devant mes yeux moribonds et les derniers événements y tournent en boucle...

 

 

Je revois notre vaisseau se poser en catastrophe pour réparation sur cette planète inhopitalière, nos tuyères brûlant tout ce qui était vivant sur une circonférence incroyable. Et de nouveau, je me demandais pourquoi cette étrange prédiction me revenait en mémoire. Etrange et improbable révélation que m’avait faite une vieille miséreuse au coin d’une ruelle envahie par le sable, lors d'un séjour forcé sur ce désert qu'on nommait Terre...

J'ignore toujours pourquoi; malgré une grimace de répulsion, j'avais accepté que cette mendiante  crasseuse, certainement pleine de poux; cette femme âgée empestant l'urine, prenne ma main pour y lire mon avenir.
Elle voyait quelque chose d'exceptionnel en moi, m'avait-elle dit, esquissant un sourire flétri dévoilant des dents jaunies, déchaussées. Naturellement, on ne se fait pas un ennemi d'une mère en lui disant que son bébé est magnifique et j'avoue que la flatterie fit son petit effet: je m'arrêtais et lui donnait quelques pièces de monnaie intergalactique qui traînaient au fond de ma poche.


Ce fut cette clocharde à la respiration sifflante qui me prédit qu’un jour je tomberai aux mains de l'ennemi, qu'il exterminerait tout mon peuple et me jetterait à fond de cale dans leur immense cargo, mais qu'avant de mourir, d'un seul mot je mettrais un grand homme à genoux...

Sur le moment, c'est vrai, un frisson désagréable m'avait grignoté l'échine :  à la lueur de la réflexion, c'était une histoire à dormir debout, cette prédiction, mais l'idée me plaisait assez. Mettre un grand homme à genoux avant de mourir, un général, pourquoi pas ? ma foi, c'était un concept héroïque plutôt réjouissant pour le jeune lieutenant fraichement émoulue de l'école militaire que j'étais; j'avais signé mon engagement dans la Confédération Galactique deux années auparavant, comme tant de jeunes étudiants un peu bravaches de mon âge.

Sauf que moi, j'y allais  fièrement, pour marcher fièrement sur les traces de mon arrière grand-père, l'illustre Capitaine Shan, décoré de la légion d'honneur à titre posthume.



Hmm... Si je me remémorais les prédictions insensées de cette vieille sorcière; ses paroles n’avaient jamais vraiment eu de sens pour moi : notre galaxie vivait en paix avec ses voisins, la Confédération rassemblait pas mal de planètes, des galaxies entières, à vrai dire. Personne n'était assez inconscient pour nous déclarer la guerre.
L'humanité avait grandi...

Mais les prédictions sont souvent voilées: les mots sont parfois sournois, et peuvent cacher leur vrai signification. J'appris à mes dépends que le mot "ennemi" pouvait laisser sous-entendre bien autre chose que le mot "guerre".




Nous avions traversé cet orage magnétique; orage dévastateur pour nos instruments de bord qui avaient été mis H.S lors de la dernière explosion dans le systhème (nouvelle orthographe depuis 2100) de sécurité, complètement grillé par un court-circuit en premier lieu, ensuite; par deux mécaniciens inconscients qui – au lieu de réparer – avaient décidé d'innover. Leur innovation nous avait conduit à nous poser-crasher sur la première des planètes du systhème qui gravitait sous notre vaisseau. A "deviner" si nous allions survivre ou mourir sous peu: il nous était impossible d'analyser l'atmosphère, faute d'analyseur, faute d'instruments opérationnels...
L'air était-il respirable ou non ? La planète était-elle habitée ou pas ? Allions-nous devoir faire face à des fauves géants? Mystère total.
Quoi qu'il en soit, il nous fallait d'urgence commencer les réparations  sur le vaisseau. Nous avions beau parader dans nos rutilants uniformes de la Confédération Galactique, nous les officiers, nous étions totalement dépendant des ingénieurs et chef-mécaniciens de maintenance, à l'heure présente.



L'air était respirable, si l'on occultait les tempêtes glaciales permanentes.
La planète semblait déserte; aucun comité d'accueil armé jusqu'aux dents ne nous attendait. Aucun T-rex affamé qui ferait de nous son p'tit dej à la ronde.
Le seul problème de taille fut la gravité de la dite-planète: le premier pas des mécaniciens, dehors; les flanqua par terre, la face contre terre. Ceux qui eurent la bonne idée d'avancer leurs mains pour amortir leur chute se brisèrent souvent les poignets.

Ils se retrouvèrent à l'infirmerie. On chercha par tous les moyens une façon ingénieuse de "sortir" dehors sans subir la gravité, on construisit des exo-squelettes mais bien vite, ceux qui travaillaient dehors s'évanouissaient au moindre effort fourni, ils tournaient de l'oeil régulièrement, mouraient de fatigue au bout de quelques jours et les secouristes peinaient à les localiser, encore plus à les rapatrier à l'intérieur du vaisseau.


En une semaine, trente hommes étaient mort d'épuisement, à cause de la gravité, le vaisseau n'était toujours pas totalement réparé. L'autonomie d'énergie de notre générateur commença à baisser, bientôt il n'y eut plus d'électricite, plus d'air, plus assez de tout et les uns après les autres, le personnel de bord mourut d'asphyxie dedans où de froid dehors, de problèmes respiratoires, de fractures qui ne se guérissaient pas, d'os qui se nécrosaient. Gangrène, septicémie... une vraie hécatombe sur le Phoenix...



Oh oui! ça me revenait en mémoire d'un coup. Je me souvenais pourquoi je repensais à cette voyance faite par la vieille femme, sur Terre.
Sa prédiction n'était qu'une arnaque pour me tirer quelques sous, aucun ennemi ne serait mis à genoux ici, nous l'étions déjà à cause de la gravité, nous nous trainions, nous rampions, épuisés par le manque de nourriture, le manque d'eau et lorsqu'un cri retentit dans les hauts-parleurs, il valida toutes mes certitudes que nous n'allions mettre personne à genoux, mais que c'est nous qui allions l'être dans peu de temps; prisonniers d'un ennemi en vue.



Le vigile avait repéré des dizaines de mouvements venant des collines. Des "choses" avancaient, progressaient très lentement, en direction du vaisseau.

– Nom de Dieu de bordel de merde... jurait-il dans son micro, n'en croyant pas ses jumelles... Ils sont plus de deux cent, peut-être plus !

Le Capitaine Brodier me lança un regard craintif, le front barré de rides soucieuses:

– Seigneur, j'espère que notre S.O.S a été capté quelque part, je le sens très mal, ce coup-là...

Il pouvait baliser, personne ne lui en voudrait. Tout le monde balisait sur le pont, tout le monde était harassé de fatigue, bouger un membre exigeait une énergie telle que plus personne n'avait la force de respirer, leur coeur et leurs poumons peinaient trop. Si ennemi il y avait, nous lui serions livrés pieds et poings liés, à cause de cette saleté de pesanteur au moins quatre fois supérieure à celle de notre planète natale qui rendait tout mouvement absolument impossible. Les rares animaux vivants étaient imbouffables, leur "goût" n'était même pas descriptible tant c'était mauvais... Tout était mauvais ici, d'ailleurs: l'herbe puait la vase à plein nez, c'était horrible. Ils avaient bien analysé quelques feuillages, quelques morceaux d'écorce; si on pouvait appeler cette substance molle et poisseuse de l'écorce...

Les rations étaient épuisées, l'eau se raréfiait également... Les rares survivants programmaient leur mort d'ici une semaine, tout au plus; à ce rythme là.

J'avais déjà commencé à prier...



Mais les choses ne se passèrent pas du tout comme les officiers l'avaient prévu. Des petits êtres absolument affreux, dégageant une odeur corporelle absolument impossible, un mélange de lisier, de cadavre en décomposition et de sulfure d'hydrogène, cernèrent le vaisseau, ils l'investirent dans un silence impressionnant, capturant les six derniers humains encore en vie... dont je faisais partie.


A leur vue, à leur approche, mon nez fut agressé par une odeur atroce, je voulus reculer, je vacillais sur mes jambes, déjà totalement épuisée, puis, tout en me demandant ce qui m'arrivait – je voyais le sol monter à moi à la vitesse grand V – juste avant de le heurter brutalement, j'eus le temps de réaliser que j'étais en train de m'évanouir.

 


Je repris difficilement conscience, j'étais étendue à même le sol. L'air était chaud et je remerciais les Dieux de ne plus sentir ce vent glacial et piquant sur la peau. Une fatigue immense m'accablait, le moindre geste me demandait des efforts terribles et je devais surveiller ma respiration, m'intimant à chaque seconde l'ordre de ne pas paniquer.

L'oxygène dans cette atmosphère était rare et mes poumons me brûlaient. Lorsque la mémoire me revint - cauchemar puant - je voulus me relever. Peine perdue, j'étais trop fatiguée et ma tête retomba sur le sol. J'y restais des heures, vautrée dans cette espèce de cellule creusée à même la terre.

J'étouffais une fois sur deux dès que mon coeur s'emballait un tant soit peu, c'était un effort constant que de se déstresser pour parvenir à inspirer un peu d'air dans cette atmosphère compacte, j'avais du mal à me maîtriser, mais au fur et à mesure que le temps passait, je n'eus que le loisir de m'entraîner au yoga et à la méditation.


A la minute où j'entendis le premier hurlement, je sursautais et mon coeur démarra une course folle vers la panique. Ce fut un combat de tous les instants pour ne pas paniquer. Ne pas trembler, me calmer, garder mes forces pour respirer calmement.

C'est dingue les choses totalement incroyables qu'on parvient à faire, uniquement par instinct de survie. C'est à ce moment là, je crois, que je réalisais que j'étais entièrement nue...


La fréquence des hurlements se rapprochait, c'était horrible d'entendre ça, sachant que ces cris provenaient d'un de mes collègues, des hommes bons et intègres avec qui j'avais travaillé des années. Les savoir torturés, écorchés vifs, peut-être, lamelle par lamelle; les imaginer ensanglantés, pleurant, tremblants, se pissant dessus par la peur, terrorisés, à moitié évanouis de douleur. Quel être assez abject peut se délecter d'une telle souffrance ?

Au bout de quelques heures, les cris devinrent de sourds grognements, des borborygmes de bête à l'agonie. D'autres hurlements commençaient, par un autre supplicié... Je pleurais toutes les larmes de mon corps, je n'arrêtais plus de trembler, redevenue une petite fille qui a peur qu'on lui fasse du mal.
Je n'avais rien à vomir, mais mon estomac se soulevait par à-coups. Je savais que bientôt viendrait mon tour d'être torturée, que moi aussi je hurlerai ma souffrance, je grognerai comme une bête, j'angoissais de plus en plus, me demandant si je ne ferais pas mieux de me retenir de respirer, de me suicider avant qu'ils ne viennent me chercher...

Mais nous étions nus, ils nous avaient dépossédés de toute chose nous permettant de mettre fin à nos jours. Ils étaient prévoyants, ces salauds; diablement retors...



 

Un bruit me réveilla, comme un bruit de clé, un grincement de porte. Ils étaient déjà sur moi avant que je n'ai eu le temps d'ouvrir les yeux. Ils me baillonnèrent, me trainèrent sur le sol rugueux jusqu'à une pièce sombre où ils m'attachèrent les mains, de façon si serrée que je m'attendais à ce que cette espèce de ficelle - genre de raphia ultra résistant - me rentre dans la peau à chaque seconde.

Ils attachèrent mes mains liées à une corde, qu'ils passèrent dans une poulie. J'étais accroupie au pied d'un énorme tronc d'arbre collant – le sang des autres victimes probablement. Puis ils me hissèrent les bras en l'air, je me retrouvais collée contre ce poteau, dans une position grostesque. Ils m'attachèrent les hanches, puis chacune de mes chevilles avec cette même filasse coupante, de telle sorte que j'aurai du mal à gesticuler sans me trancher la peau. Ils s'échangeaient des paroles, je ne comprenais pas un seul mot de leur jargon guttural. Beaucoup de K, de R, de G, de T... peu de voyelles...

Puis j'oubliais la linguistique pour ne penser qu'à la peur... Mon coeur battait à une vitesse folle, je priais les Dieux pour que je m'évanouisse, pour que j'aie un malaise vagal, un infarctus; quelque chose qui me soustrairais à ce qu'ils allaient me faire subir...

J'étais jeune, j'étais jolie, je voulais vivre, profiter du jour présent, croquer la vie à pleines dents, je ne voulais pas souffrir, je ne voulais pas mourir, mais vu d'ici, la mort me paraissait douce...

Sans prévenir, l'un d'eux m'agrippa les cheveux, me tira la tête en arrière, brutalement. Un autre me fit ouvrir la bouche en écrasant mes maxilaires; me faisant rugir de douleur; pour y introduire un entonnoir au tube très long, qui m'écrasa le fond de ma langue, me bloquant les mâchoires grandes ouvertes et toute chance de déglutition. Cela provoqua des hauts le coeur. Je tremblais de tout mon corps, j'avais si peur que je gémissais. Celui qui semblait être le grand Chef s'approcha de moi, tenant un récipient à la main. Mes yeux étaient exorbités par l'angoisse: qu'est-ce que c'était? Qu'est-ce que c'était ? Un poison ? Une drogue ? Quoi ?

Je le vis faire signe à celui qui me maintenait la tête en arrière et ce dernier me pinça les narines, pour me forcer à respirer par la bouche.

Je tournais déjà à moitié de l'oeil lorsque le liquide tomba de l'entonnoir directement dans mon gosier, me faisant me gargariser. Ils devaient savoir que je ne déglutirais pas sans aide et d'un grand coup dans l'estomac, j'avalais cette mixture diabolique, qui me terrifiait déjà.

Ils me lâchèrent aussi soudainement après avoir retiré l'entonnoir, firent demi-tour. Un par un, ils quittèrent la pièce.

Je crachais le peu de liquide... vraiment, affreusement, épouvantablement mauvais. Mon estomac entra en éruption à ce moment précis. C'était atroce comme la douleur me dévorait, m'abrasait de l'intérieur. La douleur montait jusque dans le dos, j'avais l'impression que mon sternum allait fondre. Je ne pouvais pas me retenir de hurler, je me contorsionnais, je me tordais de douleur, les ficelles me taillaidaient les poignets, les chevilles. Le raphia entaillait ma peau, entrait dans mes hanches, mon ventre...

La première séance de torture dura une éternité.

Ils me laissèrent dormir quelques heures, toujours attachée dans cette position de squaw en train d'accoucher.

Puis ils revinrent; de nouveau l'entonnoir, et de nouveau l'acide versé d'un coup...

Ils revenaient régulièrement, me forcer à ingurgiter leur mixture qui nous bouffait l'estomac. Je crachais du sang, je toussais, j'éternuais du sang, je mouchais du sang, je déféquais du sang... Je dégageais une odeur méphitique qui ne faisait que s'ajouter à l'odeur pestilentielle de nos tortionnaires.

Je mettais très longtemps à mourir. Je crois avoir vu passer quatre nuits, et me réveiller toujours vivante au cinquième jour.

Mes compagnons l'étaient aussi puisque je les entendais toujours hurler, de moins en moins fort... comme moi. Quel plaisir retiraient-ils à nous entendre hurler pendant des jours entiers ? Quelle était cette torture sans aucun spectateur qui se satisfasse de voir son supplicié se tordre comme un dément, dans ses liens ? Si ce spectable épouvantable ne réjouissait pas leur vue, alors pourquoi nous torturer ? Quel était leur but?

Je m'imaginais les théories les plus folles, j'en déduisais que ce produit toxique était destiné à "attendrir" notre chair afin que nos bourreaux puissent aisément nous bouffer ensuite, avec une paille, comme faisaient les mouches...

Puis je ne pensais plus à rien car, l'odeur nauséabonde que mon corps suintait, et la douleur aidant, je m'évanouissais de nouveau...




Un matin, déçue de me découvrir toujours en vie, je m'aperçus que non seulement leur mixture maléfique ne m'avait pas rongée mon système digestif et respiratoire, mais je respirais avec plus de facilité. Je dirais même que je respirais normalement.

Mes ravisseurs revenaient avec une constante régularité, me faire avaler leur poison. Je notais aussi que mon estomac ne me brûlait plus, j'avais juste la nausée en permanence, sans vomir jamais.



A l'aube du énième matin, ils entrèrent dans la salle de torture, ils me tâtèrent partout, ils me tripotèrent comme si j'étais une de leur patiente. Et le grand Chef leur fit signe de s'occuper de moi.

Celui qui me tenait les cheveux d'habitude, me coupa mes liens. Merci les Dieux. Avoir les bras en l'air pendant X jours était une torture supplémentaire pour mon pauvre coeur et je fus contente de les sentir tomber.
Ce fut une autre torture que de les voir manipuler mes membres engourdis par la même position pendant des semaines... Je hurlais lorsqu'ils voulurent me "déplier"... Mon tortionnaire me tartina mes blessures infectées avec une sorte de crème (puante? comment avez-vous deviné?). Puis il me banda chaque poignet, chaque cheville, il banda mes hanches qui étaient également sévèrement entaillées par mes liens. Etonnamment, mes membres ne pesaient plus trois tonnes chacun. Je les sentais normalement. Je retrouvais ma souplesse d'antan, les effets de la gravité s'estompaient...

Mes tortionnaires me prirent chaque bras, les firent fonctionner avec un professionnalisme qui me laissa muette de saisissement. Ils me faisaient faire de la gymnastique !

Ils firent travailler mes jambes, des mouvements dignes d'un kinésithérapeute. Ils m'aidèrent à me lever, me firent tremper dans un baquet d'eau tiède, puis un autre auquel des femelles ajoutèrent des herbes spécifiques. Elles me lavèrent avec soin. J'étais contente de ce bain mais mon fessier était très irrité par les diarrhées successives dans lesquelles j'avais macéré plus de trois semaines. L'une des femelles me massa les fesses avec un onguent qui sentait aussi bon que tout ce que j'avais laissé échapper de mon corps. Mon postérieur fut bandé, un bandage en forme de slip... Un autre bandage autour de ma poitrine en guise de soutien-gorge. Une fois séchée, ils me firent enfiler une tunique grossière et horriblement puante qui me gratta la peau mais qui me réchauffa.

Ils me poussèrent dans une pièce, je marchais aussi courbée que la vieille femme sur Terre. J'eus la surprise de retrouver mes compatriotes. Vivants!  Nous étions tous vivants!

Quelle joie de nous retrouver, de pouvoir pleurer de joie au lieu de souffrance, d'être soutenue, enlacée, embrassée, consolée par des bras, par des petits mots doux et réconfortants. J'avais tant souffert, nous avions tous souffert, supporté la même torture, nous étions brisés de fatigue. Inutile de dire que nous avons dormi des jours entiers pour nous remettre de notre traitement !

Mais si je n'avais pas pris garde aux mots étranges sortis des gorges de mes amis, je ne pus ignorer les miens lorsque je voulus parler. Ma gorge était comme bloquée, coincée, comme si mes muscles, près des cordes vocales s'étaient tétanisés par le stress. Je ne parvenais plus à articuler les lettres, les mots. Conséquence de nos séances de torture ?

Notre langage était totalement incompréhensible, ressemblait à... Oh Seigneur ! Notre langage ressemblait à celui de nos hôtes... De là à en déduire qu'ils avaient subi – comme nous – le même traitement terrible, il n'y avait qu'un pas...

A ce moment, la porte s'ouvrit, des enfants (oui, ce devaient être des enfants, des filles, elles semblaient encore plus courtes sur pattes que nos ravisseurs) déposèrent sur la table, écuelles, cuillères, gobelets, brocs. La dernière était une femme, elle apportait un poëlon fumant.

L'odeur n'était pas agréable du tout, on aurait dit qu'on nous avait fait grillé des steak de caoutchouc... Mais nous devions nous nourrir et nous avons obéi, nous nous sommes assis (les tables étaient à ras du sol). Nous avons mangé. Et, ô surprise, nous avons trouvé cela très comestible !

C'était horrible à l'odeur, mais le goût nous plut, et nous vidammes le poëlon de son ragout de caoutchouc. L'un des sous-officiers fit même une réflexion amusante, se demandant si les petits caoutchouc avaient ou non quatre pattes et l'aspect rablé de nos hôtes ?


Ce fut le moment que choisi le grand Chef des "hôtes"... pour nous faire son discours de bienvenue...

Bienvenue ? Après la torture... quel humure...

Il parla très lentement, pour nous laisser le temps de le comprendre, de deviner de quel mot il s'agissait. Ce qui ne fut pas une mince affaire. Mais au fur et à mesure des jours, en nous écoutant nous-même parler ce nouveau langage guttural, sans presque aucune voyelle qui ne passait dans nos muscles durcis, nous pûmes, petit à petit, nous comprendre. Dialoguer, converser.

Force était de constater que ce peuple de cubes sur pattes était de type humain. Humanoïde en tout cas, car il y avait plusieurs races parmi nos hôtes.

– Bientôt, vous sentirez votre peau se durcir, devenir résistante aux vents, se teinter aussi : devenir noire. D'ici quelques mois, vous sentirez vos os se tasser, s'élargir, s'épaissir pour résister à la pression de la gravité. Vous aussi passerez vingt heures sur vingt-quatre allongés pour vous reposer. Vous aussi sentirez aussi mauvais que nous...

– Uhhh, fis-je timidement en levant un doigt, ça, c'est déjà acquis...

Nos hôtes s'esclaffèrent et nous les accompagnâment de bon coeur.

– Nous sommes désolés d'avoir dû vous infliger cette souffrance atroce pendant trois semaines, mais nous sommes tous passés par là et seul ce produit, recette mise au point par un de nos nobles ancêtres, chimiste de talent, seul ce produit, disais-je pouvait vous sauver. Votre mutation est en cours, bientôt, comme nous, vous pourrez sortir dehors, respirer l'atmosphère irritante de la planète, résister aux tempêtes glaciales qui sévissent presque toute l'année; et à sa masse triple qui nous vide de nos pauvres forces.

Le capitaine reposa son verre, se leva en grimaçant; fixant le Chef de nos hôtes:

– Je suis le capitaine Brodier, de la Confédération Galactique, commandant de bord du Phoenix 236.

– Mon arrière-arrière-grand-père était ingénieur en chef sur le vaisseau de la Confédération Galactique, nommé Icare12  répondit le grand Chef, une lueur de fierté dans le regard. Je suis Grard, le plus âgé de notre communauté. A ma mort, mon frère Jrme sera le chef.

– Depuis combien de temps êtes-vous prisonniers de cette attirante planète, interrogea Brodier sans vouloir faire d'humour.

– Je crois pouvoir dire que nous sommes ici depuis 80 années de Voltaïr.

– C'est bien ce qui me semblait, fit Brodier en hochant la tête. Vous êtes des Voltariens. Cela fait donc 120 ans... Bigre !

– Nous étions Voltariens... rectifia Grard. Aujourd'hui, nous sommes autre chose... Nous n'avons jamais cherché à nous donner un nom; cela nous avait paru incongru, ici. Nous avons bien plus l'aspect d'animaux que d'humains. Il y a 80 années, quelques Deltaliens faisaient partie de l'équipage, mais ils sont morts prématurément, chose étonnante si l'on considère qu'ils étaient impressionnant de gigantisme et forts comme des titans. Nous avions deux Rusham et trois Pyrrusiens, qui se sont reproduits entre eux. Nous mêmes avons notre propre descendance.

– Oui, je connais bien la morphologie des Deltaliens: ce sont des durs à cuire, malheureusement, ils sont nés dépendant au Roalkshar, une drogue très puissante dont leurs ancêtres étaient gavés pour produire plus de travail. Les vôtres sont morts en état de manque, certainement...

Un murmure de confirmation flotta sur le groupe. Puis la nostalgie rembrunit le visage sombre de chacun.

– Lorsque votre vaisseau s'est posé, nous avions espéré que c'était les secours qui arrivait enfin, mais nous avons pris nos espoirs pour une réalité: au bout de 120 ans de vos années, je présume que plus personne ne nous recherche...

Le capitaina posa les bras sur ses cuisses, il baissa les yeux sur ses mains croisées:

– Les temps ont bien changé, Grard, nos vaisseaux sont équipés d'un système de détection ultra-perfectionné qui a déclenché des S.O.S dès que nos intruments ont rendu l'âme. Notre disparition a donc été signalée, et des secours viendront d'ici quelques temps. Votre systhème est très loin  de Canis Majoris, mais même en parlant au nom de tout mon équipage survivant, je tiens à vous remercier de nous avoir sauvé la vie. Bientôt, on viendra nous secourir.

Grard eut l'air ennuyé. C'était si évident que le capitaine Brodier fit la moue:

– Un problème Chef ?

Grard se gratta la toison de yack qui lui servait de chevelure. Il se tourna vers ses congénères, revint dévisager le militaire:

– Deux problèmes, en fait... Le premier, c'est que le produit qui vous permet d'être toujours en vie aujourd'hui, a opéré une modification génétique sur votre anatomie. Vous allez changer de physionomie d'ici peu de temps, vous ne redeviendrez jamais ce que vous étiez avant d'attérir ici. Votre physique va devenir aussi laid que le nôtre, et vous ne retrouverez jamais votre ligne parfaite, ajouta-t-il en se tournant vers moi.

– Quel est le second problème ? demandais-je... rougissante.

– Le second est patent pour nous tous. En débarquant ici, si nous nous étions montrés à vous, vous nous auriez pris pour des monstres, et vous nous auriez tous massacré. Nous avons préféré attendre que la gravité vous rende inoffensifs. Mais... si vos secours arrivent dans un vaisseau complet, et que votre physionomie a changé... ils vous prendront pour des monstres à votre tour...

Ils se tourna vers chacun d'entre nous, nous forçant à bien visualiser ce qu'il nous expliquait:

– Soyons réalistes : notre odeur est épouvantable pour un odorat humain; notre allure est repoussante pour toute vision humaine... Ne vous attendez donc pas à ce qu'on l'on cherche à vous sauver. Je pense qu'ils vous traiteront en ennemi, ils chercheront à vous tuer, ils vous décimeront jusqu'au dernier. Et nous avec.

Je me levais, des frissons de désaccord me glaçant jusqu'à la moëlle :  

– Alors j'irai leur parler, armée d'un drapeau blanc, et s'ils ne peuvent comprendre notre langage, ils pourront toujours nous lire. Je remettrai une lettre à leur commandant de bord.

Grard baissa les yeux, guère convaincu.

– Un drapeau blanc... oui... peut-être...

 



Le temps s'écoula, d'une lenteur exaspérante. Nous apprenions à vivre au milieu de nos nouveaux amis.
J'eus le temps d'apprendre leurs moeurs, d'apprendre à reconnaître les bonnes des mauvaises herbes, les plantes salvatrices, et les nocives, toxiques. J'eus la joie de voir quelques naissances.

Les fêtes étaient nombreuses, la moindre occasion de chanter, danser, boire était saisie par tout le monde. Ces gens étaient gentils, aimables, ce peuple était prévenant, charitable, bien plus humain que nous pensions l'être, nous les grands officiers de cette magnifique Confédération Galactique...

 

La contrepartie, c'était les changements physiques opérés en nous, et sur notre apparence:

La tension sur mes yeux était terrible, de jour en jour, je sentais mes paupières inférieures tirées vers le bas, elles tombaient, se décollaient de mes cornées, devenaient rouge, comme celles de certains vieillards. Mes pupilles me brûlaient, j'étais forcée de cligner sans cesse des yeux pour les laisser hydratés... Une femme me faisait tomber quelques gouttes d'une de ses potions dans chaque paupière et ma vision se stabilisait quelque peu.

Ma peau se tendait vers mes mâchoires, chaque seconde, je la sentais se rebeller mais ce produit salvateur était si fort que nous nous métamorphosions bel et bien. Bien... non, pas si bien, c'était même moche... Ma peau craquait, me faisant pleurer de douleur lorsqu’elle se transformait en cette sorte de parchemin noir qui se craquelait, se racornissait, qui explosait en crevasses, laissant le sang ruisseler sur mes plaies... Les cataplasmes ne quittaient pas mes joues. J’avais mal. J'avais si mal, Seigneur !

Chaque jour, des femmes venaient nous soigner, chaque jour nous faisions l'inventaire des choses que nous perdions...

Au bout de deux ans, je ne ressemblais plus à rien... une immonde bestiole à peau noire, couverte de poils touffus, les cheveux s'étaient épaissis considérablement pour lutter contre le froid polaire qui régnait en permanence, sur cette planète... Je ressemblais à un gorille, aussi voûtée, rablée, les jambes écartées comme les japonais samouraïs avant le combat. Mais j'étais vivante.

J'étais devenue une Hulk pas verte, mais noire; aux bras larges comme les cuisses du géant. Un tas de muscles noueux d'un mètre quarante... Je perdais des millimètres chaque mois. Mais l'atmosphère était devenue respirable, la gravité n'était plus qu'un léger handicap. Nos siestes étaient démentielles, nos jeux favoris étaient de s'allonger sur l'herbe, et discuter entre nous. Le sport se résumait à la gymnastique obligatoire chaque matin, chaque soir, pour ne pas rouiller sur place.

Et la potion maléfique, ce breuvage qui, hier, nous avait torturé, bien-sûr, devait être consommé chaque matin, une cuillèrée pour chaque habitant de la planète. Désormais, ce n'était plus qu'une formalité, pas plus désagréable que d'avaler une gorgée d'huile de foie de morue...
Le temps passa, la vie était douce, nous avions à boire, à manger... nous vivions en paix, avec ce peuple pacifique.

 

 

Par une nuit glaciale, une nuit où le vent souffle tant que vous ne reconnaissez plus la configuration du terrain en vous levant; il y eut un bruit terrible au dessus de nous. Puis le bruit se fit de plus en plus fort, faisant s'enfuir les Guttur affolés, croyant à la fin de leur monde.

C’était un vaisseau de la Confédération, qui venait, pourquoi le cacher, à la suite de notre S.O.S, nous sauver... Bien-sûr que c'était un vaisseau, depuis le temps qu'on me le prédisait, il fallait bien qu'un jour il y en ait un qui se pose à son tour...  Il mettrait le cap sur l'épave rouillée comme nous-mêmes l'avions fait deux années passées. La propre carcasse de notre vaisseau apparaîtrait comme le nez au milieu de la figure sur les écrans radar du vaisseau. Son personnel penserait faire une bonne action en se posant le plus près possible de notre épave...

– Tara ? Que se passe-t-il ? Tu es malade ?

Oui, j'étais malade: d'appréhension. La prédiction de la vieille voyante me revenait en mémoire, aussi fort qu'un coup de poing, et je savais ce qui allait se passer... Tout était clair pour moi, l'arrivée de ce vaisseau sonnait le glas de notre peuple.

Miffl eut l'impression que j'allais avoir un malaise, le sang s'était retiré de mon visage, qui avait la couleur gris-fumée du cadavre tandis que mon regard était fixe, mes yeux écarquillés d'horreur. Toute l'énergie que je possédais s'évanouit et je m'appuyais à la roche. Je n'étais plus qu'un animal tremblant.

– Dis à ton peuple de se disperser, de rejoindre les cavernes de toute urgence et de n'en plus sortir! Jamais !

– Mais pourquoi ?

– Ne discute pas, fais ce que je te dis ! Quiconque sera sous ce vaisseau lorsqu'il se posera grillera bien mieux que vos "chiplt" sur la braise.

Cette prophétie alarmante fut très claire pour mon amie Miffl et d'un lourd grondement, elle avertit ses congénères qui s'enfuirent sur leurs courtes pattes, regagnant la protection des falaises, disparaissant à la vue des scanners...

Là-haut, le grondement se transformait en un rugissement assourdissant, la chaleur montait en flèche et ma peau me démangeait déjà... me faisant grogner d'agacement.

Mes yeux résistèrent très mal à la luminosité lorsque, crevant le paquet de nuages, l'engin surgit, cramant toute la clairière de ses flammes gigantesques.

Je reconnus sans peine le transporteur gris-métalisé de la Confédération inter-galactique, qui dans l'instant, désséchait allègrement la boue sur une circonférence d'un kilomètre, où l'herbe grasse ne repousserait pas avant des décénnies...

Les flammes moururent dans un soupir brûlant, le vaisseau se stabilisa sur la croute de terre craquelée tandis qu'un nuage toxique se dissipait lentement en dérivant vers les crevasses géantes qui parcouraient la planète glaciale.

Les premiers éclaireurs sortirent un par un sur la rampe, flingue en position de tir, le regard affuté, l'oeil méfiant, aux aguets. Un par un, ils tombèrent face contre terre, poussés par cette force invisible que l'on nomme gravité. Il y eut de la casse, obligatoirement, quelques doigts et quelques poignets se brisèrent lorsqu'ils voulurent amortir leur chute. Ils avaient tout l'équipement nécessaire pour être soignés, à bord de leur vaisseau, je ne me faisais aucun souci.

Le Capitaine du groupe, plus malin, avait du prévoir le coup, il s'était muni d'un exo-squelette lourd et massif qui donnait l'impression qu'il était en cage. Néanmoins, il devait avoir le souffle coupé ; le vent glacial devait lui abraser les cloisons nasales, il ne devait pas voir très clair, ses yeux pleurant à chaudes larmes. J'eus un véritable frisson de désir lorsque je reconnus de loin la tignasse brune de cette grande brute de capitaine King: mon ami (amant), dont les parents possédaient un humour certain au point de l'avoir prénommé Vik.

Vik King passait au rayon X le peuple des Guttur qui s'était agglutiné derrière moi, aussi stupide qu'innocent, malgré les consignes données à Miffl. Comme nous lors de notre débarquement, King devait s'étonner de voir à quel point la gravité avait modelé la morphologie des habitants du coins. Ces rubik'cubes sur pattes étaient-ils des êtres humains ?

Non, ils n'avaient plus grand chose de l'humain. Ils ressemblaient plus à des teletubbies bodybuildés, solidement charpentés, des paquets de muscles arborant une perruque rasta dans le vent polaire. Des larges petits nains enveloppés dans des peaux de bêtes, si massif et court sur pattes qu'on devait réprimer la première envie qui était de rire, lorsqu'on les voyait marcher.

 

Naturellement, comme nous l'avions décidé; je me portais volontaire pour aller leur parler, enfin... pour tenter de communiquer avec eux, ce qui ne serait pas une mince affaire. Parler comme les humains ? Impossible désormais, mon langage n'était plus le même, j'allais leur faire peur, c'était couru d'avance... ils ne me comprendraient plus, ils fuieraient devant mon odeur nauséabonde, si j'avais la chance qu'ils ne me tuent pas pour s'épargner cette torture olfactive !

Ecrire ? Oui, la seule solution envisageable. J'étais retournée à notre vaisseau, désormais une épave rouillée. J'avais trouvé du papier, j'avais préparé un discours de bienvenue pour les humains, lettre pliée depuis deux ans, que je gardais précieusement sur moi; dans une poche.

En quelques lignes je prévenais nos sauveteurs que notre apparence repoussante, notre odeur méphitique, cachait des officiers de la Confédération Galactique, que je me nommais Tara, de la 6e compagnie de prospection, et que nous étions soulagés de pouvoir être secourus, le capitaine Brodier, le second Chairmin, le docteur Ramsamy et moi-même, le lieutenant Coverchenko; je citais quelques noms connus parmi les ingénieurs...

King aperçut mon bâton, où flottait un drapeau blanc. Déjà, il marqua un temps d'arrêt. Bon signe, ça...
C'était la première fois qu'il devait voir un peuple de primate poilus et chevelus arborer un drapeau... Mon allure simiesque leur faisait croire que la planète était infestée d’êtres poilus et malfaisants. Malgré son odorat agressé, King me laissa approcher de lui. Je m'en voulais, pauvre idiote de femme que j'étais, d'avoir encore des pensées amoureuses pour ce géant de deux mètres, cet ex-amant au corps musclé, qui me déclarait sublime, perchée sur mes dix centimètres de talons... et qui aujourd'hui me regardait avancer d'un air franchement écoeuré. Je devais oublier notre relation passionnée, je n'étais plus une femme, je n'étais plus qu'une guenon avec une forte poitrine...

Je me racontais des histoires, je me persuadais que tout compte fait, notre sauvetage de cette immonde planète était en bonne voie...

Malheureusement je me leurrais...

 

Le premier abruti stressé du groupe de militaires armés jusqu'aux dents, qui me vit tendre le bras vers King afin de lui remettre la lettre explicative, prit mon geste pour une menace. La panique lui fit faire des choses irréversibles: il fit feu sur moi. Je m'écroulais, touchée en pleine poitrine, j'avais l'impression de flotter, avec un fer rouge planté dans le poumon... Mes congénères Guttur, bornés et désobéïssants, s’étaient rapprochés, curieux et intrigués par le vaisseau gigantesque...
En me voyant attaquée, ils lancèrent un grondement sourd qui fit blémir de peur tous les soldats. Mes congénères se firent tirer comme des lapins.

Après ce fut l’hécatombe... En moins de trois minutes, tout le monde, dans notre colonie, était massacré. Hommes, femmes, enfants...

Bordier était mourant, il avait reçu une balle dans la tempe, une autre dans la cuisse: il se vidait de son sang, la veine cave tranchée.
Nous n'étions pas loin l'un de l'autre mais les soldats ne tinrent même pas compte de son geste d'appel au secours... Ils l'achevèrent d'une balle dans la tête.

Ils m’emmenèrent avec eux, dans leur vaisseau. Ils m'épargnèrent probablement parce que j'étais la porteuse d'un drapeau blanc...
J'étais désormais un trophée de guerre, une capture glorieuse, pour montrer à la Confédération qu’ils avaient vaincu facilement les monstres noirs colonisant une planète bonne à « ensemencer ».

Ils ramenaient un spécimen capturé; pour étude... J’étais l’unique survivante, maintenant qu’ils avaient tout brûlé. Ils avaient "purifié" la planète...

Ils m’ont jetée dans une cage, à fond de cale, personne n'est venu examiner ma blessure, ils m'ont laissé crever là, à agoniser toute la nuit, respirant l’oxygène, autrefois salvateur, aujourd’hui, drogue qui me faisait halluciner, hâtait ma mort. Je me sentais légère... je planais complètement.

Ils se relayaient autour de moi, se bouchant le nez dans un chiffon, m’insultant, me lançant des cacahuètes... m'appelant Chita, Boubou...

Ils m’ont regardé dépérir à petit feu, heure après heure, un rictus méprisant aux lèvres, dégoûtés par mon apparence  repoussante et mon parfum pestilentiel...

 

Cruelle humanité à laquelle j’avais appartenu... j’étais heureuse de mourir, fière d’avoir connu un peuple comme les Guttur qui possédait mille fois plus humanité que mes frères humains...

Je souffrais de nouveau le martyre, ma peau, au contact de l'atmosphère pure du vaisseau; devenait molle, elle suintait de partout, ma gorge me brûlait comme si on l’avait passée au chalumeau, je crachais des glaires immondes chaque seconde, mes poumons peinaient à respirer, noyés d'expectorations gluantes, mais cela me permit de prononcer quelques mots; mes cordes vocales étant légèrement détendues par 21% d'oxygène dans l'air.

Finalement, le Commandant de bord, le beau, le grand Vik King vint voir le spécimen capturé sur cette planète puante. Peut-être voulait-il savoir pourquoi j'avais tendu la main vers lui. Peut-être allait-il se servir de son cerveau, où ce qui lui restait de coeur...

Lorsqu’il se pencha sur la cage où j’agonisais, ayant perdu tout mon sang, noyée dans mes propres fluides, pleurant et geignant de souffrance, il me fixa longuement dans les yeux, (il devait se dire que je lui faisais penser à quelqu'un) cherchant à lire quelque chose dans mes prunelles noires. Mais bien vite, son expression perdit toute compassion, son regard se durcit, et il grogna en fourrant son énorme cigare entre ses dents :

– Elle schlingue comme un putois, la boubou... M'demande bien pourquoi j'ai voulu l'embarquer, cette vile guenon...
Pendant quelques longues et éprouvantes secondes, je le fixais droit dans les yeux, laissant transparaître toute ma déception, et ma toute nouvelle haine... L
es multiples voiles de l'agonie s'accumulaient les uns aux autres devant mes yeux, rétrécissant ma vision à un long tunnel, bouchant mon ouie, me prévenant que j'allais perdre conscience sous peu.
– Tu m'en veux d'avoir cramé tes p'tits copains, hein? Ouais, ça se comprend... Mais qu'est-ce que tu veux; c'est la loi du plus fort partout dans la galaxie... On est trop nombreux, on a besoin sans cesse de planètes pour nous établir... Faut pas nous en vouloir, c'est une question de politique.


Je déglutissais rapidement, tentant de lublifier ma gorge, de m’éclaircir la voix: je voulais parler très clairement...
Tout en tendant le bras vers lui, le poing levé, j'ouvris lentement la main, paume tendue, lui présentant la lettre.

Il me restait assez de lucidité pour voir King prendre la lettre avec deux doigts, retenant une grimace de dégoût, tachant de ne pas "toucher" mes doigts boudinés, noirs comme ceux d'un gorille.
– Cruelle humanité, articulais-je assez fort pour qu'il en sursaute.
Ce furent mes derniers mots. Je retombais contre la cage, épuisée, me sentant déjà partir vers le paradis des Guttur.

Le capitaine King, ce grand baroudeur, cet homme que j'avais tant aimé; braqua un regard totalement halluciné, subjugué vers moi, il avait perdu toute sa superbe, toute sa morgue. Il déplia ma lettre avec fébrilité. J'aurais pu affirmer qu'il tremblait en la lisant. Mon ultime vengeance fut de l'entendre pousser un gémissement de protestation, le gémissement rauque d'un ennemi qui réalise ce qu'il a fait.

Avant de perdre conscience, j'eus la joie de voir son visage se décomposer de douleur; il tomba à genoux, ouvrit la cage précipitament, pour fouiller autour de mon cou, et y trouver ma plaque militaire: Tara Coverchenko. Son hurlement désespéré accompagna mon départ.

 



FIN

 © Auteur : Helena Grantham, 2005

 

 

 

 

 

 

  

Par Helena Grantham - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : Autres Mondes...
Dimanche 15 novembre 2009

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                                                                      ESOTERIQUE

                                                              Nouvelle : 6 pages web
                                                          Auteur : Helena Grantham
                                                               Année : 2005-2009
                                                           Texte terminé par Kyle S. 



                                          Cliquer ci-dessous pour télécharger
                                                                              N.D.E.
                                                       




Le docteur Tony Siguenza était un affable galopin qui possédait un sourire de chat, à moins que ce ne soit de renard... disons de chat-renard... un sourire qui faisait fondre les demoiselles, toutes les demoiselles qui circulaient jour et nuit sur son lieu de travail. Il possédait un regard noir, brillant, ironique, provocateur, à la limite de l'audace, et ne se départissait jamais de son sourire de chat. Il se dégageait un charme jovial, flegmatique, de cet homme bien conservé, en pleine forme physique, qui affichait joyeusement sa quarantaine entamée.

Tony Siguenza était anesthésiste-réanimateur à l'hôpital marin d'Hendaye. Il avait douze longues années d'études derrière lui, pour en arriver à ce poste où l'on est pris à la gorge par le coût exhorbitant de chaque procès, les honoraires fluctuants des avocats, les cours de justice, d'appel, de cassation. Les traites de son assurance professionnelle venaient s'ajouter aux traites de l'assurance proposée obligatoirement et statutairement par l'hôpital. Ses cauchemars parlaient de poursuite d'avocats de patients qui avaient porté plainte pour quelques raisons que ce fut, sincère ou cupide... et les sommes atteignaient des sommets... le ruinant année après année.

 

Tony Siguenza avait été souvent harcelé par les enquêteurs qui n'appréciaient jamais son sourire, son charme latin, sauf lorsque l'enquêteur était une enquêtrice...  Cela dit, il aimait son boulot, il aimait vraiment son boulot, même si parfois le découragement pesait comme un lourd manteau sur les épaules, il aimait avant tout venir en aide aux malades, et prendre soin d'eux en cet instant angoissant qu'est l'anesthésie avant un acte opératoire lourd, c'était le mieux qu'il pouvait faire. Les endormir en toute tranquillité, et les réveiller en toute sérénité.

Ce fut le cas pour Julio Catarino, un noble vieillard fragile, ex-professeur à la retraite; qui était dans le service neurochirurgie, en pleine préparation d'intervention; souffrant le martyre à cause d'un anévrisme cérébral d'une bonne taille qui menaçait de se rompre à tout moment.

L'intervention commença tranquillement; pour les neurochirurgiens, l'acte en lui-même était une routine... Clippage au niveau du collet de l'anévrisme qui vient interrompre la vascularisation; c'était le traitement de référence. Tout se passa comme prévu, en trente minutes, tout était réglé, Julio Catarino était placé en salle de réanimation.

A son réveil, il aurait un mal de crâne à se taper la tête contre les murs, mais grâce à la morphine, il ne souffrirait pas trop.

Encore une bonne paire de choses faites, se dit Tony avant d'entendre le sifflement d'alerte du monitoring.

Parce que la malchance s'en mêlait...

Au lieu de se réveiller, le patient faisait un arrêt cardiaque. Tout le monde fut secoué par une décharge d'adrénaline volcanique, et le patient fut secoué par les palets du défribrillateur: 260.... rien sur l'écran !  360... toujours rien sur l'E.C.G...

L'interne s'acharnait avec ses palets sur le patient. En vain !

– Allez, Mr Catarino, brailla Tony; vous allez pas nous claquer entre les mains maintenant! Il faut vous battre bordel ! ajouta-t-il, tandis qu'il écrasait les côtes du patient à coups de poing pour tenter de faire repartir son coeur.

Mais le coeur ne redémarrait pas. Le cadavre, toujours sous perfusion n'avait plus aucune pulsation, plus aucune activité électrique dans le cerveau; aucune couleur, le tracé était désespérement plat.

Au bout de dix minutes de réanimation, Tony, dépité, éreinté, dégagea la poitrine chenue, maigre du patient, enfonça d'un geste désespéré une énorme seringue remplie d'un stimulateur cardiaque bleuté, capable de réveiller un mort; jusqu'au coeur.

Puis ils attendirent encore quelques secondes longues comme des heures.

Rien. Le mort restait mort...

Siguenza tourna le dos en grinçant des dents. Il aurait bien tout cassé pour se soulager!

– Daniel Catarino est déclaré cliniquement mort à vingt et une heures trente-deux, annonça l'interne dans le micro qui enregistrait fidèlement. Le rapport d'opération possédait de cette façon toutes les données de l'intervention, minute par minute, même les mesures des courants cérébraux.

Pour Siguenza et l'équipe, c'était toujours une épreuve de voir quelqu'un leur filer entre les pattes, Tony ne parvenait pas à s'y faire, il culpabilisait alors qu'il n'y était pour rien, il se disait qu'ils auraient pu faire ceci, où cela, qu'on aurait pu le sauver, le réanimer... avec un peu de chance...

A pas lents, ils quittèrent la salle d'op 12, laissant le personnel de nettoyage faire son boulot. Siguenza confia le mort à un soignant qui le descendit à la morgue.

M. Catarino n'avait pas de famille, personne ne viendrait pleurer devant son cadavre, personne ne l'accompagnerait à sa dernière demeure ni ne jetterait une fleur sur son cercueil avant que d'autres hommes ne l'ensevelisent à jamais dans la terre humide de cet hiver pluvieux...

 

Tony rentra dans la salle de repos, assailli de noires pensées, se servit un café, bientôt rejoint par Olga, la sublime interne en dernière année. Ils se tapotèrent dans le dos, affectueusement. Olga soupira:

– Il était portugais, comme moi. On avait un peu parlé du pays, tous les deux, tandis qu'on le préparait pour l'intervention. Tu savais qu'il avait tenu un restaurant à Péniche après qu'il eut cessé d'enseigner en France ?

Siguenza fit une grimace d'ignorance, non, il ne savait même pas où se trouvait Péniche. Lui était espagnol, alors le Portugal...

Olga comprit tout ce qu'il ne disait pas, en le fixant quelques rapides secondes et elle poussa un petit soupir triste qui se voulait un rire:

– Péniche, c'est là où j'ai grandi, c'est chez moi !!

– Ah, okay, je comprends mieux, mais je suis nul en géo poupette, et j'ai jamais mis les pieds dans ton foutu pays, moi.

Olga sourit, reposant la cafetière.

Ah, cette petite fossette qui se creusait sur sa joue lorsqu'elle souriait... si Tony ne connaissait rien au portugal, il était prêt à connaître une de ses ressortissantes, pas plus tard que tout de suite, si elle le désirait...

– Cesse de me reluquer ainsi, Siguenza.

Siguenza afficha une expression benoite:

– Te reluquer ? Moi ? Je n'oserais jamais, tu me connais mal.

Elle ferma à demi un oeil, pinça les lèvres:

– Au contraire, je lis en toi comme un livre ouvert.

Tony fit un pas vers elle les bras ouvert, aussi innocent qu'un enfant de choeur dans la sacristie:

– Vraiment, alors tu peux lire en moi, sentir que je n'ai que des sentiments honorables pour toi, belle enfant!

Olga le gifla en douceur, sa main caressant sa joue:

– Oui, je peux lire en toi, coño, mais si je posais ma main ici, fit-elle en désignant son entrejambe, je pourrais même les palper, tes sentiments honorables !

Elle tourna les talons, sortit de la salle de repos, laissant Tony tout chose, les yeux fixés sur sa braguette...

L'image d'Olga se dilua, bien vite remplacée par celle de Daniel Catarino... Vida de mierda, il allait encore déprimer pendant tout le week-end, à cause d'un patient décédé en post-op ? Quel foutu sentimental il était !

Oui, il était un grand sentimental car dix minutes plus tard, il poussait l'abnégation jusqu'à descendre à la morgue, obnubilé par le vieil homme.

Il était incapable d'expliquer sa conduite fort peu professionnelle en cet instant: ce besoin morbide de tenir la main d'un mort une dernière fois, oui, bien-sûr qu'il était conscient de son attitude puérile mais c'était plus fort que lui, comme si "quelque chose" l'y poussait.

Alors non, il n'avait pas besoin de conseils, pas besoin qu'on le secoue pour lui rappeler qu'il avait une autre intervention d'ici une demi-heure, il avait une excellente mémoire!

En arrivant à la morgue, il chercha des yeux le chariot sur lequel reposait le professeur Catarino. Ici, on n'éprouvait pas le besoin de recouvrir le mort d'un drap, il était mort, plus rien ne l'offusquerait. L'anesthésiste s'approcha du corps dont la température commençait déjà à baisser. Il était froid, dans tous les sens du terme, se dit notre anesthésiste au sang chaud.

Et pour s'en convaincre, il le toucha.

Il sursauta. Madré de Dios, non seulement il n'était pas froid, mais il était chaud!! Au moins 37 degrés!!

Il posa deux doigts investigateurs sur sa carotide, concentré sur le pouls, et il sursauta une seconde fois lorsqu'il perçut une légère pulsation.

Le mort avait un pouls !

– Le mort a un pouls ! Que coño es eso ? miaula-t-il comme une sirène.

Tony Siguenza, anesthésiste-réanimateur avec douze ans d'études universitaires derrière lui, à qui l'on avait apprit à la fac; que les choses fonctionnaient comme ça, que le cerveau fonctionnait comme ça, qu'il sécrètait de la conscience, qu'en gros : la pensée rationnaliste-matérialiste. Actuellement c'était son credo ! Et puis il vous arrivait des choses incroyables sans prévenir; comme par exemple un patient mort avec un pouls qui clapote sous vos doigts...  une expérience quelque peu transcendante !

Il rameuta tout le service, il brailla des ordres, tout le monde fut sur le pied de guerre en une seconde, on remonta illico le chariot et son occupant, on le réanima encore une fois, et le coeur, cette fois, daigna repartir comme un moteur V8...

Tony était fier, si fier, il l'avait réanimé son Catarino !!

Non, rectifia-t-il en son for intérieur; en fait, Catarino s'était réanimé seul, c'est lui qui était revenu à la vie seul, mais il serait mort quelques minutes après si Tony n'avait pas ressenti ce besoin urgent d'aller secouer la main d'un mort une dernière fois.

– Vous m'avez entendu, c'est ça ? murmura le ressucité à Tony, une fois qu'on lui eut ôté le masque à oxygène.

Le Tony en question en resta muet de saisissement. Il ne comprenait pas trop ce que voulait dire le vieil homme. Il avait entendu quoi ? Qu'est-ce qu'il aurait dû entendre ?  Mystère...

Du coup, le patient fut l'attraction du jour, tout le monde venait à son chevet, et même s'il n'avait aucune famille, les externes, les passants, dans le couloir, en voyant le troupeau d'internes et de chirurgiens aglutinés autour du malade, se disaient qu'au moins, celui-la ne devait pas se sentir seul...

Dans la salle de repos, on discuta ferme des N.D.E., on se congratula d'avoir récupéré un patient mort et plusieurs noms revinrent dans la conversation, ce jour-là... les Moody, les Kübler-Ross, les Ring et autres Van Lommel...

 

Allons bon, quel était encore cette lubie ? Il était sauvé ce patient, quel besoin ressentait-il à nouveau d'aller lui parler, encore et encore ?

A la nuit tombée, Tony entra dans la salle de réanimation, s'approcha à pas de loup de M. Catarino qui dormait. D'un oeil.

Qu'il ouvrit dès que Tony fut assez près pour qu'il lui attrape le bras d'une main ferme. Très ferme.

– C'était gentil, docteur, de m'avoir conseillé de me battre. Mais j'étais si bien où j'étais, je ne voulais pas revenir. Je me sentais si léger ! Et puis je vous ai vu discuter avec votre amie portugaise, je vous ai appelé, je vous ai parlé à l'oreille et vous m'avez entendu !

Là, Siguenza se dit qu'il avait dû louper un épisode car ce que disait le vieillard n'avait absolument aucun sens. Soucieux, il tira une chaise près du lit, la retourna et s'assit à califourchon, les bras sur le dossier.

– Je n'ai pas encore bien compris ce phénomène étrange, M. Catarino, mais je suis un passionné de faits et les faits sont là, vous étiez mort, cliniquement mort, déclaré mort depuis au moins une demi-heure, et vous voilà devant moi, bien vivant, sans aucune séquelle, croyez-moi, je ne suis pas quelqu'un de religieux, vu que je suis le roi des athées, mais si j'étais croyant, je dirais que c'est un miracle auquel j'ai assisté.

Il s'approcha un peu plus du patient et osa demander:

– Expliquez-moi ce que voulez dire par "Vous m'avez entendu..."  Tout à l'heure aussi, quand on vous a réanimé, vous me l'avez dit.

Le vieil homme se racla la gorge, but un peu d'eau à l'aide de la paille plongée dans le gobelet. Puis il raconta cette chose extraordinaire que toute personne qui se dit logique, sensée, prendrait arbitrairement pour un délire, décidant que le malade était fou, hallucinait, inventait... et qu'il fallait l'enfermer de toute urgence!

Mais Siguenza ne s'en tenait qu'aux faits, et dans ce cas précis, des faits il n'y avait que ça, ils crevaient les yeux !

– Quand j'ai fait mon arrêt cardiaque, je me suis retrouvé en train de flotter au dessus de mon corps que je n'avais pas reconnu, au début, le trouvant particulièrement laid. Et puis j'ai entendu un des chirurgiens qui s'énervait et disait cette chose impensable pour moi: " Allez, M. Catarino, vous allez pas nous claquer entre les mains, il faut vous battre bordel !"

Siguenza sursauta violement:

– Mais c'est moi qui vous ai dit ça !! C'est mot pour mot ce que j'ai dit !

– Oui, et votre collègue m'assommait à coups de poings sur la poitrine, il n'y allait pas de main morte, le saligaud.

– Exact! Renaud vous assénait des coups de poings sur la cage thoracique dans l'espoir de faire repartir votre coeur !

Le réssucité ouvrit de grands yeux innocents:

– Je ne comprenais pas que j'étais mort, et j'ai flotté un peu partout, je vous ai suivi dans votre salle de repos, je vous ai entendu parler à votre amie portugaise, et puis mon attention a été attirée par quelque chose de lumineux qui me titillait le coin de ma vision périphérique au point que j'ai tourné la tête. C'était une lumière intense, sublime, d'une clarté éblouissante mais qui n'agressait pas les yeux. Ce point lumineux semblait se trouver au fond d'un long tunnel ténébreux, sans limite, sans parois ni fond tant le noir était profond. J'ai tendu les bras vers cette Lumière qui m'appelait... et plus j'avançais, plus je réalisais que je n'avais plus de corps, que je n'étais que "conscience"... j'analysais très clairement la situation, je pensais, donc me disais-je; si tu penses, tu vis !

Siguenza ne pouvait que hocher la tête, éberlué, abasourdi par les dires du vieil homme.

– Arrivé dans la Lumière, j'ai entendu la voix de mon père qui m'appelait et... j'ai...  j'ai senti cet Amour incommensurable, cette plénitude qui me baignait, j'étais bien ! j'étais si bien ! serein, en phase avec cette lumière d'Amour. Et là, j'ai... "su"...  que j'avais le choix... soit j'y entrais, et je ne pourrais plus revenir, soit je retournais vers mon corps.

Siguenza ouvrit des yeux de hibou, les sourcils montant à l'assaut du front:

– Qu'est-ce qui vous a fait choisir l'option B ?

Le vieillard cligna des yeux, amusé:

– J'ai eu... comment vous dire ça avec des mots...  j'ai eu soudain connaissance de l'avenir, et cet avenir ici-bas m'a fait décider de revenir. Alors je vous l'ai dit à l'oreille...

– Vous pouvez m'en parler ? Moi, à votre place, c'est certain que j'aurais foncé dans la lumière ! (l'anesthésiste dodelina de la tête de façon juvénile) si elle était faite d'Amour!

– Oh, mon garçon, pas l'amour au sens où vous l'entrevoyez, mais l'Amour divin, le vrai Amour! Voyez-vous, à la maison de retraite où je suis, j'y ai des amis, même si ils ne sont mes amis que parce que je n'ai qu'eux, ils sont là quand même, pour le pire et le meilleur, ils me tiennent compagnie, ils m'écoutent quand je me plains, ils me réconfortent quand je vais mal, on s'entraide, les uns les autres, mais on s'estime bien, nous autres, là-bas.

Siguenza branla du chef, lui aussi voyait très bien, il faisait ça chaque jour, ici, à l'hôpital.

– Et j'ai su que mon témoignage les bouleveserait mais que pour eux ce serait un bouleversement salutaire, car ils ont si peur de la mort, alors que moi j'en suis revenu, et je leur dirai que ce n'est qu'un passage d'une microseconde, un changement subit qui ne change rien, vous n'êtes pas mort, vous êtes toujours bien en vie !! et ce changement vous ramène, ravi, à la maison !

– Je comprends, oui, c'est dingue, ça, j'en frissonne en vous écoutant, M. Catarino.

Le malade posa de nouveau sa main sur le bras de l'anesthésiste et dit:

– Mon petit, si vous voulez atteindre le coeur de votre Olga, il faut lui montrer plus de respect, il faut la "mériter"... la "gagner"!

Siguenza perdit toute son assurance, bafouilla lamentablement :

– Comment vous savez qu'elle s'appelle Olga ? Et comment pouvez-vous savoir que je craque pour elle ? Personne n'est au courant, même pas Olga.

– Vous connaissez bien mal les femmes, fiston. Votre Olga connait vos sentiments depuis longtemps, et elle en a énormément pour vous aussi seulement, elle n'aime pas votre conduite insouciante, votre désinvolture, elle aime l'homme de science, celui qui aime son prochain, elle déteste le galopin qui ne pense qu'avec ses...

– Cojones ?

Le vieillard s'étouffa de rire et sa tête retomba sur l'oreiller. Ses yeux luisaient d'une nouvelle jeunesse, il était empli d'une sérénité communicative. Siguenza, à son contact, se sentait calme, plus calme qu'il ne l'avait jamais été.

– D'accord, je laisserai le dragueur à la porte quand je serai près d'elle, je serai sérieux, attentionné et je rangerai mes mains au fond de mes poches pour éviter qu'elles ne se balladent trop souvent sur elle.

Les yeux flétris luirent un peu plus, les paupières se plissèrent de satisfaction.

– Continuez ainsi, et vous l'épouserez avant l'été.

 

La tête pleine d'espoir, l'esprit préoccupé par le témoignage de Daniel, Tony retourna dans la salle d'opération, il demanda qu'on lui transmette le rapport d'intervention du patient Catarino qui avait eu lieu à telle heure. Et il vérifia à nouveau les données.

Aucun doute n'était permis: le patient était bel et bien mort, sans aucun tracé vital sur le moniteur, lorsque Siguenza avait lâché cette phrase: "Allez, Mr Catarino, vous allez pas nous claquer entre les mains maintenant! Il faut vous battre bordel !"

Et ensuite, Renaud avait asséné des coups de poings pour tenter de faire repartir le coeur.

Comment pouvait-il avoir entendu, vu tout ça et en témoigner puisqu'il était mort ??? Son tracé était plat, plus aucune activité dans son cerveau, plus aucune étincelle d'activité électrique dans son tronc cérébral ?

Comment était-ce possible qu'un mort soit vivant ??

Pour la première fois, il comprenait l'enthousiasme de ces chercheurs précurseurs, ces Moody, ces Kübler-Ross. Et il voulait absolument en savoir plus. Dès demain, après une bonne nuit de repos, il se mettrait en quête de renseignements sur ces deux personnes là...  

 

 

Il quitta l'hôpital à grandes enjambées, grimpa dans sa voiture et démarra le plus vite possible pour avoir le temps de passer au vert. Ce p.. de feu rouge durait une éternité.

Il longeait la route de la Corniche, heureux, sifflotant, planifiant les jours prochains, tandis qu'il rejoignait Saint-Jean-de-Luz où il avait sa maison. Il était claqué, après cette journée pleine de rebondissements, il ne voulait qu'une chose, se jetter dans son lit après avoir pris une douche.

Il ne prit pas garde aux pulsations de lumière qui barraient la route, à quelques kilomètres, mais une petite étincelle professionnelle associa de suite ces lumières rouges et bleues à une urgence, et il écrasa le champignon. Il arriva sur les lieux de l'accident, la main devant la bouche. Le Samu arrivait, il entendait sa sirène hulluler au loin, mais il fonça, bousculant les policiers qui avaient délimité un périmètre de sécurité après avoir dévié la circulation sur une seule voie.

Seigneur! En s'approchant du véhicule totalement compacté, encastré sous le camion, il s'attendait à trouver un mort, encore un...

Dieu merci, il avait toujours avec lui sa mallette de réanimation et il se hâta de perfuser la jeune fille horriblement blessée, toute la partie inférieure du thorax coincée dans les tôles du véhicule. Son émotion était à son comble ! Recevoir un patient en salle d'op, l'endormir, le réanimer, tout ça c'était propre, réglé au millimètre, sans émotion aucune.

Là, il tremblait, il pleurait, incapable de se maîtriser devant cette jeune fille ensanglantée, fracassée, mourante peut-être, s'il n'arrivait pas à la perfuser. Il se morigénait, il s'insultait, s'ordonnant de se calmer, d'arrêter de pleurer. Mais il eut beau se faire violence, il savait qu'il était en train de la perdre et il ne supportait pas ce nouvel échec devant la mort.

Il croisa le regard de la jeune fille, il vit très nettement sa pupille se dilater, la cornée devenir terne, le souffle de vie s'échapper. Il chuchota un non ! pour conjurer le mauvais sort, il approcha son visage de la morte et là... il sentit... l'esprit de la jeune fille quitter le corps mort, par la fontanelle et lui frôler le visage.

Cette... entité ? s'éleva très haut, et Tony le sentait, aussi sûr qu'il pouvait sentir le pouls inexistant de la morte, il sentait que l'entité était joyeuse, heureuse d'être enfin libre. A cet instant précis, il entendit la voix du vieux Catarino qui lui racontait son expérience:

– J'étais bien, j'étais si bien !

Il leva ses yeux baignés de larmes vers le ciel et murmura:

– Vaya con Dios.

Ces deux expériences bourrées de fait eurent raison de son scepticisme. Il changea radicalement de point de vue sur les N.D.E qu'il qualifiait avant d'hallucinations collectives. Il se mit à comptabiliser le nombres de malades ayant fait des arrêts cardiaques dans sa région, et il recença – après une enquête personnelle qu'il fit sur plusieurs mois – dix pour cent de malades déclarant avoir vécu une N.D.E.

Les chiffres des autres chercheurs étaient absolument effarants ! L'étude de Pim Van Lommel  affirmait qu'en France, il y avait plus de trois millions de N.D.E, quant aux Etats-Unis, c'était hallucinant: 774 N.D.E. par jour!!!

Olga fut impressionnée par ce nouveau Tony, calme, tranquille, toujours aussi flegmatique mais pugnace, déterminé, sérieux, responsable, qui s'était donné pour mission d'enseigner au monde médical que l'au-delà était une réalité basée sur de nombreux faits. Des gens cliniquement morts qui avait des souvenirs après leur mort... Hein? C'était pas une belle mission ça ? Olga qui avait déjà un faible pour ce beau brun au sourire ravageur, tomba amoureuse de l'homme de science missionnaire.

Au mois de mai, par une splendide journée ensoleillée, l'air parfumé par les centaines d' acacias en fleur du parc voisin; les cloches de l'église de Saint-Jean-de-Luz se mirent à tinter à la volée, lorsque qu'un couple heureux descendit les marches blanches sous une pluie de riz,  pour s'enfuir en voyage de noce dans une limousine...

 

 

FIN

© auteur : Helena Grantham

texte terminé par Kyle S. 2005-2009

 

 

 

Par Helena Grantham - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
Dimanche 15 novembre 2009

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                                                                  ESOTERIQUE
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                                                      Auteur : Helena Grantham
                                                           Année : 2006-2009
                                              Texte terminé et arrangé par Kyle S. 


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                                                        I MAY NOT AWAKEN




La petite fille fronça les sourcils, ouvrit lentement deux yeux hagards, fatigués. Son corps retrouvait sa lourdeur, son esprit la douleur. Elle gémit en se retournant, aperçut sa maman, penchée au dessus d'elle.

– Tu es enfin réveillée, Lana; tu dors de plus en plus ces derniers temps ma chérie !

Lana acquiesça en fermant les paupières. Oui, et c'était aussi bien comme ça. Quand elle dormait, elle ne souffrait pas, elle s'évadait dans son monde magique, où la douleur était interdite, la leucémie proscrite. Dans ses rêves, elle pouvait voler, s'envoler vers les étoiles, plonger dans la mer, nager comme les poissons puis d'une impulsion, ressortir de l'océan pour foncer vers la lune, pirouetter, virevolter, piquer vers la lagune, frôler les arbres, l'herbe, planer sur le dos, les yeux rieurs admirant les cieux piquetés de diamants...

– Tu veux déjeuner chaton ?

Lana secoua la tête en grimaçant. Elle ne supportait plus aucune nourriture, plus rien n'était accepté par son estomac, un capricieux celui-la. A cause de lui, Lana en était réduite à la perfusion comme nourriture principale. Mais après tout, solide ou liquide... quelle importance, tout ce qu'elle mangeait était sans goût, du carton bouilli... L'appétit dans ces cas là, va voir ailleurs si on y est...

– Tu dois te forcer mon bébé, bois au moins un verre de jus d'orange!

Lana ferma les yeux, de guerre lasse. Maman n'abandonnerait pas la partie tant qu'elle n'aurait pas dit oui... autant le faire tout de suite.

– Juste un petit peu alors, s'il te plait.

– Je t'apporte ça tout de suite mon ange.

Lana suivit des yeux sa maman qui quittait la chambre. Elle poussa un soupir... la douleur ne la lâchait pas une seconde, même avec sa pompe à morphine.

Elle n'était bien que dans ses rêves, dans son pays magique, quand elle faisait la course avec les biches gracieuses, avalant les kilomètres comme un géocoucou... quand elle fonçait, agrippée aux ailerons des dauphins coquins, quand elle chevauchait les immenses baleines à bosses, fendant les flots bleus, plongeant en apnée avec elles, visitant les fonds marins, chatouillant les raies manta, soufflant un bouquet de bulles pour éloigner la murène, puis remontant pour surgir comme une fusée à la surface moirée de la mer, léchant ses lèvres salées, flottant sur le dos, admirant le manteau de la nuit diapré de ces milliers d'étoiles qui semblaient tomber sur elle, l'appelant irrésistiblement...

– Lana, ton jus d'orange.

Quand elle ne jouait pas, elle se promenait dans la forêt, accompagnée par une foule d'animaux, tous des amis, ils lui parlaient dans sa tête, elle les comprenait sans avoir besoin d'ouvrir la bouche pour leur répondre... comme dans la télépathie. Dans son pays imaginaire, les écureuils partagaient leur butin avec elle, elle pouvait déguster moult noisettes, noix, autant qu'elle en voulait, et elle adorait ça ! Ici les insectes étaient fourrés partout sur elle, cherchant un endroit douillet où se lover. Il y avait cet adorable cricket qui aimait particulièrement se cacher dans son cou, juste sous les cheveux. Il lui parlait de sa nombreuse famille, il était intarissable sur le sujet, et il ne se trompait jamais dans l'énumération des prénoms de ses centaines de frères ailés ! Un vrai phénomène que ce cricket!

– Ma chérie, tu dors ?

Lana ouvrit un oeil voilé... Le cricket sauta immédiatement sur une branche, lui fit signe qu'il reviendrait plus tard, quand Maman serait repartie.

– Okay, à plus.

– Okay, à plus ? répéta maman, soudain soucieuse.

– C'est rien, maman, je parlais au cricket.

Maman mit la main sur son front, fit un petit bruit avec ses lèvres, comme quand elle est agacée:

– Oh Seigneur, c'est pas vrai ! Tu as encore de la fièvre.

– C'est pas grave, maman.

– C'est pas grave ? Mais tu délires encore, ma chérie : c'est grave. Je rappelle le docteur.

Lana gémit un peu plus fort:

– Maman, arrête de t'en faire, je vais bien. J'ai pas besoin du docteur !

Elle tourna brusquement le dos et Lana devina qu'elle chassait une larme. Elle s'arrangeait toujours pour masquer ses émotions, maman, elle faisait en sorte de paraître forte. Seule Lana savait combien elle avait de chagrin, mais elle ne pouvait y remédier. Même en le demandant très, très gentiment...  Dieu, là-haut, ne pourrait pas la guérir. Il y a des choses qu'il faut accepter, c'est comme ça.

– Comment peux-tu dire que tu vas bien, mon ange, alors que tu es très malade ?

Lana stoppa la fuite de maman en lui empoignant la main. Elle serra très fort ses doigts.

– Fais-moi confiance, maman, si je te dis que je vais bien, c'est parce que je sais que la délivrance approche, je le sens en moi, et je me sens bien, je t'assure.

A présent elle sanglotait à pierre fendre. Lana tourna la tête une seconde vers le mur. Comment lui expliquer ce qu'elle ressentait sans la faire pleurer encore plus ? Comment lui dire que souvent, la douleur était si forte qu'elle pensait mourir, mais quand elle rouvrait les yeux, elle se trouvait debout, près de son lit, et elle se regardait dormir...

Elle ne savait pas expliquer ce phénomène étrange, mais quand ça lui arrivait, elle ne ressentait plus la douleur, elle était légère, elle était toute neuve, plus de maladie, plus d'escarres, plus d'hémorragies internes, plus d'aphtes douloureuses dans la bouche, plus de ventre gonflé, plus rien... elle ne pesait plus rien, elle pouvait à loisir voyager en haut, en bas... elle était un fantôme en quelque sorte...

Et ça lui plaisait bien d'être un fantôme. Un fantôme, c'est sympa, et c'est pas obligé de garder le lit pendant des mois, il peut aller où il veut, il peut même traverser les pièces sans ouvrir une porte!

Une fois elle avait traversé le mur et elle avait vu ses parents en grande discussion avec plusieurs docteurs. Ils leur disaient que la greffe de moëlle osseuse de leur petite fille n'avait pas pris, le centième jour était passé, la petite était toujours en chambre stérile, à bout de force. Elle était résistante à la chimiothérapie, aucun traîtement ne la soulageait... ils étaient impuissants, et ils prédisaient que son état de santé allait se dégrader très rapidement, il ne lui donnait pas plus d'un mois à vivre. Avant de les quitter, ils ajoutèrent qu'ils étaient vraiment désolés...

Cet épisode avait eu lieu le mois dernier, c'est pour ça que Lana savait qu'elle allait bientôt partir, rejoindre son pays magique pour toujours. Elle avait déclaré qu'elle voulait rentrer à la maison. Elle n'avait plus rien à faire à l'hôpital. Naturellement, maman avait protesté pour la forme, mais papa savait que sa petite Lana était sur sa dernière ligne droite, il avait croisé le regard implorant de sa fille; il avait tout de suite compris.

Lana était rentrée mourir à la maison. Au moins, on ne venait plus la réveiller toutes les demi-heures, elle pouvait dormir.

En fait, elle ne faisait plus que ça.

Dormir.

Rêver!

Ahhhh, quel bonheur que le rêve...

Elle rêvait des jours entiers, laissant l'horloge égréner les heures, elle s'en moquait, elle était trop bien dans son monde à elle.

Elle avait honte de l'avouer, mais elle était enchantée d'être mourante. Elle n'avait jamais eu aucun goût pour la comédie ni pour les apitoyements et si elle gageait que vu par les yeux d’autrui, elle allait de plus en plus mal, et que rien ne saurait s'améliorer désormais ; vu par ses yeux d'enfant lucide, Lana ne voyait que la fin de son calvaire qui approchait à grand pas et cette perspective la réjouissait.

 

Bien-sûr, elle avait de la peine de laisser maman et papa tous seuls, ça lui brisait le coeur de les voir malheureux, et plus elle leur demandait de ne pas avoir de peine, plus ils étaient affligés.  Aussi, elle protestait avec force devant leur affirmation disant qu'elle mentait pour leur épargner le  chagrin.

Non, c'était faux ! Si Lana parlait sans peur de son pays magique, devant maman, elle n'avait jamais menti lorsque qu'elle disait aller de mieux en mieux, car c’est ainsi qu'elle voyait les choses. Et si elle pouvait imaginer que ses parents auraient de la peine si elle quittait la terre ; elle, ne voyait que la fin de ses souffrances, la fin de son calvaire. Elle serait guérie à jamais, là-bas, libre, et heureuse, elle laisserait avec joie son corps redevenir poussière. Le corps n'avait pas d'importance quand l'esprit pouvait voler, plonger, nager, filer droit vers les étoiles...

Lana savait bien ce qu'en pensait le docteur; il croyait qu'elle délirait, qu'elle n'avait plus toute sa tête, mais c'était logique qu'il croit ça le docteur... Allez dire à un docteur que vous volez, que vous traversez les murs et il vous fera enfermer de suite à double tour !

– Je vais bien maman, mais j'ai très envie de dormir maintenant.

Maman se releva, remporta le verre de jus d'orange presque vide... Lana avait fait un effort, en avait avalé une petite gorgée pour lui faire plaisir, mais elle savait que ça allait être la bagarre entre l'orange et son estomac... il en faisait toujours qu'à sa tête, celui-là!

Lorsque la porte se referma, Lana ferma les yeux avec soulagement. Presque immédiatement, elle ressentit une impression de légèreté innefable, comme une glissade sur le dessus de sa tête, ça chatouillait. Immédiatement la douleur fut oubliée et elle sut que si elle ouvrait de nouveau les yeux, elle serait dans son pays enchanté.

Perdu ! Elle était encore sortie de son corps, elle flottait au dessus du lit, et elle se regardait dormir.

Elle profita de sa nouvelle condition pour aller voir ce que faisait maman. Le temps d'y penser et la voilà aux côtés de sa mère, qui parlait d'une voix chevrotante dans le téléphone.

– Je me contrefous de ses priorités : notre fille est en train de mourir alors il peut bien aller au diable, ton patron. Reviens à la maison chéri, je sens que je vais craquer...

Elle raccrocha, explosa en sanglots. Elle semblait désemparée, son corps secoué par la douleur.

Lana était navrée de voir sa maman si malheureuse, alors qu'elle était si heureuse de mourir.

Elle pensa à son pays magique et s'y retrouva immédiatement. Et pour la première fois, elle vit venir à elle, sur le sable blanc de la plage, deux personnes qui marchaient lentement.

Tiens? Des gens dans son pays ? D'habitude elle y était seule. Qu'est-ce qu'ils faisaient là ces promeneurs nonchalants ? Intriguée, Lana les regardait s'approcher.

Et soudain elle les reconnut. C'était Grand-pa et Granny ! Oh qu'elle était heureuse de les revoir.

Elle courut vers eux les bras tendus, criant leurs noms, son coeur battait fort, mais c'était l'émotion de les revoir. Ce fut un grand moment de joie, ils s'embrassaient, se calinaient, riaient tous les trois. Et un aboiement, au loin, lui fit pousser un grand "Yahoo!!!!" Son bonheur était à son comble:

– Spike, mon chien !

Le berger belge sauta sur Lana qui se retrouva sur le sable avec une langue énorme qui lui lavait le visage tout entier.

– Arrête, Spike, riait-elle aux éclats, arrête, je suis toute propre, c'est bon, tu peux arrêter mon chien ! Oui, je vais sentir le pâté... c'est malin...

Ils firent la course, et ce fut Lana qui gagna. Spike, pour se venger, la chatouilla de son museau. La fillette n'en pouvait plus de rire.

Grand-pa et Granny sourirent:

– On a pensé que ça te ferait plaisir qu'il vienne avec nous t'accueillir.

Lana dansait, courait, faisant la folle avec son chien.

– Comment vous avez su que j'étais là ?

 

 


Maman se moucha, ses yeux étaient rouges d'avoir trop pleuré. Elle ne lâchait plus son mouchoir. Papa ouvrit la porte de la chambre où reposait la petite. Le médecin posa sa lourde sacoche, posa deux doigts sur le cou de l'enfant, cherchant un pouls. Il l'examina brièvement, souleva la paupière, détermina son glasgow. Il se redressa aussitôt; il était désolé, ne pouvait plus rien faire pour Lana. Le coma était encore la meilleure chose qui pouvait lui arriver.

Le médecin s'ébroua. Le spectacle de la mort le ruinait peu à peu, lui qui ne croyait ni en Dieu ni en la science qu'il était pourtant censé représenter mais dont il avait tant de fois mesuré les limites. Certains de ses collègues, face à la mort, s’étaient endurcis. Lui n’avait jamais pu. Il n’avait jamais su... Le docteur vivait l’agonie et la mort de ses patients comme un véritable martyre. Il se surprit à envier cette enfant que le coma avait figée dans sa foi. Douce Lana qui croyait en un Dieu éternel, qui vous accueillait en son sein...

Foutaises...  Non, rien à faire, il ne croyait pas à toutes ces nouveautés ésotériques qui circulaient sur le web, ces pseudo-preuves scientifiques qui ne prouvaient absolument rien; ces N.D.E., ces témoignages de mort imminente. Son scepticisme l’étouffait, mais il ne pouvait souscrire à ces fables qu’on répétait aux mourants pour les consoler du néant, ces promesses qu’on leur tenait pour ne pas les effrayer devant l’horrible condamnation. "Vous allez mourir vous savez ?" A force il se sentait plus bourreau que sauveur.

Etre témoin si souvent de la fin d’autrui était une torture pour lui. Il souffrait de son agnosticisme, de son manque d’illusions. Mais à quoi bon mentir ? raconter ces mensonges uniquement pour prolonger tant bien que mal le fragile bonheur d’un moribond, lui dire que tout allait bien se passer, que là où il serait, il y serait mieux ?  A quoi bon les aider à ne pas voir que leur vie était terminée, qu’ils avaient perdu la course ? Pourquoi leur promettre le paradis alors que le néant les attendait, pourquoi leur sourire hypocritement pour leur inspirer une dérisoire confiance ?

– Je suis vraiment, sincèrement désolé. Elle est tombée dans le coma.

– Est-ce qu'elle souffre, docteur?

– Je reviendrai la voir, lui injecter de la morphine, ainsi elle ne souffrira pas. C'est tout ce que je peux faire. Je suis désolé.

 

Lana se retourna une dernière fois vers son corps, vers ses parents en pleurs, vers le pauvre docteur qui était remué, torturé de ne voir que les apparences.

Elle prit la main de Grand-Pa et Granny, leva vers eux un regard brillant :

– Je vous fais visiter ?

 

 

 

FIN

© auteur: Helena Grantham

terminé et arrangé par Kyle S.

2006-2009

 

 

 

 

  
Par Helena Grantham - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : le club du fantastique
Dimanche 15 novembre 2009

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                                                                ESOTERIQUE
                                                          Nouvelle : 5 pages web
                                                       Auteur : Helena Grantham
                                                             Année : 2004-2009
                                                    Terminé et remanié par Kyle S.


                                                  Cliquer ci-dessous pour télécharger
                                                             L ANGE AMNESIQUE



L'être humain est né imparfait. Bien qu'ayant été créé à l'image de Dieu le Père, il est persuadé que Dieu est à son image d'Homme. Mais bien que la créature passe son temps à récriminer contre son Créateur, l'humain se sait imparfait, il ne peut se le cacher, en son for intérieur, il peut se l'avouer; car Dieu l'a doté d'une intelligence; et le plus orgueilleux des humains ne peut que constater qu'il n'est pas, mais alors pas du tout, parfait.

Sachant cela, l'humain a toujours eu une certaine idée de la perfection : tout du moins, depuis la nuit des temps, il en a une vague idée : pour lui; l'Ange est parfait. Lorsqu'on est un Ange, c'est qu'on est "presque" aussi parfait que Dieu.

Hélas, vous allez déchanter, amis lecteurs car même dans les éthers radieux, là où tout fleuronne, où tout chante et tout vibre, eh bien, même les anges peuvent être imparfaits.

 

C'était le cas de l'Ange Nuage. Oh bien évidemment, ce n'était pas sa faute, le pauvre : une collision terrible s'était produite avec un autre ange à la polarité négative; le choc avait été si violent entre leurs deux énergies différentes que les éthers avaient résonné comme un gong géant, les ondes bouleversant l'Ordre Cosmique. La vague électro-magnétique avait chamboulé les sphères environnantes, maltraitant les bons Esprits qui pérégrinaient dans les environs de Rigel.

Pour Nuage, le constat était sans appel, le choc l'avait rendu amnésique. L'autre ange, sonné mais intact, avait été emmené loin, simple mesure de précaution; il n'aurait pas dû se trouver là, c'était une erreur volontaire de sa part, et de surcroit, les esprits dont la tâche, justement était d'empêcher le contact entre deux âmes d'énergies différentes avaient laissé approcher cet Ange qui avait des vibrations autres que celles permises dans ce plan. Nuage en avait fait la triste expérience, étant de vibrations plus rapides, c'est lui qui avait trinqué...

 

Pour un humain, c'est terrible d'oublier. Qui l'on est, qui l'on fut, qui l'on aime et qui vous a aimé et qui vous pleurera, qui vous recherche ou vous oublie; toute une vie qui s'efface d'un claquement de doigt de l'impassible Destin.

Pour un ange, c'est une catastrophe infinie, car là-haut, on oublie des siècles et des siècles; on perd sa mémoire d'immortel, on oublie même Dieu le Père !

 

Nuage errait comme une âme en peine, ses ailes de flammes en berne, depuis de longues années, durée aléatoire qui ne correspond pas du tout avec le temps relatif, très strict, rigide, qui est de mise sur Terre. Par pure compassion bien naturellement, de bons guides s'étaient proposés de suite pour aiguiller Nuage sur la voie du ressouvenir, pour le coatcher, tenter de lui faire recouvrer quelques bribes de réminiscences, mais la tâche semblait ardue: Nuage savait de nouveau que Dieu était le Père, mais par ailleurs, il semblait réfractaire à toute suggestion. L'hypnose ne fonctionnait pas sur lui, la télépathie non plus, et les médiums célestes ne pouvaient rien pour lui apporter un tant soit peu de réconfort: il avait tout oublié. Son périsprit était vide, il fallait, de nouveau le meubler d'informations essentielles...

 

Petit à petit, Nuage devint taciturne, il ne prit plus aucun plaisir à travailler, à étudier, à venir écouter les vérités magiques, les enseignements divins transmis par de brillants Esprits lumineux qui offraient, ici et là, des moyens faciles pour évoluer, pour apprendre à devenir, oh, non pas un maître, mais un sage... un Guide qui souffle à l'oreille de l'être incarné, un demi-dieu acharné qui sait créer des mondes, sauvegarder l'Ordre Cosmique...

Un jour qu'il s'était éloigné à la recherche d'un peu de solitude, Nuage se retrouva dans le froid, dans l'ombre et un frisson moite le traversa, angoissant. Il ignorait qu'il se trouvait près de la Terre. L'Ange Mémoire – son coach – se posa doucement près de lui.

Nuage fit un signe de tête las en guise de bienvenue, pointa un doigt translucide, lumineux; vers le chaos, affichant une mine dégoûtée:

– Qu'est-ce donc que ce troupeau de larves noires qui grouillent dans ces bas-fonds putrides ?

L'ange-gardien lui tapota l'épaule :

– C'est la Terre, mon ami. La Terre et son humanité barbare, égoïste, meurtrière, impétueuse, belliqueuse, cruelle: ils sont en plein apprentissage de la fraternité.

– Vraiment ? releva Nuage avec une pointe de mépris dédaigneux dans le ton. Moi je dirais que ce sont des monstres ! Vois, mon frère comme ils se battent entre eux, ils s'entre-dévorent les uns les autres, ils s'entretuent pour le pouvoir et l'or ! Comment un tel cloaque peut-il exister? Comment une telle différence d'évolution peut-elle exister entre nous et ces... Ces...

– Ces âmes, Nuages! Ce sont des âmes, tout comme toi.

L'anmésique se recula, choqué d'être ainsi comparé avec ces déchets rampants du chaos.

– Certes non mon frère Mémoire; je n'ai rien de commun avec ces vampires immondes qui mangent la chair !

L'ange-gardien secoua la tête lentement:

– Nuage ! Nuage, mon frère, je t'en prie, si tu as perdu la mémoire, tu as dû conserver ta compassion. Aie pitié de ces êtres inférieurs si tu ne peux les estimer.

Nuage secoua la tête, raide de répulsion devant l'affreux spectacle que donnait l'humanité terrestre, vue des Cieux.

– C'est au-dessus de mes forces, je regrette ! Je ne peux avoir pitié de ces démons féroces qui torturent, haïssent, exterminent et s'enivre, c'est impossible ! Comment Dieu permet-il cela ? Comment même a-t-il pu leur donner la vie ??

Mémoire baissa la tête et soupira. Nuage avait encore oublié... Il fallait à nouveau tout lui raconter. L'Ange de lumière se fit une raison et dévisagea son frère cadet:

– Suis-moi, Nuage.

Docile, Nuage obéit à Mémoire. Ils partirent à tire d'aile vers un lieu paisible où l'Ange-gardien décida de tout réexpliquer – pour la X millième fois – à son patient amnésique.

– Vois-tu, mon frère, je vais te conter l'histoire d'une Petite Flamme.

– Volontiers, j'adore quand tu racontes des histoires.

Nuage s'assit tranquillement, aux côtés de son aîné. Il attendit sagement que l'Esprit avancé fut concentré.

– Un jour, une petite flamme se détacha du Bloc Divin et vola, inconsciente du danger, dans les éthers, descendant de façon vertigineuse vers la matière.

– Où vas-tu mon enfant, s'inquiéta notre Père; reviens !

"Non, non, Père, je veux aller voir ce qui se passe, en bas, ce noir est excitant, il m'attire, j'adore le mystère!"

Dieu baissa la tête, conscient que sa petite flamme était perdue, que cette infidèle ne saurait retrouver le chemin du foyer Divin. Il appela l'Ange-Gardien et lui dit : Va ! ramène cette petite flamme à la maison, elle est totalement inconsciente, elle ne sait pas ce qu'elle fait !

L'Ange comprit, fonça dans le gouffre profond, s'enfonçant dans les ténèbres hideuses, il prit la petite téméraire, aventureuse, dans ses bras, emporta la petite flamme sur ses grandes et magnifiques ailes de flamme. Mais c'était sans compter sur le caractère impulsif de la petite sotte tétue qui n'apprécia pas d'être ainsi enlevée. Elle gifla l'Ange et le chassa en lui recommandant de ne jamais plus l'importuner à l'avenir !

Humilié, triste, l'Ange remonta dans le ciel bleu à regret, retrouver son Père et lui avouer son échec, revenir du chaos bredouille. Le Père laissa échapper son courroux et les Cieux résonnèrent de sa voix:

– Petite ingrate, infidèle qui préfère la rebellion à l'amour, qui de la haine fait ta loi,  sache que l'aurore ne saura plus briller pour toi ! Soit ! Puisque tu as choisis cette voie, végète dans le gouffre sombre, jusqu'au jour où le repentir, t'apportant mon pardon, dans le noir, te conduira de nouveau vers l'Avenir...

Et soudain, les astres pâlirent, dans les Cieux devenus noir, les lueurs s'éteignirent les unes après les autres, faisant se lever le vent lugubre du soir.

L'Ange s'éloigna, peiné pour la petite flamme qu'il entendait gémir, pleurer sur son sort, dans cet endroit effrayant où nulle flamme ne parlait du foyer divin. La prisonnière de la pesanteur maudissait son destin...

A force de souffrance, de peine, de remords et de regrets, un jour la petite flamme s'éteignit, mourut en maudissant Dieu le Père et l'Ange-Gardien...

 

Un jour une petite flamme se détacha du bloc divin et partit, pauvre petite âme, à la conquête du Destin. Dieu, peiné suivit des yeux cette enfant rêveuse qui quittait la maison; les yeux brillants, disant:

– Je veux être un astre, Père, et briller comme un diamant! 

Dieu sourit et dit :

"Soit, mon enfant, étincelle, brille, éblouis les Cieux ! Resplendis dans le firmament !

Les siècles sur les siècles s'amoncelaient, deux, trois, quatre milliards d'années passaient, une goutte d'eau dans l'éternité, mais Dieu entendit très distinctement le soupir de lassitude de la petite flamme, qui se plaignait:

– Seigneur, je roule dans l'espace, traînant un serpentin de feu qui s'éteint, reparaît, s'efface, comme un éclair dans le ciel bleu. Partout ma clarté souveraine éclaire les plus sombres nuits. Et pourtant, ma pauvre âme en peine cherche un bonheur qui toujours fuit... Je me sens fatiguée, je n'ai plus de forces, Seigneur entre tes mains, je remets mon âme...

Dieu la berça tendrement en chuchotant:

– Que ta nouvelle vie soit douce, mon enfant, sois la rose aux fraîches couleurs, et tout doucement le zéphyr amoureux viendra te bercer sur son coeur...

La petite flamme ouvrit les yeux et s'étira dans la rosée perlée de l'aurore. Elle admira ses doux pétales veloutés, elle sentait si bon, mais... le lendemain matin, elle était toujours là, partie intrégrante du rosier... Elle demeurait coincée, immobile, sur cette branche épineuse. Elle devint dépressive, neurasthénique, et se mit à prier :

" Tout-Puissant ! Ma beauté captive l'oiseau, l'insecte dans leur vol, mais mon âme reste pensive et nostalgique car je ne puis m'évader du sol, vois comme je suis prisonnière, moi qui voulais tant posséder des ailes d'or, d'azur et vermillon ! Oh que j'aimerais avoir des ailes aussi fines que de la dentelle !

Dieu, là-haut, se laissa attendrir et pencha la tête vers sa petite flamme:

– Demain, tu seras fanée, ma fille, ta vie en un filet, se réduira. Tu remonteras au ciel et tu seras papillon !

Qu'elle était heureuse, notre petite flamme, qu'elle voltigeait sans cesse, butinant le lys, les roses, le chèvrefeuille, le jasmin, tous se pâmaient sous sa caresse, tous étaient amoureux de ce joli papillon aux couleurs chatoyantes ! Mais à mesure que le temps passait, le coeur de notre petite flamme devenait chagrin... quelque chose lui manquait; la Terre... Elle voulait toucher la terre, elle avait "besoin" d'être en contact avec les ondes telluriques, cela devenait vital de sentir son magnétisme, être plus près d'elle...

" Oh Seigneur, je n'ose vous demander, vous êtes si bon avec moi, vous supportez mes caprices sans jamais me gronder...

– Demande, mon enfant...

"Voilà, Seigneur, j'ai envie de bondir sur la terre, de courir, de sauter, de toucher la terre, je veux avec elle communier, fusionner. "

– Ainsi soit-il accorda le Père, je vais briser tes ailes de flamme et tu reviendras sur terre en miaulant...

Quelle adorable petite chose, quelle belle fourrure, oh qu'il était mignon ce chaton ! Qu'il était adorable et espiègle, qu'il était calin et joueur, qu'il ronronnait de plaisir, se frottant contre les poutres lorsqu'on lui donnait à lécher une pleine écuelle de lait tiède, fraîchement tiré !

Notre chat grandit vite, il fit les quatre cent coups, chassant les souris des greniers, des silos à grain, et puis il se lassa de cabrioler, de sauter, de courir, bondir, il dormit de plus en plus souvent, il n'avait plus envie de jouer avec la ficelle qui bougeait au gré du vent, il n'avait plus d'appétit, son poil ne brillait plus, son pelage était rèche, il chancelait lorsqu'il se levait, il gémissait en s'étirant... son coeur était de nouveau chagrin :

"Seigneur, je vous implore ! Dans votre indulgence profonde, vous me prodiguez vos bienfaits... J'ai été fleur, papillon, monde, chat, O Père, exaucez mes derniers souhaits...

Alors, dans un élan du coeur, Dieu vint chercher le vieux chat. Petite Flamme pleura, mais de bonheur, car l'Eternel la créait femme...

Ah elle fit de belles choses, cette femme-flamme, elle laissa marquée sa trace dans l'humanité, on parla d'elle dans les livres d'histoire, elle laissa une descendance florissante mais elle fut heureuse de regagner les Cieux, à un âge très avancé. Elle avait perdu la Terre, il lui restait les Cieux !

 

Un jour, une petite flamme se détacha du Bloc Divin et partit, pauvre petite âme, à la conquête du Destin. Longtemps elle erra dans l'espace, contemplant les mondes nouveaux, nébuleux, cachés dans leurs cocons brumeux, jouant avec les comètes, attrapant Rigel, qui voilait ses feux, elle était toujours active, jamais lasse... toujours par monts, toujours par vaux...

Un jour, la pauvre petite âme s'ennuya du Foyer Divin. Mais, hélas, la petite flamme ne savait pas retrouver le chemin...

Dans le ciel bleu, cherchant sa route, elle s'égarait dans l'immensité, elle regrettait son  tempérament aventureux, elle déprimait, en proie au doute, maudissant sa curiosité...

Mais, dans sa course vagabonde, les siècles avaient passé, son pur éclat s'était terni... Elle allait toujours, tandis que l'aube blonde, indifférente; resplendissait à l'infini... Vesper, Saturne défilèrent devant ses regards éperdus; Neptune, Uranus lui parlèrent du joli paradis perdu. Pauvre petite flamme, elle pleurait tant qu'elle émouvait même les vents violents qui rugissaient dans les gouffres profonds, entre deux atmosphères.

Au loin les Pléiades brillèrent, l'enveloppant de leur clarté, émues aux larmes. Arcturus, Véga scintillèrent de compassion, sur le chemin illimité...

Lasse, enfin, de sa longue course, ayant au coeur le noir tourment, Petite Flamme s'endormit...  La Grande Ourse la berça dans le firmament.

Elle s'éveilla sur la Terre, dans un berceau, dans le corps d'un petit enfant aux joues roses, à mine fière, au regard doux et caressant...

Un jour, une petite flamme retrouvera le Bloc Divin... En attendant, ô petite âme, poursuis doucement ton chemin...

 

 

L'ange Mémoire tourna lentement la tête vers Nuage qui n'osait bouger.

– Comprends-tu cette histoire, mon frère amnésique ?

Nuage frémit et s'ébroua. Il se sentait mal à l'aise, confus, honteux...

– Je crois que j'ai compris. Tu as voulu me rappeler que nous sommes tous des petites flammes, que nous avons tous été des larves noires avant de devenir des anges radiants, des Esprits avancés, c'est cela ?

Mémoire ferma les yeux sur un sourire de satisfaction. Nuage se souviendrait pendant quelques siècles, avant d'oublier de nouveau. Cela suffisait amplement.

– Oui, Nuage, je voulais que tu saches que l'Ange est à l'infini l'ennemi du monstre qu'il fut.

Nuage se releva, ému, un peu plus humble qu'avant et, regardant le chaos sombre et froid, il demanda:

– Puis-je me dévouer, mon frère ? Puis-je descendre dans le gouffre hideux, apporter la Lumière à ces pauvres malheureux ?

L'Ange-gardien sourit et dit en baisant le front de Nuage :

– Va, petite flamme, envole-toi, éblouis tes frères humains !

 

 

FIN

 

© auteur: Helena Grantham, texte déposé

terminé par Kyle S. 2004-2009

 

 

 

Par Helena Grantham - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : Contes et Légendes
Dimanche 15 novembre 2009

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                                                             FANTASTIQUE
                                                       Nouvelle : 9 pages web
                                                    Auteur : Helena Grantham
                                                               Année : 2005


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                                                      CE QUE DIT MA FILLE



Le vent du petit matin remuait les feuilles, le froissement s’accentuait en cadence, à chaque souffle. Les deux barracudas en costume sombre suivaient le vieillard, dans le parc, à son allure.

   – Ma fille dit que Vernon a avancé la réunion prévue en quinze, je n'ai pas été prévenu, comment cela se fait-il ?

   – En effet, monsieur le président, répondit le secrétaire, légèrement empourpré. Suite à l'O.P.A lancée par les russes, il a fallu prendre des mesures rapides et miss Vernon a décidé que...

Le vent fit tourner un rond de feuilles, le jeune Dylan; garde du corps émérite, suivit cette danse d'un oeil distrait, un instant fasciné.

   – Ma fille dit que ce ne serait pas tant le fait des russes qu'une opération lancée en sous-main par quelques membres du consortium, visant à racheter anonymement les actions du groupe russe...

   – Dans ce cas, votre fille a des sources que je ne possède pas, monsieur le président, bredouilla le secrétaire, de plus en plus empourpré.

Fronçant les sourcils, le jeune barraccuda en costume sombre se pencha à l’oreille de son aîné :

   – Je me trompe où ton président il déménage sévère ?

Le collègue lissa sa cravate et se pencha à son tour, discret :

   – Il a de quoi, le pauvre vieux... Il a tout son conseil d'administration contre lui, la présidente du conseil:Vernon, fait tout pour le faire interner, depuis cinq ans, date où il a perdu sa fille.

   – Il avait vraiment une fille ?

  – Une beauté arrogante et hautaine mais diablement intelligente, super-efficace, autoritaire et surtout: crainte de tous. Ca marchait droit avant dans la firme. Elle était son bras droit mais elle est morte renversée par un véhicule qui a pris la fuite; juste devant l'entrée de la Pederström Cie. La police n'a jamais retrouvé le chauffard, ils ont classé l'affaire, mais le président croit qu'on l'a tuée délibérément, il n'en démord pas. Depuis, il croit la voir partout, il prétend qu’elle est toujours à ses côtés, qu’elle lui parle, qu'elle le conseille... qu'elle le protège de ses ennemis...

Le jeune garde du corps se retourna prudemment pour regarder derrière lui ; on était toujours un peu parano dans ce métier.

   – Ses ennemis hein... murmura-t-il en baissant la commissure de ses lèvres.

   – Oui. C'est ce qu'il dit. Et moi je le crois aussi, sinon on serait pas là, à le suivre dans chacun de ses déplacements.

Du coup, le regard affuté du jeune requin passa les lieux au détecteur de présence... Voilà qui apportait de l'eau à son moulin. Alors ce n'était pas une simple lubie de vieux P.D.G. milliardaire qui se la jouait "mon précieux"... Il se sentait réellement menacé ?

Par la folie... ça, c'était couru d'avance! Mais, comme dans la famille Dylan on était dans la protection rapprochée de père en fils depuis au moins quatre générations; le garde du corps garda un léger pourcentage de méfiance dans un coin de son cerveau. Il y avait une chance sur un million que le vieux soit réellement en danger. On était jamais trop prudent...

 

Naturellement, il fallu suivre le vieux sur son yatch pendant tout le week-end, crevant de chaleur dans leur costard, sous le soleil de juillet. Garder un oeil sur le vieux alors que le pont regorgeait de filles dénudées à vous rendre aveugle. Franchement, fallait avoir le métier dans la peau pour supporter tant de torture...

Dylan s'approcha du président, subrepticement. Le vieil homme se dirigeait à petits pas vers l'arrière du yatch, pour admirer son invité qui pêchait au gros depuis plus de trois heures. Le garde du corps ne quittait pas son client des yeux, guettant le moment où le fragile milliardaire se pencherait un peu trop par dessus la rembarde, près à le chopper par le slip si jamais il avait un malaise subit... où si le pilote du yatch prenait un virage un peu sec... On ne pouvait décemment pas attacher un collier autour du cou d'un client pour l'empoigner en cas de chute, non plus.

Mais aucun plongeur sous-marin ne surgit des eaux salées pour s'emparer de son patron, aucun requin ne jaillit des profondeurs pour croquer le milliardaire...

Ils rentrèrent au port avec leur précieux client entier, un peu vacillant, un peu fatigué, mais vivant.

   – Ma fille me dit que vous êtes un professionnel accompli! monsieur Dylan.

   – Votre fille a le coup d'oeil, monsieur le président ! rétorqua-t-il en offrant au vieux une expression tout à fait redoutable.

Le président éclata de rire, acceptant volontiers l'aide du jeune barracuda plein de charme  (avait dit sa fille...) au sortir du bateau.

   – Ma fille dit que vous irez loin, jeune homme...

   – Aussi loin que vous irez, pour l'instant, monsieur Pederström.

Le vieillard secoua la tête, essuyant les larmes de rire au coin de ses yeux flétris.

Une fois le président à l'abri dans sa somptueuse demeure; une fois son rapport remis ; la journée de Dylan était terminée. Il se dirigea d'un pas flegmatique vers l'aile de la maison où se trouvaient les chambres du personnel, il se déshabilla avec soulagement, se déchaussa en poussant un soupir ravi, remua ses doigts de pieds, se versa un whiskey. Puis, il fit couler la douche et y resta longtemps, en sifflotant, en sirotant son alcool.

Dommage que la fille du président soit morte... Ce devait être un sacré spécimen...

 

 

Le lendemain matin, à trois mètres derrière le P.D.G, avec son collège, ils suivaient d'une allure d'escargot les deux hommes d'affaires qui devisaient.

Dylan se pencha, mine de rien, vers son aîné:

   – Elle était comment, sa fille ?  Physiquement je veux dire ?

Le collège se racla la gorge:

   – Chut... parle pas si fort, il pourrait t'entendre. Y a des photos d'elle partout: dans son bureau, et à la propriété. C'était vraiment un beau brin de fille, avocate sortie tout droit de Harvard, un vrai requin en affaire, ne lâchant jamais sa proie quand elle mordait, un caractère en acier trempé. (le collègue tourna la tête une seconde vers Dylan) et elle ne se serait même pas aperçue de ta présence.

Le vieux Pederström ralentit sa marche, tournant légèrement la tête vers les deux hommes armés :

   – Mais bien-sûr que si voyons ! Ma fille apprécie énormément Dylan.

Le jeune homme retint un sourire de satisfaction. Le président était peut-être faible du palpitant, rouillé de partout mais il était loin d'être sourd...

 

 

 

Dylan faisait les cent pas calmement, dans cette salle de bal gigantesque de la propriété du président. Difficile de garder un oeil sur son client parmi la centaine d'invités qui s'agglutinait autour de lui, qui s'extasiait à qui mieux mieux en parlant des absents; leur flûte de champagne à la main...

   – Ma fille dit que votre père présidera à la soirée de thanksgiving?

   – Mais oui, c'est vrai, il a été réélu pour quatre ans, je n'ai même pas eu à vous l'apprendre, c'est incroyable, mon cher président !

Dylan eut un rire silencieux. Ce vieux grigou de Pederström savait tout avant tout le monde, et sa fille était une très bonne excuse pour n'avoir pas à citer ses sources. Le président n'ignorait rien, on ne pouvait rien lui cacher, il avait une sorte d'antenne qui captait même les conversations secrètes.

Son oeil de lynx accrocha le regard fixe du serveur. Il regardait le président comme s'il était derrière la lunette d'un fusil à longue portée... Aussitôt, "parano mode on" déclenchée, il ne lâcha plus le type des yeux.

Dans son oreillette, il fit part de sa méfiance à son collègue, guère loin de leur client... Ceci fait, il reprit sa promenade tranquille au milieu des centaines de smoking et robes de soirées qui paradaient, brillaient tous de leurs meilleurs feux, ayant chacun des intérêts certains à se faire remarquer, à approcher, à parler, à retenir l'attention du président sur leur petite personne, sur leur petit projet, sur leur plan de magouilleur-trader.

   – Ma fille dit que vous avez été racheté ? Vous m'en voyez navré, j'aurais peut-être pu vous aider si vous m'en aviez touché deux mots, mon cher ami...

Dylan repéra une jolie brunette, et il fit quelques pas pour s'éloigner du troupeau de sangsues qui entourait le président.

   – Ma fille dit que vous n'avez aucune chance, mon jeune ami, fit le noble vieillard en levant les yeux au plafond.

Dylan, aussi surpris qu'un puceau dans la chambre d'une dame, toussota et dit :

   – Dites à votre fille que j'ai toujours eu de la chance, au contraire...

Le regard du président se plissa de rire. Dylan fit demi-tour, les mâchoires serrées. Il avait le coeur emballé. Merde alors, il se sentait aussi stupide que si la fille du président avait réellement été là... Qu'elle avait réellement deviné son intention d'aller discuter avec cette brune aussi attirante qu'une Zeta-Jones...

 

 

La soirée se termina doucement, vers trois heures du matin, où le président déclara vouloir se retirer, il se sentait fatigué.

Dylan trouvait remarquable qu'il soit encore debout à cette heure avancée de la nuit. Il en toucha deux mots à son collègue, et ils montèrent aux étages, accompagnant le vieil homme à ses appartements.

   – Merci messieurs, je n'ai plus besoin de vous. Merci Dylan, ma fille vous remercie également. La police a embarqué ce serveur qui n'en était pas un. Il était armé, mais je suis hors de danger. Grâce à votre oeil de lynx.

   – Je n'ai fait que mon job, monsieur le président.  Et c'est moi qui remercie votre fille d'être toujours à vos côtés. Bonne nuit, monsieur Pederström.

Il redescendit au rez-de-chaussée, content de lui. Ce vieillard n'avait rien d'un pompeux trou-du-cul, comme beaucoup de milliardaires pour qui il avait risqué sa vie. Le président était un homme simple, qui respectait autrui. Et le fait qu'il yoyotte légèrement de la touffe le rendait à ses yeux encore plus attachant. Tant qu'il serait dans l'orbe du président, il ne lui arriverait rien, foi de Dylan. Il traversa le hall immense, se dirigeant vers le buffet. Il se fit servir un verre et surveilla le départ des derniers invités.

La jolie brunette était toujours là, elle retardait son départ s'entretenant avec le majordome. Elle n'avait pas un physique quelconque, et notre spécialiste de la protection rapprochée fit un zoom flagrant sur la cible...
Dylan faillit s'étrangler avec son whiskey lorsqu'il vit la brune égérie tourner la tête vers lui, comme si elle entendait ses pensées. Non seulement, elle le dévisageait fixement mais il la vit marcher résolument vers lui. Il rangea sa parano une seconde dans sa poche, passant en mode "have a drink and relax"...

   – Vous êtes l'un des gardes du corps du président Pederström, n'est-ce pas ?

   – Votre perspicacité m'éblouit, mademoiselle.

La jeune fille sourit et baissa les yeux sur la flûte de champagne qu'il lui tendait.

   – Laissez-moi deviner, poursuivait-il, sourire déployé : vous êtes journaliste et vous souhaiteriez obtenir un entretien privé avec le président.

Dylan admira le jeu des paupières papillonnant, les joues rosissant, et les yeux devenant ultra-brillant.

Cette fille avait un charme infaillible, et elle savait s'en servir pour arriver à ses fins. Dylan se brancha en position "warning"...

   – Je ne suis pas journaliste au sens où vous l'entendez, cher monsieur. J'accompagnais le juge Welcott, mais je l'ai laissé rentrer seul. Je souhaitais, en effet, obtenir un entretien, mais pas avec le président...

Avec moi ? se dit Dylan in petto, se faisant d'avance des films sensuels sur l'écran noir de ses nuits blanches...

   – Non ? demanda-t-il d'une voix insinuante, le regard plongeant  de biais dans le décolleté pigeonnant de la brune demoiselle.

La demoiselle en question but une gorgée de champagne, passa une langue rose sur ses lèvres, et poussa un soupir à vous faire fondre comme un cold-cream au soleil...

   – Je souhaitais obtenir un entretien particulier avec la jeune femme qui accompagnait le président, et dont j'ignore totalement le nom...

Dylan eut une seconde de flottement... Il leva un sourcil sceptique et baissa la tête vers la brunette, qu'il fixa droit dans...  (son regard remonta à regret) les yeux:

   – Le président a discuté avec de nombreuses personnalités au cours de la soirée, mademoiselle; j'ignore de quelle jeune femme vous me parlez.

Le sosie Zeta-Jones afficha sa déception, avant de décider qu'elle n'avait aucune envie de se faire éconduire par un garde du corps trop rigide.

   – Mais si voyons, elle s'est tenue aux côtés du président, toute la soirée ! S'il vous plait, monsieur, soyez sympa, je veux juste faire sa connaissance, vous savez ce que c'est, non ?

Dylan prit la jeune fille par les deux épaules, la força à se reculer de quelques bons centimètres. Il était légèrement chamboulé par ses affirmations de la belle, et il lui fallait de l'air.

   – Vous dites que vous avez vu une jeune femme qui se tenait à côté du président, et ce, tout au long de la soirée ?

La brunette le dévisagea soudain avec cet air interrogatif qui montre qu'elle doute de votre bonne santé mentale...

   – Vous me faites le coup de l'amnésique où vous espérez me dissuader en jouant les Docteur Jerry ?

Dylan trancha, poussant la sublime brunette dans le dos, d'une main persuasive :

   – Sortons dans les jardins, si vous le permettez; nous discuterons en marchant.

La brunette se fit réticente d'un coup, elle se rembrunit, les semelles collées aux dalles de marbre :

   – Ecoutez, Mr Love, je ne veux pas faire de promenade avec vous au clair de lune, je veux juste rencontrer cette personne, où, à défaut connaître son nom; et ça, vous pouvez me le donner sans me faire votre numero de charme !

Dylan lui aussi se lassait :

   – Ecoutez, Miss Zeta-Jones... moi non plus je ne veux pas faire de promenade au clair de lune, et soyez rassurée; je ne veux pas plus vous charmer que vous épouser. J'ai besoin d'inspecter les jardins car je suis en service, et j'ai surtout besoin que vous me décriviez cette fameuse jeune femme que vous affirmez avoir vue tout au long de la soirée, aux côtés du président Pederström ! Est-ce plus clair pour vous ?

Dylan ne sut jamais si c'était plus clair, la demoiselle semblait complètement désarçonnée. Elle accéléra le pas dans la fraicheur vespérale de la douce allée bordant le lac artificiel, fit demi-tour afin de se retrouver face à face avec Dylan qui dut piler sec  pour éviter de lui rentrer dedans...

   – Q-q-uoi... bafouilla-t-elle, les yeux éperdus, ce que vous dites n'a absolument aucun sens... (elle fronça les sourcils, concentrée sur ses propres pensées, subitement consciente que le garde du corps pouvait dire vrai). Vous voulez dire que... que je serais la seule à avoir vu la personne que je dis avoir vue ?

Dylan leva deux sourcils, dodelina de la tête et inspira longuement:

   – J'en ai bien peur...

   – Je vois...

Dylan en resta comme deux ronds de flan, la mâchoire tombant de deux étages:

   – Vous voyez ? Ah bon ? Dans ce cas, soyez assez aimable pour m'éclairer parce que moi, je nage dans les ténèbres depuis cinq minutes et pour un garde du corps, ça la fout plutôt mal de ne pas voir qui gravite autour de son client !

La jeune femme leva la main, comme pour stopper toute explication, où lui intimer le silence. Dyla obtempéra, poussant la jeune femme de côté, pour reprendre sa ronde parmi les splendides massifs floraux peuplés d'ombrages qui devaient être propices à la rêverie, le jour, agrémentés par ces magnifiques statues orphiques, mais qui la nuit, formaient des milliers de niches vertes où un intrus, un malfaiteur, un tueur, pouvaient se dissimuler.

   – Non, c'est uniquement ma faute... je me suis laissée emporter par ma...

Elle resta silencieuse, à regarder la baie lumineuse, au loin... Dylan attendit la suite, patient. Il n'aimait pas l'irrationnel et en ce moment, rien de ce que disait cette attirante beauté ne semblait rationnel.

   – Par ma ? s'impatientait-il.

Elle reprit ses esprits, baissa la tête sur l'allée cimentée qu'ils arpentaient, au milieu des azalées roses, des buissons immenses entourant la somptueuse propriété du président de la Pederström Compagnie.

   – Veuillez m'excuser, je crois que je me suis trompée, ce n'est pas la personne que je croyais connaître, en fait... (elle frissonna, comme pour se débarrasser d'un fardeau pesant sur ses épaules grâciles depuis une éternité) J'ai commis une erreur, je suis confuse. Pardonnez-moi de vous avoir fait perdre votre temps. Au revoir.

Dylan attrapa son bras fermement tandis qu'elle s'enfuyait à pas précipités. Sa main broyait sa chair et elle fut stoppée brutalement dans son élan.

   – Hey !!! Vous me faites mal !

   – Je sais. Mais vous ne partirez pas d'ici tant que vous ne m'aurez pas tout expliqué ! Allez, soyez sympa, et dites-moi ce que j'ignore!

La jeune femme donna l'impression qu'elle allait entrer en éruption. Dans l'instant, sa fureur était très... visible. Dylan se douta que l'explication qu'elle refusait de lui fournir ne serait pas – non plus – très... rationnelle. Il prit les devants:

   – Même si votre explication semble compliquée, incroyable, extra... ordinaire, je veux l'entendre. Alors calmez-vous et marchons tous les deux en attendant, voulez-vous ?

De guerre lasse, la jeune femme poussa un méchant soupir pour évacuer la tension accumulée. Elle laissa passer quelques longues secondes de silence, peut-être pour se calmer, compter jusqu'à vingt... où bien pour préparer Dylan à ce qu'elle allait dire.

   – Depuis mon enfance, j'ai quelquefois des visions, je crois voir des choses, des personnes, alors qu'en fait, il n'y a personne... Ces visions ne sont que... des visions, disons qu'elles font partie de moi. Enfin... pas de moi, mais du passé. Elles... n'existent plus mais me paraîssent si réelles que, parfois...  quelquefois... (elle souffla) très souvent même, je me fourre dans des situations embarrassantes, inextriquables... Les gens me croient ivre, droguée, folle, que sais-je encore !... Je les effraye.

Dylan hocha la tête. Il visualisait très bien ce que croyaient les gens. Il avait un patron de la même catégorie, chaque jour, sous les yeux, depuis un mois. Mais il était avant tout un garde du corps et il avait besoin de savoir:

   – Connaissez-vous le président Pederström ? 

Elle fit une moue d'ignorance, secoua la tête négativement:

   – Non, je sais juste qu'il est l'hôte de la soirée, sans plus. Le juge Welcott est un vieil ami de mon père, il m'a invitée à venir avec lui, histoire d'être en bonne compagnie pour arriver, mais sinon; c'est la première fois que je viens ici. Ce n'est pas tout à fait le monde dans lequel je vis ordinairement.

Dylan, sans le montrer, était soulagé. Soit cette jolie brune mentait avec aplomb, soit elle disait la vérité et cette seconde option, il était tout à fait prêt à y souscrire.

   – Alors cette jeune femme que vous avez vue se tenir aux côtés du président, tout au long de la soirée... pourquoi vouliez-vous tant faire sa connaissance ?

Et là, Dylan comprit - un peu tard - qu'il ne connaissait plus vraiment les femmes... Il vit son interlocutrice rougir, bafouiller... et dire, confuse... qu'elle avait cru qu'il y avait "quelque chose" entre elle et cette fille qui lui avait envoyé des regards très intenses, toute la soirée.

   – Wow...  je vois ! fit Dylan en baissant le menton sur sa poitrine, encore plus déçu, désapointé... 
Il ne voyait plus rien, au contraire: pour lui c'était le noir complet. La totale!... S'il ne parvenait plus à différencier une lesbienne d'une femme qu'il trouvait à son goût... il était plutôt mal barré pour l'avenir.

   – Non, pas du tout, vous n'y êtes pas ! se défendit-elle, les joues en feu! Ce n'est pas ce que vous croyez ! (elle était de plus en plus confuse, gênée, déstabilisée, à mesure qu'elle réalisait ce à quoi il faisait allusion) Non! Je ne suis pas ce genre de femme (elle poussa un petit rire cristallin)... Je n'aime pas les femmes à ce point là, vous vous fourvoyez...

Allez savoir pourquoi, ce fut Dylan qui se sentit énormément soulagé qu'elle n'aimât pas les femmes, d'un coup...

   – Okay, alors, vous et cette femme que vous êtes seule à voir, vous avez échangé des regards électriques, toute la soirée ? C'est bien résumé ?

Un sourire timide lui échappa, la rendant encore plus désirable :

   – Oui, c'est bien résumé. Et ma curiosité était vraiment piquée, je voulais savoir pourquoi elle m'avait fixée ainsi pendant près de six heures, tout en discutant à l'oreille de notre hôte... Je m'étais imaginé plein de choses, et pas toujours de jolies choses...

Dylan eut un rire bref, sec :

   – Ah, vous aussi vous êtes du genre parano "mode permanent on" ?

Elle répondit à son rire, elle était radieuse, ainsi.

   – Oui, je suis méfiante de nature, mais avec ce que je "vois" sans arrêt, cela peut se comprendre n'est-ce pas ?

   – Tout à fait, miss. Et je vous comprends tout à fait. Pourriez-vous me décrire cette femme ?

Il vit la demoiselle lever son regard de velours vers la nuit étoilée, pour se remémorer les traits de son apparition.

   – Elle était élancée, mince, les cheveux auburn très longs, coiffés avec soin. Elle portait un tailleur chanel beige rosé, très strict qui la moulait à la perfection tout en jurant avec les robes de soirée que nous portions toutes, ce soir.

Dylan s'arrêta, prit les mains de la demoiselle :

   – Je crois savoir qui est la personne que vous avez vue. Mais je dois l'identifier avant de vous affirmer que je sais qui elle est. Si vous avez la patience de m'attendre, je vous donnerai une réponse d'ici une heure, le temps de faire ma ronde.

Un éclair de - regret ? lassitude ? - voila les prunelles brunes de la jeune fille. Il faisait nuit, il faisait noir, et il commençait à faire très frais... Dylan comprit aussitôt et il lui déposa un trousseau de clés dans la main.

   – Ma voiture est sur le parking : la nissan supra bleue.

   – Merci, c'est très aimable de votre part. Mais j'ignore toujours votre nom.

   – Veuillez m'excuser, l'habitude. Je m'appelle Dylan. Reese Dylan, lança-t-il, s'éloignant déjà.

   – Je suis Elisabeth Harper: journaliste de mode. Enchantée de vous connaître, Reese Dylan ajouta-t-elle, plus fort.

Dylan avertit son collègue qu'il montait aux étages, après avoir jeté un oeil dans les jardins. Il communiqua son intention de faire le tour des appartements privés du président. Le collègue n'y vit rien à redire.

Dylan ouvrit la porte du bureau en douceur, s'avança à pas de loup sur la moquette, s'approcha du cadre doré qui trônait en bonne place, au dessus de la cheminée. Le portrait de sa fille. Une jeune et ravissante femme au front volontaire, de longs cheveux auburn, coiffés avec soin; superbe, dans une robe de jour très chic, chaussures et sac à main assortis...

Il se retourna vers le bureau, vers le petit cadre en verre. Et il reconnut la jeune femme dont Elisabeth lui avait dressé le portrait. Tailleur beige rosé qui moulait sa silhouette parfaite, tout en étant strictement conventionnel.

Elisabeth avait "vu" la fille du président, à ses côtés, toute la soirée...


Une médium ? C'est bien ainsi que l'on nommait ceux qui avaient ce genre de vision, ceux qui voyaient, entendait, communiquaient avec les... morts, non ?  
Dylan poussa un petit rire muet, étonné de sa propention à croire à l'irrationnel, alors qu'il était le genre "sceptique number one" depuis qu'il était en âge de raisonner.

 

 

Le lendemain, marchant tranquillement à trois mètres derrière le président qui trottinait, lors de sa promenade matinale, il tentait d'apercevoir, de "deviner" la présence de ce fameux fantôme en Chanel...

En vain... Ce devait être très déstabilisant pour Elizabeth, d'être entourée de revenants, de fantômes. Ahhh... Elizabeth, rien que d'y penser le faisait sourire aux anges, bêtement... Il était en grand danger, oui mes enfants! En grand danger de tomber amoureux...

A cet instant précis le président ralentit sa marche, puis s'arrêta. Il fit demi-tour, dévisageant Dylan avec cet air paternel dont il le gratifiait depuis le premier jour.

   – Ma fille dit qu'elle serait enchantée de rencontrer votre amie Elisabeth, au jour et à l'heure qui lui conviendront.

Dylan, totalement pris de court, confus et surpris en son for intérieur; garda une expression totalement inexpressive et dit :

   – Je transmettrai le message, monsieur le président. Remerciez votre fille pour sa compréhension.

Le président reprit sa promenade, les mains dans le dos, le nez au vent; assisté de son fidèle secrétaire.

Dylan fit mine de ne pas voir son collègue qui se rapprochait dangereusement de lui, la bouche en coin:

   – Tu joues à quoi là ? On peut savoir ?

Dylan lui adressa un clin d'oeil:

   – Je ne joue jamais. Je suis un professionnel accompli, parait-il.

Le président éclata de rire...

 

 

 

 

FIN

© Auteur : Helena Grantham, 2005

 

 

 

 

 

Par Helena Grantham - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : Les manuscrits volants
Dimanche 15 novembre 2009

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                                                             POLAR/FICTION  
                                                         Nouvelle : 8 pages web
                                                     Auteur : Helena Grantham
                                                         Année : 2006-2008
                                                                 Pour adultes

                                            
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                                                           DE MA FENETRE



Le capitaine de police Kyle Stratton se figea un moment lorsqu’il vit l’enveloppe dans son courrier. Il fronça les sourcils, prit l’enveloppe et la retourna. Elle était adressée à son nom, mais envoyée au commissariat où il avait son bureau.

Kyle reconnut immédiatement l’écriture fine, élégante malgré la souffrance de la main qui peinait à tracer ces quelques mots. Les larmes montèrent de nouveau dans ses yeux. Recevoir un courrier de la main de Lenor alors qu’il avait assisté à ses funérailles hier portait un sacré coup au coeur et au moral.

Il se racla la gorge, essuyant une larme échappée à sa vigilance, fronça de nouveau les sourcils, retourna l’enveloppe de chaque côté puis se décida enfin à l’ouvrir.

L’enveloppe en contenait une autre, plus petite, qui stipulait en majuscules énormes :

"En cas de décès".

Quel humour macabre, déplora-t-il avant de se faire une raison. La gorge serrée, les yeux mouillés, il déplia la feuille froissée et parcourut avidement cette prose hâchée, tarabiscotée, qui démontrait que la main qui l’avait tracée ne pouvait que mal tenir un crayon, tel le dernier souffle d'une vie devenue trop lourde à porter.

Plus il lisait, plus son visage se fermait. Il laissa échapper un juron, chose qui jamais ne lui arrivait d'ordinaire, il empoigna le téléphone, composa le numéro intérieur de son supérieur :

   – Commissaire Chabanne ? J’ai des éléments nouveaux au sujet de l’affaire du tueur à la chaussure. Vous n’allez pas aimer ce que je vais vous dire...

 



Je suis une pauvre chose amorphe, immobile, encore en vie mais si peu... Et je m’ennuie.

Je vais zapper le chapitre larmoyant sur le pourquoi et le comment j’en suis arrivée à cet état de moribonde, ce n’est pas le sujet de cette histoire. Néanmoins, depuis bientôt six mois, en dépit de ma dernière crise qui m’a considérablement diminuée, je suis clouée au lit, mais ce n’est pas pour autant que c’est le grand sommeil. Je ne quitte plus la chambre, c’est tout : je n’ai plus de forces, je suis anémiée, épuisée. Mes seuls voyages exotiques ; comme le disait notre ami Brel, vont du lit au fauteuil roulant (qui ne roule pas) et du fauteuil au lit d’hôpital (qui roule).

Donc, me voici devant vous, vieille grabataire de vingt-huit ans, condamnée à user son osseux fessier fleuri d’escarres sur ce fauteuil. Je passe pratiquement tout mon temps à la fenêtre de ma chambre, à regarder du matin au soir le même panorama que je pourrais décrire les yeux fermés. Nous habitons sur les hauteurs de la ville ; ce qui ravit mon médecin qui m’avait conseillé "l’air pur", et qui m’offre quand même une belle vue. Cependant, quand le soleil se lève et inonde le ciel de ses chauds rayons lumineux, mes yeux pleurent sans s’arrêter.  Mes muscles se refusent à tout mouvement depuis peu aussi j’ai énormément de mal à m’essuyer les yeux avec mes doigts... Me suis donc résolue à fermer les paupières pendant un certain laps de temps, en attendant qu’une bonne âme vienne faire passer le soleil de l’autre côté de la maison... où que mes yeux sèchent.

 

Vous me direz, pourquoi ne pas appeler quelqu’un ?
Judicieuse suggestion !
Avant, voyez-vous ; dès que j’avais un pépin, un problème, un souci, un besoin, une envie... bref ; je couinais pour donner de la voix ( il m’en reste encore un peu) pour appeler l’infirmière, ou mon mari, mes copains, ma belle-mère. Cette dernière est proche de la retraite et habite aimablement avec nous pour des raisons autres que ma santé personnelle mais ça m’arrange bougrement ! Ma belle-mère m’est d’une grande aide, c’est une femme adorable qui m’a toujours aimée pour ce que je suis et non pas pour ce qu’on attend que vous soyez. Elle est très serviable et ne recule devant aucun sacrifice pour m’être agréable mais très vite, j’ai décelé dans son regard le prélude d’une lassitude, généralement suivie par un ras-le-bol bien compréhensible chez une femme qui n’est plus très jeune et dont la circulation sanguine n’est plus à son top niveau. Aussi, j’évite de lui faire grimper les deux étages à chacun de mes petits caprices.

 

Je ne vous en voudrais pas si vous argumentiez qu’il était stupide de m’avoir cloîtrée aux étages au lieu de me laisser vivre au rez-de-chaussée, mais – bien que je n’en aie aucun souvenir – il paraît que j’aie eu de fortes tendances suicidaires ces derniers temps et mon mari me tient volontairement éloignée de tout ce qui le priverait de sa "moitié". Je n’exagère pas : mon mari est un géant d’un mètre quatre vingt quinze et moi une naine – je plaisante mais il pourrait même m’appeler son "quart" vu ce qu’il reste de moi aujourd’hui.

Il n’y a que dans cette chambre, au second, que je ne risquais pas de me trancher quoi que ce soit ni d’avaler quoi que ce soit susceptible de me transformer une seconde fois l’estomac en passoire...

 

Matin et soir, une infirmière aux manières musclées d’un coach vient à la maison me lever, me laver et me coucher. Elle me change ma sonde stomacale et s’assure que les repas liquides sont bien posés sur la pompe pour la journée. La sonde, c’est parce que je faisais trop souvent des fausses routes lorsque je pouvais encore manger du solide. S’étouffer trois fois par jour, ca devenait pénible, alors j’ai opté pour la nourriture petits vieux... c’est moins plaisant mais très pratique pour une adepte de la pilule repas que j’ai toujours été.

Parfois, l’infirmière joue aux fléchettes avec ses seringues, sur mes fesses mais juste lors de mon traîtement... mes traîtements... mes dizaines de traîtements !

Ma belle-mère s’occupe de son fils et de sa petite fille à plein temps, à notre grand soulagement : Adam étant absent du matin à très tard le soir, ( je le soupçonne d’aimer plus son associé que sa femme ) j’avoue qu’elle a été une véritable bouée de sauvetage pour nous. De plus, j’entends leurs rires matin et soir et ça suffit à mon bonheur. J’ai habitué très tôt mon bébé adoré à ne plus m’avoir sous les yeux telle que je suis devenue, cela facilitera mon départ et lui épargnera des souvenirs marquants. Je vous parle de mon départ comme si j’en avais programmé la date, mais en fait, je n’en sais rien, les médecins, toujours d’une positivité à faire hurler de peur, envisagaient il y a peu de temps encore que je pourrais vivre des décénies comme ça...

Au secours !

 

 

       

Mes amis britanniques (ces bandes de Pollux n’ont pas souhaité se faire naturaliser français lors de leurs dix-huit ans) : Johanna et son frère Benedict viennent chaque vendredi soir, avant de partir en week-end sur l’île de Ré ou Jo a une immense propriété, un don d’un très très riche et très très vieil ami (il devait être centenaire quand elle l’avait « entrepris !») Mon super ami Kyle, (le gay ? dirait Benedict) avait voici trois ans laissé tomber son super job d’avocat pour rentrer dans la police judiciaire comme officier rattaché à la gendarmerie nationale. En fait, il visait le poste de commissaire (le grade master lui était acquis sans problème) et lorsque nous avons appris sa promotion au grade de capitaine, la nouvelle nous a vraiment ravis.

Une semaine après, il se décidait enfin à passer me voir pour me présenter son ami (un médecin légiste qui m’a énormément aidée dans mes recherches, en me parlant de son métier). Entre eux, ça avait l’air sérieux. J’étais sincèrement heureuse pour Kyle qui mourrait littéralement de chagrin à chaque rupture et me tenait des heures au téléphone, geignant que la vie ne lui était plus rien, qu’il ne survivrait pas à ce nouvel échec sentimental... que cette vie était l’enfer... bla bla bla... quel chochotte mon Kyle...

Thierry vit toujours dans l’Essonne avec sa femme et leurs deux enfants. Il vient de se faire démarcher par le concurrent principal de sa boite et... il a accepté le poste deux fois mieux rémunéré, le bougre ! Jérome est parti pour le sud de la France avec un petit pincement au coeur car il est en plein divorce et ne pourra pas remonter sur Paris très souvent pour voir ses enfants. J’ai deux autres amis que j’ai connu sur le chat d’internet, un surveillant pénitenciaire du nord – my pal – et un militaire qui vit carrément à l’est, ils ignorent tout de mon état actuel et ils l’ignoreront toujours ; c’est aussi bien ainsi.

Quand les gens vous croient en bonne santé, c’est vous qui les consolez, c’est vous qui les écoutez des heures durant parler de leurs soucis, leurs peines de coeurs, leurs déboires économiques... quand vos amis ignorent à quoi vous ressemblez, (une minnie four eyes délabrée ?) ils se comportent avec vous comme si vous étiez la seule personne aisée du monde, personne en bonne santé physique et morale, qui possède tout par rapport à eux, qui n’a aucune traite ni facture à régler, ce qui fait qu’il disent plus facilement ce qu’ils pensent de vous quand vous les agacez un brin...

Pardon, je digresse encore... Où en étais-je ?

Ah oui...  Donc, le dernier cadeau en date de la part de notre bande de copains british, à mon chéri et à moi, fut une longue vue terrestre super puissante. C’est ma seule compagne désormais et toutes les deux, on a vu énormément de choses. Comme l’autre soir, par exemple...

 

Sur le coup, j’ai eu une peur de tous les diables, à regarder cette scène atroce, rien qu’à y repenser j’en frissonne encore... Je vais vous raconter tout ça, j’espère que vous avez le coeur solide.

La jeune femme marchait vite, j’aurais pu entendre résonner ses talons sur le macadam rien qu’en fermant les yeux. Elle semblait nerveuse, fébrile... se retournait fréquemment, comme si elle craignait d’être suivie.

Sa peur était fondée car plus loin, une cinquantaine de mètres derrière elle, j’ai aperçu un mec, les mains enfoncées dans les poches, le col de son pardessus relevé, qui avançait à grandes enjambées déterminées.

La femme a accéléré le pas, l’homme aussi.

Je l’ai perdue de vue quand elle a tourné au coin du parking à cause des grands peupliers qui formaient un véritable rempart mais bien vite, elle a réapparu dans mon champ de vision. J’ai vu l’homme qui piquait un cent mètres et là, j’ai compris que la femme était vraiment en danger : l’homme la pistait bel et bien.

 

Il a pris un autre chemin et pendant quelques secondes, je me suis dit que je me faisais des films, il était juste pressé de rentrer chez lui, lui aussi. Il y avait toujours un ou deux petits malins qui garaient leurs voitures sur le parking de ce supermarché fermé depuis longtemps, ce qui leur évitait d’avoir à casquer pour une journée de parking sur les payants, à la gare...

 

La femme se retournait toujours très fréquemment, je suppose qu’elle a dû l’apercevoir de nouveau parce qu’elle s’est mise à courir. Je ne pus m’empêcher de penser que les femmes jouaient les vamps avec leurs escarpins mais dans l’instant, elle devait largement les  maudire, ses talons, en s’apercevant qu’elle ne parvenait pas à échapper à son agresseur !

Mon coeur entamma le même rythme que ses foulées angoissées et je haletais.

Deux secondes plus tard, j’apercevais l’homme qui courait derrière elle et mon coeur fit un bond ! Il me défonçait la poitrine ! Mon Dieu, faites que ce ne soit pas ce que je pense qu’il va arriver, par pitié, je ne veux pas être témoin de ça !!

Ils couraient tous les deux, la femme avait la bouche grande ouverte, elle devait hurler de terreur, l’homme courait comme un dératé, il gagnait du terrain sur la femme qu’il jeta à terre d’un bond.

Elle tomba de tout son long sur un vieux matelas qui – quelle chance ? ou quelle ironie ? – se trouvait là, le long du bâtiment vide, sorte d’alcove représentée par l’angle droit de deux murs. D’ici, personne ne pouvait les voir.

Sauf moi et ma longue vue...

Je savais ce que j’allais voir, étant auteur, j’ai souvent décris ce genre de scène violente dans mes romans et ce soir là, j’étais partagée entre fermer les yeux pour ne pas voir ça, et regarder pour pouvoir éventuellement témoigner... rapporter ce qu’il s’était passé à la police.

 

La femme s’est débattue de toutes ses forces, l’homme l’a giflée à plusieurs reprises, il l’a même cogné à la mâchoire et profitant de son court moment d’inconscience, il l’a déshabillée avec des gestes brutaux d’impatience. La femme, sonnée, tentait de l’en empêcher mais il lui maintenait les mains clouées au sol par le poids de son corps.

Il arracha son collant, son slip et je fermais les yeux, le coeur au bord des lèvres. Pourquoi fallait-il que ce genre de chose tombe toujours sur moi ? Que pouvais-je faire ? Toute seule à la maison, avachie dans mon fauteuil, sans aucun téléphone à portée de doigt ?

Rien...

Je reportais mon regard sur la scène du viol et là... j’avoue que j’ai poussé un juron de stupéfaction.

   – Putain de merde !

L’homme violait la femme de toute son énergie criminelle, c’était flagrant, mais... uh... la femme participait au crime. Pour décrire cruement la scène : le type la bourrait comme une chèvre et elle, la tête en arrière... bah, elle prenait son pied, les lèvres formant des « oh oui ! » à répétition ! Mon premier film porno...

Si on m’avait dit !

 

J’étais sidérée ! Je les ai regardé jusqu’au bout, outrée et soulagée ... Ces salauds n’étaient que deux fornicateurs pervers qui mettaient en pratique leurs petits jeux sexuels... Quelle bande de... d’idiots ! Ils m’avaient fait une peur bleue.

 

Ils avaient fait leur truc, ils étaient crevés et en sueur tous les deux, s’embrassaient tendrement, devaient se dire des mots sensuels à l’oreille, mots cochons ou mots de tendresse... qu’importe, ils étaient en vie et je n’aurais pas à me dire que j’avais été le témoin d’un crime par longue vue interposée.

Le reste, ce n’était pas mes oignons. Adam et moi on avait fait une croix sur le sexe depuis...

Zappe !

 

Ils se relevaient, se rhabillaient tant bien que mal, les vêtements malmenés, déchirés... L’un contre l’autre, ils marchèrent lentement, l’homme entraîna la femme vers une voiture qu’il avait parkée sur le bitume laissé à l’abandon depuis la fermeture du centre commercial précédant la démolition de la cité dortoir.

Les pervers ; ils avaient tout prévu en plus ! Je me permettais un sourire : les adultes étaient vraiment des désaxés, quand je pense qu’on engueulait les ados parce qu’ils ne pensaient qu’au sexe ...

Ils se pimentaient la vie, après tout, si ça leur plaisait de jouer à ça, je n’avais pas à les juger.

Chacun a ses vices, ses tares, ses préférences et chacun est maître de son corps. Le sexe et ses dérives m’ont souvent écoeurée mais je n’étais pas une grenouille de bénitier frigide qui se signe dès qu’elle voit une scène de cul à la télé... Mon mari et moi avons bien vécu de ce côté là, même si le temps fut court...

Revenons à nos fornicateurs. Ils grimpèrent dans le véhicule, une belle voiture gris métallisée et sans le vouloir, je notais mentalement le numéro de leur plaque d’immatriculation, quelques chiffres faciles à retenir pour moi ; avant qu’ils ne disparaissent de mon champ de vision. Pour dire quelle genre de voiture ils avaient, c’était plus difficile, je n’y connaissais plus grand chose aux voitures mais je notais quand même que c’était une belle et imposante BMW.

 

La voiture pila soudain quelques dizaines de mètres plus loin et je les vis sortir de nouveau, et se pencher sur un tas de détritus posés sur le monticule herbeux près de l’endroit où se trouvaient jadis les poubelles du supermarché.

J’aurais voulu pouvoir zoomer pour en faire autant.

Je sursautais en voyant dépasser une jambe !

Belle jambe de femme, terminée par un soulier de cuir bleu marine. Ils me bouchaient la vue, la femme était en train de vomir et l’homme la soutenait à contrecoeur.

Ils se reculèrent et là, j’eus une vue d’ensemble de l’horreur.

C’était un cadavre de femme dénudée. On l’avait jetée comme un vulgaire paquet de linge sale. Elle avait une jambe repliée sous elle, déchaussée et l’autre tendue comme pour montrer son bel escarpin : « T’as vu ? Eram, 55.90 € ».

 

L’homme se mit à tourner en rond de manière agaçante, comme si ses plans venaient d’être foutus en l’air. Il sortit son portable et il parla longuement au téléphone tandis que la femme allait s’adosser à leur voiture. Elle semblait aller très mal, ne pouvait détacher ses yeux horrifiés du cadavre.

La police avait dû se dire que rien ne pressait : ils ne sont arrivés que trente minutes plus tard.

Ils ont sécurisé le périmètre avec du ruban jaune, et un tas de véhicules de police se sont arrêtés sur le parking...

Les flics scientifiques ont pris des relevés, des photos, entouré des tas de choses avec de la craie, puis ils ont emmené le cadavre qu’ils ont fourré dans une grande poche de plastique noir, et tout ce petit monde est reparti au bout de deux heures, me laissant seule avec ma longue vue...

Le soir je harcelais mon mari pour qu’il me ramène le journal, je voulais en savoir plus sur cette affaire. Je voulais qu’il me lise tout ce qu’il pouvait y avoir à lire sur ce meurtre.

Heureux de me voir m’intéresser à autre chose qu’à internet, il revint de la boulangerie avec les croissants chauds et le journal, et tandis que ma belle-mère faisait déjeuner la petite, il monta pour me lire l’article...

« La police a interrogé les deux témoins, qui ne savent pas grand chose, chacun est reparti chez soi et l’enquête poursuit son cours ».

Tu parles ! pour se terminer par un « affaire classée » quelques semaines plus tard, certainement.

 

 

Une paire de semaine passa, ni pire ni meilleure que les précédentes ; j’avais oublié cette histoire de meurtre, j’avais oublié ce couple de fornicateurs, quand, derrière ma longue vue, j’aperçus une femme qui marchait sur le parking du centre commercial à l’abandon ; ses talons hauts devaient résonner sur le macadam...

Avec la subite impression de revoir le même film, j’écarquillais mes yeux et très vite, je repérais un mec qui marchait à quelque cinquante mètres derrière la fille.

   – Uh... C’est quoi ce cirque ? On fait un remake ?

J’étais absolument abasourdie, ils me refaisaient le même scénario que l’autre fois. Sauf que c’était pas la même femme... La première était rousse et elle aimait le rouge, elle en était vêtue des pieds à la tête... Celle-ci était brune, genre goth, fringuée de noir, de cuir clouté, les yeux archi-maquillés. Et le type non plus n’était pas le même, c’était un barbu brun, les cheveux coupés court, en brosse. Celui de la dernière fois était blond avec des cheveux mi-longs.

 

Comme prévu, le type se jeta sur elle, la faisant tomber brutalement, l’écrasant de son poids sur le matelas qui devait être... humide, moisi...

Comme prévu, il la viola avec une brutalité débridée, la fille après s’être débattue comme une furie, et en avoir pris plein la figure, subit l’assaut buccal du violeur jusqu’à la lie, puis, sans trop m’étonner, elle participa activement à l’acte.

Il lui en fit voir de toutes les couleurs avant qu’il ne soit satisfait. Eh beh...

Et moi qui pensais avoir vu le premier film porno de ma vie, ça devenait une collection là !

Je décidais que j’en avais assez vu mais vous connaissez la nature humaine n’est-ce pas ? On est curieux, un peu malsain dans nos têtes, et surtout pas mal voyeurs...

Le scénario se déroula comme la première fois, ils se rhabillèrent, montèrent dans la voiture, oui, vous l’aviez deviné comme moi ; c’était une BMW. Mais lorsque je vis la voiture s’arrêter dix mètres plus loin, tout près du bâtiment aux poubelles, j’eus un choc !

   – Ah non ! Pas ça !

Ils descendirent précipitamment et la femme se mit les mains devant la bouche pour s’empêcher de hurler.

   – Putain, c’est quoi ce cirque ? Le porno deux fois, c’est déjà assez gore, mais le meurtre deux fois ! Ca dérive dans l’abus là !

L’homme se pencha sur le cadavre qui gisait, nu, sur le tumulus herbeux, au milieu des gravats et des détritus. Une de ses jambes était tendue, et lorsque le type bougea, il me dévoilà la scène du crime et je vis très distinctement la cheville raide montrant un escarpin de cuir rouge vif...

Une bouffée de sueur infernale m’a submergée et mon cerveau a fait quelques noeuds, me forçant à élaborer le pire des scénarios qu’on puisse imaginer.

   – Merde, Seigneur, pourquoi ça tombe sur moi ? Ca fait partie de mon karma tout ça, tu es sûr ?

Impossible que ce soit un hasard, je savais pertinement que le hasard n’existait pas. J’étais prête à parier que le mec n’aurait pas le culot d’appeler la police.

 

Je gagnais mon pari les doigts dans le nez (jeu de mal... ), il dut faire style, c’est occupé et il repartit avec la femme en voiture. Le coeur malmenant ma cage thoracique, les oreilles bourdonnantes ; je flippais comme une folle, pas pour moi ; pour la fille goth qui demain, allait se retrouver à exhiber son escarpin noir... J’attendais le retour de ma belle-mère – partie chercher ma fille à la crèche – avec une moite fébrilité. Je l’appelais dès que j’entendis la porte s’ouvrir, et dès qu’elle fut montée, éssoufflée, je la suppliais d’appeler Johanna. Son frère Benedict avait le bras long et je me souviens qu’il m’avait souvent « déshabillée du regard » et « baratinée » lorsque j’allais chez eux, adolescente, lors de leurs nombreuses teufs...

Johanna vint me rendre visite, affolée, persuadée de me trouver à l’agonie. Mais en me voyant, un large sourire éclaira son visage bronzé :

   – Lenor ! Que je suis contente de te voir, tu as bonne mine !

Je fis la grimace :

   – Non, je ne vais pas bien du tout, mais ce n’est pas pour cela que je t’ai appelée.

J’expliquais à mon amie Jo que j’avais besoin de connaître le propriétaire d’une certaine voiture et que c’était extrêmement urgent, voilà pourquoi je m’adressais à Benedict ; il avait de très nombreuses relations, aussi bien dans la magistrature que dans les services de police, des gens très haut placés.

Benedict se déplaça à la maison, prit un apéritif avec Adam, le temps de parler du bon vieux temps où ils allaient tous au lycée ensemble, puis il monta me voir en prenant tout son temps. Je lui expliquais fébrilement ce que j’attendais de lui, je lui assurais que c’était une question de vie où de mort mais il refusa tout net et il ne s’excusa même pas de m’envoyer paître. Pour sa défense, il jeta que c’était mon ami gay qui était flic, pas lui.

Apparemment, la profonde amitié qu’il avait eue pour Kyle s’était mangée une grosse claque le jour où Kyle avait appris son homosexualité à notre petite communauté british...

Renvoyée à la case départ d’une pichenette, je ne baissais pas les bras ( jeu de mal, excusez-mwa ) et je demandais à Johanna un autre service.

Bien naturellement, dès le lendemain, un corps dénudé trônait sur le tas de détritus, pointant vers le nord un escarpin noir...

Oui, vous allez me dire que c’est ma faute, j’aurais du appeler les flics... Ah oui, quelle idée géniale, et leur dire quoi ? que j’avais été le témoin de trois découvertes de corps de fille nues par un type qui changeait de look chaque fois ?

   « Vous pouvez nous le décrire ? »

   « Bah, aujourd’hui, il portait une perruque chatain, cheveux bouclés..., une moustache à la José Bové... »

Super le témoignage... Tant que je n’aurais pas eu un indice concrèt à leur filer, mon témoignage serait équivalent à que dalle !

Aussitôt, Johanna débarqua à la maison et j’entendis son pas alerte grimper l’escalier.

Elle m’embrassa et promit de faire tout ce qui était en son pouvoir pour parler à Kyle en mon nom. Puis elle s’enquit de ma santé, et celle de toute ma petite famille.

   – Comment va Adam ? Tu ne dois pas le voir souvent, surbooké comme il est.

   – J’ai l’habitude de ne pas le voir pendant des jours entiers, mais il fait de son mieux pour gagner notre vie, je ne saurais le blamer. On a eu notre période de bonheur, même si elle fut courte.

   – Oui, sourit-elle, sur ce plan-là, vous vous étiez bien rattrapés !

   – Si on veut, oui ! ris-je. Le bonheur apporte bien plus de chagrin que de joie mais qui peut s’en passer ? Pas moi en tout cas !

   – Idem ! fit Johanna en faisant allusion à son héritage grandiose.

Elle baissa la tête, consciente que l’on parlait de bonheur alors que tout le monde ici savait que j’allais mourir dans peu de temps. Je lui pris la main du bout des doigts, et dodelinais de la tête.

   – Je suis désolée, Jo. Tu es la seule que je pouvais mettre dans la confidence.

   – Ne le sois pas, je me sens flattée que tu m’accordes ta confiance, Lenor, au contraire.

 

 

Johanna n’avait pas menti ; Kyle appela vers vingt-trois heures trente, réveillant ma belle-mère qui somnolait devant son film. Elle vint me porter le cellulaire à l’oreille. Mon mari, qui venait à peine de rentrer du bureau, éreinté par une journée nonstop dormait comme un loir dans notre chambre ; celle où je dormais lorsque j’étais valide. J’avais très vite refusé qu’il subisse ma déchéance physique chaque soir, chaque matin, qu’il soit réveillé vingt fois par nuit lorsque je toussais et m’étouffais.

 

Je ré-expliquais à Kyle mon problème pour trouver le propriétaire du numero d’immatriculation et il me répondit du ton qui voulait dire «  ça va pas être possible » :

   – Je suis vraiment navré, sweedy, de ne pouvoir t’aider mais pour accéder au fichier des immatriculations, je n’ai aucune raison valable à fournir a l’ordinateur, aucune mission en cours, et pour faire ce que tu me demandes, je devrai entrer mon code dans l’ordinateur... Ca laisserait une trace et on me demanderait pourquoi j’ai effectué cette recherche sans raison, tu comprends ?

   – Pas trop non, mais c’est toi le superflic, je ferai comme si je te croyais...

   – Ne le prends pas mal, Lenor, je t’en prie, je ne peux pas outrepasser mes prérogatives, tu le sais bien.

   – Si c’était pour un pote gay jaloux qui veut faire suivre son mec, tu serais déjà en train de vérifier le numero de la plaque, tu l’aurais déjà mis sur écoute et il serait surveillé du matin au soir par trois de tes gars alors, que je le prenne mal ou pas, franchement... Excuse-moi de t’avoir dérangé, je me débrouillerai autrement.

Et je raccrochais, frustrée, humiliée, mécontente, en colère quoi ! Connaissant Kyle comme je le connaissais, il allait être bourré de remords dans la minute suivante et il allait rappeler demain. Gageons que ce soit après avoir regardé dans le fichier des immatriculations !

 

Le lendemain, tout en déballant les achats effectués dans une grande surface, ma belle mum me communiquait par le truchement du babyphone amélioré par Thierry ( oui, nous sommes équipés comme James Bond ) que Kyle l’avait appelée et qu’il lui avait donné l’adresse et le nom du propriétaire d’une certaine BMW...

    Il a ajouté que le propriétaire du véhicule était un flic.

   – Tiens donc, fis-je, cachant mon indignation... un flic ! A-t-il donné son numéro de téléphone aussi ?

    – Non, il a juste donné le nom du propriétaire et son adresse à Nantes.

   – Okay, c’est pas très grave, merci... Oh ! J’ai encore besoin de ton aide, mum ! Peux-tu je te prie, appeler les renseignements téléphoniques et demander pour moi le numéro de téléphone de ce type ?

Ma belle-mère, intriguée, se mit à me poser des questions, elle aurait bien voulu en savoir plus. Je fus obligée de lui mentir. Oui, c’est bien connu, on ment toujours à ses proches... devoir oblige !

Je lui servis une histoire d’ex-copine d’IUT renversée à vélo par un sombre crétin qui ne s’était même pas arrêté pour vérifier si elle allait bien... et d’un coup, la semaine dernière, elle aperçoit la voiture qui l’a envoyée dans le décor alors tu parles si elle veut le chopper ce salaud ! Mum goba le tout sans problème et fut ravie de participer à cette croisade de justice. Savoir qu’un policier se comportait comme une racaille la mettait hors d’elle.

 

La suite de mon plan demanda plus de stratégie et je devais y réfléchir avant de me lancer. J’en parlais d’abord à Johanna lorsqu’elle vint me voir le week end, surprise de me trouver en meilleure forme qu’à l’accoutumée.

   – Ca fait plaisir de te voir le regard brillant, Lenor ! Tu t’es trouvée un hobbie ?

Je dodelinais de la tête, affichant un sourire béat :

   – Oui, on peut dire ça comme ça... mais j’aurai besoin de ton aide et de ta générosité légendaire.

   – Tu veux partir avec moi aux States à l’automne ?

Je laissais échapper un petit rire timide.

   – Non, ca te coûtera bien moins cher, j’aurai uniquement besoin d’un cellulaire personnel, sans qu’Adam (mon chewi adowé) n’en sache rien.

   – Okay, pas de souci, mais comment feras-tu pour appeler ?

    J’ai juste besoin d’envoyer un SMS, ça fera l’affaire.

   – Demande ma belle, mes doigts sont à ton service.

   – Non, garde les pour mes massages Jo, fis-je en souriant, mais tu peux dès à présent chercher un moyen de fixer le cell sur une planche à portée de mon doigt... pour le reste je me débrouillerai.

   – J’ai une idée, pourquoi on demanderait pas à Brian de venir te bricoler ça ? C’est lui qui m’a fait mes placards dans les combles et sous les escaliers !

Le souvenir que j’en avais me persuada que Brian était la bonne personne à contacter mais :

   – Oui, ton idée est géniale, mais tu sais comme moi que les heures de Brian sont précieusement chères ! 

   – T’inquiète ma belle ! C’est moi qui aurait la facture ! fit-elle en riant.

Décidément, l’argent de Johanna faisait le bonheur de Lenor ces temps-ci.

 

Brian – le frère jumeau dizygotte et pas homo – de Kyle ; était un petit génie du bricolage. Il me fixa le portable sur une attelle (avec un petit paravent en bois protégeant l’écran de la luminosité), de façon à ce que je puisse facilement appuyer le bout de mon doigt valide sur chaque touche. Je n’avais qu’à pencher la tête en avant, et le tour était joué !

Je remerciais chaleureusement Brian qui rougit lorsque je mimais un baiser, Johanna lui promit un week end en Espagne pour le remercier, et j’embrassais chaudement mon amie pour la remercier de son aide précieuse.

 

Une fois seule, je m’entrainais à programmer le répertoire, à m’envoyer des SMS... Puis, la technique acquise, le doigt bien échauffé, j’envoyais un message au propriétaire de la BMW :

   – Je sais qui tu es le flic... et je sais ce que tu as fait en réalité !

Bien-sûr, vous allez bondir et me traiter de pauvre folle, d’inconsciente, de débile ! Mais lorsque j’appuyais sur la touche « envoyer », j’eus une véritable décharge d’endorphine et j’en fermais les yeux de bonheur. Désormais, Adam pouvait bien s’apercevoir que j’avais un portable et que j’avais eu un correspondant, cela n’avait plus d’importance, j’avais lancé la bouteille à la mer, et elle voguait vers le tueur sans risque de sombrer...

 

 

 

J’attendis longtemps, je devenais nerveuse, j’étais agacée d’un rien, je commençais même à desespérer que le tueur ait bien reçu mon SMS lorsqu’une nuit, alors que je m’endormais péniblement après une super